« Quand on est une femme en politique, on est d’abord une femme avant d’être élue », a souligné Jennifer Haensler, maire de la commune de Saint-Louis (Haut-Rhin), lors d’un entretien accordé à Franceinfo - Politique. Son récit met en lumière les obstacles persistants liés au sexisme dans l’exercice des responsabilités locales, malgré les avancées législatives.

Ce qu'il faut retenir

  • Jennifer Haensler, maire de Saint-Louis (Haut-Rhin), témoigne des stéréotypes de genre dans l’exercice de ses fonctions politiques.
  • Elle évoque des situations de minimisation de son rôle au profit de celui de son adjoint masculin, perçu comme « plus compétent » par certains citoyens.
  • Des propos sexistes, comme l’interpellation « Bonjour Madame la Maire » au lieu de son prénom, illustrent le manque de reconnaissance de son autorité.
  • Elle rappelle que les femmes représentent seulement 19 % des maires en France, selon les données du ministère de l’Intérieur.

Un parcours semé d’embûches et de préjugés

Élue en 2020, Jennifer Haensler a rapidement été confrontée à des comportements qui, selon elle, relèvent du sexisme ordinaire. Dans son récit, elle décrit comment certains habitants ou élus locaux s’adressent systématiquement à son adjoint masculin, même pour des sujets relevant de ses compétences. « On m’a souvent dit que mon adjoint savait mieux expliquer les dossiers que moi, alors que je suis la maire », a-t-elle expliqué à Franceinfo - Politique. Ces remarques, souvent formulées avec bienveillance apparente, révèlent une remise en cause constante de son leadership, simplement parce qu’elle est une femme.

Ces situations ne se limitent pas à des anecdotes isolées. Jennifer Haensler évoque également des interpellations récurrentes où son prénom est remplacé par un « Madame la Maire » générique, comme si son identité personnelle n’avait pas sa place dans l’exercice de ses fonctions. « Cela peut sembler anodin, mais ces détails créent un climat où l’on doute en permanence de sa légitimité », a-t-elle précisé.

Des chiffres qui reflètent une inégalité structurelle

Selon les dernières statistiques du ministère de l’Intérieur, les femmes ne représentent que 19 % des maires en France en 2026, un chiffre qui stagne depuis plusieurs années. Jennifer Haensler souligne que cette sous-représentation n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de mécanismes systémiques, allant des préjugés inconscients aux difficultés d’accès aux réseaux d’influence traditionnellement masculins. « On nous demande toujours plus de preuves de compétence que nos collègues masculins », a-t-elle ajouté.

Elle cite également des études montrant que les femmes en politique sont plus souvent évaluées sur leur apparence que sur leurs idées. « Un homme politique peut être jugé sévèrement pour ses propos, mais une femme sera critiquée pour son style ou sa tenue », a-t-elle constaté. Ces observations rejoignent les travaux de l’Observatoire des inégalités, qui pointent un écart persistant dans la couverture médiatique des élu·es, les femmes étant moins citées et plus souvent associées à des sujets « féminins » (éducation, santé) plutôt que techniques ou économiques.

Des solutions envisagées, mais des résistances persistantes

Face à ces défis, Jennifer Haensler plaide pour des mesures concrètes, comme la formation des élu·es aux biais inconscients ou la mise en place de quotas dans les exécutifs locaux. « Il faut sensibiliser les citoyens, mais aussi les hommes politiques, à ces enjeux », a-t-elle insisté. Elle note cependant que les résistances restent fortes, notamment dans les petites communes où les traditions pèsent davantage.

Elle cite l’exemple d’une collègue maire, dont les décisions étaient systématiquement contestées en conseil municipal, alors que celles de ses homologues masculins passaient sans commentaire. « Cela montre à quel point le sexisme en politique est banalisé », a-t-elle conclu. Son témoignage s’inscrit dans un débat plus large sur l’égalité femmes-hommes dans les institutions, porté notamment par des associations comme « Osez le Féminisme » ou « Les Glorieuses ».

Et maintenant ?

Jennifer Haensler espère que son récit contribuera à faire évoluer les mentalités, même si elle reconnaît que les changements prendront du temps. Une proposition de loi visant à renforcer la parité dans les exécutifs locaux est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, avec une possible adoption d’ici la fin de l’année 2026. Par ailleurs, des associations prévoient d’organiser des ateliers de sensibilisation dans les communes rurales, où les stéréotypes persistent le plus.

Son appel à une prise de conscience collective s’ajoute à celui de nombreuses élues, qui multiplient les initiatives pour briser le plafond de verre politique. Reste à savoir si ces efforts suffiront à transformer durablement les pratiques.

Elle évoque notamment la minimisation de son rôle au profit de celui de son adjoint masculin, des interpellations genrées (« Madame la Maire » au lieu de son prénom) et une évaluation systématiquement plus sévère de ses compétences par rapport à celles de ses collègues masculins.