Quatre ans après la levée des restrictions sanitaires liées au Covid-19, Shanghai voit sa communauté étrangère se reconstituer, mais selon une dynamique radicalement différente de celle d’avant la crise. Selon Courrier International, qui s’appuie sur les analyses du South China Morning Post, le nombre d’expatriés reste inférieur à celui de 2019, tout en affichant une croissance inégale selon les nationalités. Une transformation marquée par une baisse des profils traditionnels et une montée en puissance des travailleurs locaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Une communauté en reconstruction, mais à un niveau inférieur : de 178 000 expatriés en 2015, elle est passée à près de 92 000 en 2024, après un creux en 2023.
  • Des disparités selon les nationalités : les Européens maintiennent ou augmentent leur présence, tandis que les Américains et les Japonais peinent à revenir.
  • Une présence étrangère plus discrète : dans certains quartiers, l’anglais, le coréen ou le français se font à nouveau entendre, mais sans retrouver l’ampleur d’avant-pandémie.
  • Un recrutement local accru : les entreprises substituent de plus en plus les postes intermédiaires autrefois occupés par des expatriés par des salariés chinois, mieux formés et plus nombreux.
  • Des conditions d’expatriation plus strictes : les entreprises réduisent les avantages (logement, scolarité) et les autorités renforcent les exigences pour les visas et permis de séjour.

Une reprise contrastée, loin des niveaux d’avant-crise

Le retour des expatriés à Shanghai s’inscrit dans une tendance générale, mais il reste bien en deçà des chiffres enregistrés avant la pandémie. Selon Courrier International, la ville comptait environ 178 000 étrangers en 2015, un nombre qui avait chuté à près de 92 000 en 2024, après un point bas à 2023. Cette reprise, bien que réelle, est donc partielle et inégale. Les quartiers historiques comme l’ancienne concession française, autrefois emblématiques de la mixité culturelle, voient à nouveau résonner des conversations dans plusieurs langues, dont l’anglais, le coréen ou le français. Pourtant, cette visibilité accrue ne signifie pas un retour à la situation d’avant-crise.

Des profils d’expatriés radicalement différents

Les vagues massives de cadres étrangers arrivant en famille, autrefois monnaie courante, se sont raréfiées. Les expatriés qui restent occupent désormais des fonctions plus stratégiques ou décisionnelles. Gijs Sanders, un Néerlandais installé à Shanghai, a confirmé cette évolution : « Les expatriés qui sont restés sont définitivement ceux qui peuvent prendre des décisions importantes », a-t-il déclaré. Il souligne leur rôle d’interface entre les sièges sociaux internationaux et les filiales locales. Les nouveaux arrivants, quant à eux, sont souvent des profils spécialisés, déjà familiarisés avec le marché chinois. Cette mutation reflète une intégration plus poussée des entreprises étrangères dans l’écosystème local.

L’industrie locale prend le relais des expatriés

Le secteur industriel illustre cette tendance. Dans l’usine Tesla de Shanghai, par exemple, la quasi-totalité des effectifs est désormais composée de salariés chinois. Cette transition vers une main-d’œuvre locale s’explique par plusieurs facteurs : une meilleure formation des candidats, une concurrence accrue sur le marché du travail, mais aussi une volonté des entreprises de s’ancrer durablement dans l’économie chinoise. Les chaînes de production, autrefois dépendantes des expatriés pour des postes techniques ou managériaux, fonctionnent désormais de manière autonome, réduisant ainsi les coûts et les délais d’adaptation.

Des conditions d’expatriation de plus en plus contraignantes

Parallèlement à cette transformation des profils, les conditions d’expatriation se durcissent. Les entreprises, sous la pression des coûts et de la concurrence locale, réduisent les avantages autrefois systématiquement accordés : prise en charge du logement, frais de scolarité pour les enfants, ou encore packages financiers attractifs. Les autorités chinoises, de leur côté, ont renforcé les critères pour l’obtention des visas et des permis de résidence. Ces mesures visent à privilégier l’embauche de talents locaux, y compris ceux formés à l’étranger et de retour en Chine après leurs études. Cette dynamique contribue à une réduction globale des effectifs expatriés, tout en favorisant une intégration plus poussée des étrangers dans le tissu économique local.

Et maintenant ?

La question qui se pose désormais est de savoir si cette tendance à la baisse des effectifs expatriés va se poursuivre, ou si Shanghai parviendra à stabiliser une communauté étrangère réduite mais mieux intégrée. Les prochains mois pourraient apporter des éléments de réponse, notamment avec l’évolution des politiques migratoires chinoises et la reprise économique post-pandémie. Une chose est sûre : l’époque des grands flux d’expatriés accompagnés de leurs familles semble révolue, au profit d’une présence plus ciblée et stratégique.

Une autre inconnue concerne l’impact de cette mutation sur la dynamique économique de la ville. Shanghai, longtemps considérée comme une porte d’entrée privilégiée pour les investisseurs étrangers, pourrait voir son attractivité évoluer si la tendance actuelle se confirme. Les entreprises multinationales devront adapter leurs stratégies de recrutement, tandis que les autorités locales pourraient ajuster leurs politiques pour maintenir un équilibre entre ouverture internationale et souveraineté économique.

L’industrie, en particulier les usines comme celle de Tesla à Shanghai, est le secteur le plus représentatif de cette transition. Les postes techniques et managériaux autrefois occupés par des expatriés sont désormais majoritairement assurés par des salariés locaux, mieux formés et souvent moins coûteux. Les services financiers et le conseil pourraient également être concernés, même si ces secteurs conservent une partie de leurs expatriés pour des missions spécifiques.

Les Européens, notamment les Français, les Allemands et les Britanniques, semblent tirer leur épingle du jeu. Leur présence se stabilise, voire progresse légèrement, contrairement à celle des Américains ou des Japonais, qui peinent à revenir aux niveaux d’avant-pandémie. Cette différence s’explique en partie par des liens économiques et culturels plus anciens avec la Chine, ainsi que par une meilleure adaptation aux exigences locales.