Coup d’arrêt brutal pour SpaceX à Wall Street après trois séances d’euphorie. Le titre, introduit en Bourse il y a quelques jours seulement, a enregistré deux jours de baisse consécutive, effaçant près de 220 milliards de dollars de capitalisation boursière. Une correction qui interroge : faut-il y voir un simple mouvement de reprise de souffle après une introduction exceptionnelle, ou les prémices d’un doute plus profond sur la valorisation du groupe ?

Selon BFM Bourse, l’action SpaceX a chuté de 4,95 % mercredi puis de 3,56 % jeudi, soit un recul cumulé de 8,32 %. Cette baisse a fait disparaître l’équivalent de la valorisation boursière de L’Oréal, et représente près de 12 fois le chiffre d’affaires 2025 du groupe, estimé à 18,7 milliards de dollars. Les échanges post-marché ont encore accentué la tendance, avec un repli supplémentaire de 1,8 %.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX enregistre une baisse de 8,32 % sur deux séances, effaçant 220 milliards de dollars de capitalisation boursière.
  • Le flottant, inférieur à 5 %, amplifie la volatilité du titre, selon les analystes.
  • La valorisation actuelle divise les observateurs : certains y voient une opportunité, d’autres une exubérance irrationnelle.
  • La dépendance de SpaceX à la fusée Starship et à ses projets comme Starlink reste un sujet de débat.
  • 17 « lockups » doivent expirer dans l’année, ce qui pourrait peser sur le cours.
  • Une future intégration dans des indices comme le Nasdaq 100 pourrait soutenir la demande.

Une correction après trois séances d’emballement

L’introduction en Bourse de SpaceX, la plus importante de l’histoire, s’était soldée par trois séances consécutives de hausse. Le titre avait bondi de 50 % par rapport à son cours d’introduction, fixé à 135 dollars. Mais cette dynamique s’est brutalement interrompue. Après un élan spectaculaire, les investisseurs ont pris leurs bénéfices, un mouvement classique pour les valeurs récemment cotées en Bourse.

« Compte tenu de l’ampleur de cette introduction en Bourse et de ses excellents résultats initiaux, il n’est pas surprenant d’observer un certain mouvement de prise de bénéfices », a déclaré Kat Liu, analyste chez IPOX Schuster, citée par Reuters. Elle ajoute que « cette semaine boursière a été particulièrement mouvementée et écourtée pour la plus grande introduction en Bourse de l’histoire ».

Pour Dave Mazza, directeur général de Roundhill Financial, interrogé par Bloomberg, cette baisse s’apparente davantage à un « épuisement » qu’à un problème fondamental. « On a assisté à une hausse quasi verticale dès l’introduction en Bourse, avec un flottant très limité. À un moment donné, les acheteurs ont tout simplement besoin de reprendre leur souffle. »

Un flottant restreint, un facteur de volatilité

La volatilité actuelle s’explique en partie par la faible part du flottant chez SpaceX. Moins de 5 % des actions circulent librement sur le marché, un niveau particulièrement bas. Les analystes soulignent que plus un titre est liquide, moins ses variations sont amples. Dans le cas de SpaceX, cette illiquidité amplifie donc les mouvements de prix, dans un sens comme dans l’autre.

« Le niveau qui m’importe, c’est le prix d’introduction en Bourse de 135 dollars, et tant que nous restons bien au-dessus, j’interprète cela comme une phase d’assimilation d’une semaine exceptionnelle par le titre, plutôt que comme un signe de préoccupation », précise Dave Mazza. Pour lui, tant que le cours reste supérieur au prix d’émission, la baisse actuelle ne doit pas être interprétée comme un rejet du modèle économique de SpaceX.

Une valorisation sous le feu des critiques

La valorisation de SpaceX suscite en effet des débats nourris. En 2025, le groupe a enregistré 18,7 milliards de dollars de revenus, mais affiche une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars. Malgré ces chiffres, l’action s’échange à un multiple élevé : 1,13 fois le chiffre d’affaires retraité de la croissance, selon Christophe Pouchoy, gérant du fonds « Echiquier Space » chez LFDE, qui a participé à l’introduction.

« Ce multiple de 1,13 n’est pas complètement choquant si l’on regarde les sociétés technologiques et industrielles à très forte croissance », explique-t-il. « Il y a une très forte croissance chez SpaceX. Les investisseurs sont prêts à payer davantage quand il s’agit de très forte croissance, même si la question de savoir si cette croissance va se matérialiser reste entière. »

Parmi les sept analystes couvrant le titre, six recommandent l’achat, tandis qu’un seul préconise la vente. Certains objectifs de cours, comme celui d’Aerte Securities (401 dollars, soit 117 % au-dessus du cours de clôture de jeudi), laissent entrevoir un potentiel important. À l’inverse, CFA Research est le seul cabinet à adopter une opinion à la vente, jugeant la valorisation « délirante » et mettant en garde contre les risques liés à la dépendance de SpaceX à sa fusée Starship.

Starship, un pari technologique et financier

La réussite de la fusée Starship est au cœur des enjeux pour SpaceX. Actuellement, le groupe utilise sa fusée Falcon 9, qui a permis de diviser par dix le coût de lancement d’un satellite, passant de 18 500 dollars à 2 000 dollars par kilogramme. Starship, en cours de développement, promet de réduire encore ces coûts d’un facteur dix, ce qui pourrait transformer l’équation économique de projets comme Starlink ou les data centers spatiaux.

« Notre principale préoccupation est que la stratégie à long terme de SpaceX reste fortement dépendante de Starship », écrit Keith Snyder, analyste chez CFRA, dans une note citée par CNBC. Il ajoute que Starship pourrait devenir un « goulot d’étranglement » pour plusieurs initiatives du groupe, notamment si son développement prend du retard ou rencontre des obstacles techniques.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer la trajectoire du titre dans les prochains mois. D’abord, 17 « lockups » – des clauses empêchant les actionnaires historiques de vendre leurs titres – doivent expirer d’ici un an. Cela pourrait entraîner un afflux de plusieurs centaines de millions, voire de milliards d’actions sur le marché, pesant mécaniquement sur le cours. « Il faudra surveiller cela. À ce moment-là, on aura potentiellement un flux important de ventes », souligne Christophe Pouchoy.

Pour contrebalancer cette pression, SpaceX mise sur son inclusion dans des indices majeurs comme le Nasdaq 100 ou les indices MSCI, dont l’intégration est attendue entre juin et juillet. Une telle inclusion forcerait de nombreux fonds indiciels à acheter le titre, soutenant ainsi la demande. « L’inclusion dans le Nasdaq, le Russell ou les indices MSCI pourrait permettre de compenser un peu les effets des lockups », estime le gérant.

Un équilibre fragile entre croissance et valorisation

Le cas SpaceX illustre les tensions actuelles entre innovation technologique et valorisation boursière. Le groupe, qui combine espace, satellites et intelligence artificielle, incarne les promesses d’un secteur en pleine expansion. Pourtant, ses pertes opérationnelles et sa dépendance à des projets encore en développement soulèvent des questions sur sa soutenabilité à long terme.

Si les analystes optimistes misent sur une croissance annuelle moyenne de 67 % sur les trois prochaines années, les sceptiques rappellent que la réalisation de ces prévisions n’est pas garantie. L’évolution du titre dépendra donc autant des performances opérationnelles de SpaceX que de la capacité du marché à absorber son flottant croissant.

Une chose est sûre : après l’euphorie des premiers jours, la volatilité est de retour à Wall Street. Pour les investisseurs, le défi consistera à distinguer une simple correction technique d’un début de retournement de tendance.

Le flottant de SpaceX, inférieur à 5 %, signifie que seule une petite partie des actions est échangeable sur le marché. Cette faible liquidité amplifie les variations de cours, à la hausse comme à la baisse. En période de forte demande, comme lors de l’introduction en Bourse, cela peut entraîner des hausses brutales. À l’inverse, une prise de bénéfices, même modérée, peut provoquer des replis importants, comme ceux observés cette semaine.

Les principaux risques incluent la réussite du développement de la fusée Starship, la capacité de SpaceX à générer des flux de trésorerie positifs, et la concurrence dans les secteurs des satellites et de l’intelligence artificielle. Une dépendance trop forte à Starship, sans alternative crédible, pourrait freiner la valorisation du groupe. De plus, l’expiration des « lockups » dans les prochains mois pourrait saturer le marché en actions disponibles.