Selon BFM Bourse, l’introduction en Bourse de SpaceX, saluée par un engouement massif des investisseurs, s’accompagne d’un risque majeur : l’arrivée prochaine de centaines de millions, voire de milliards d’actions sur le marché. Ces ventes, encadrées par des clauses spécifiques appelées « lockups », pourraient peser sur la valorisation du groupe et sa volatilité.
Ce qu'il faut retenir
- Un flottant extrêmement réduit : seulement 5 % des 13,1 milliards d’actions de SpaceX sont actuellement en circulation.
- Une envolée spectaculaire : le titre a progressé de près de 50 % depuis son introduction à 135 dollars, portant la capitalisation boursière potentielle à plus de 2 700 milliards de dollars.
- 17 clauses de « lockup » organisent la libération progressive des actions détenues par les investisseurs historiques, dont Elon Musk.
- Des échéances clés d’ici juin 2027 : jusqu’à 6,4 milliards d’actions pourraient être libérées dès le 12 juin 2026, date à laquelle Musk sera autorisé à vendre une partie de sa participation.
- Un scénario inspiré de Facebook en 2012 : les analystes craignent un afflux massif d’actions pouvant peser sur le cours, malgré un étalement dans le temps.
Le succès de l’introduction en Bourse de SpaceX dépasse les attentes. Dès la première séance, l’action a bondi de 19 %, puis de 19,6 % le lendemain. Mardi 18 juin, le titre affichait encore une hausse de 5 % en préouverture, portant sa valorisation à plus de 2 700 milliards de dollars. À ce rythme, SpaceX pourrait détrôner Amazon de la troisième place des capitalisations mondiales, derrière Apple et Microsoft. D’après Bloomberg, la demande globale a frôlé les 350 milliards de dollars, poussant les banques à activer l’option de surallocation pour répondre à l’engouement.
Pourtant, cette performance spectaculaire masque une réalité moins reluisante : le flottant, c’est-à-dire la part d’actions effectivement échangées, reste anormalement faible. SpaceX n’a émis que 638,9 millions d’actions sur les 13,1 milliards composant son capital. Autrement dit, moins de 5 % des titres sont disponibles pour les investisseurs. Comme le rapporte BFM Bourse, le reste est bloqué par des clauses de « lockup », destinées à éviter un effondrement du cours sous la pression des ventes.
Des « lockups » pour éviter un krach post-introduction
Les clauses de « lockup » sont une pratique courante en Bourse. Elles contraignent les actionnaires historiques à conserver leurs titres pendant une période déterminée, généralement quelques mois après une introduction en Bourse. L’objectif est simple : éviter qu’un afflux massif d’actions ne fasse chuter le cours dès les premières séances. Morningstar, dans une note publiée début juin, explique que SpaceX a mis en place un calendrier « échelonné et progressif », conçu pour « réguler — et non bloquer — les ventes » de ses anciens actionnaires.
Ces engagements concernent notamment Elon Musk, dont la participation représente 46 % du capital du groupe. Le patron de SpaceX s’est engagé à ne pas céder de titres pendant un an, sauf exceptions rares. Pourtant, à partir du 12 juin 2026, il pourra vendre jusqu’à 6,4 milliards d’actions. Une libération massive, même étalée dans le temps, qui pourrait avoir un impact significatif sur la valorisation du groupe.
Des centaines de millions d’actions en jeu dès cet été
Le prospectus d’introduction de SpaceX détaille pas moins de 17 clauses de « lockup ». La première échéance intervient dès la publication des premiers résultats financiers post-introduction, attendue entre juillet et août 2026. À cette occasion, jusqu’à 911,5 millions d’actions pourraient être mises en vente. Une autre clause prévoit la libération de 455 millions d’actions supplémentaires si le cours dépasse de 30 % le prix d’introduction (135 dollars) lors de cinq des dix premières séances suivant la publication des résultats.
D’autres échéances fixes sont programmées, comme le 20 août 2026 ou le 9 septembre 2026, avec à chaque fois 319 millions d’actions disponibles à la vente. Au total, des centaines, voire plusieurs milliards d’actions pourraient être libérées d’ici juin 2027. Une libération progressive, donc, mais dont l’ampleur interroge les analystes.
Un risque de volatilité accrue malgré l’étalement des ventes
Si les « lockups » permettent de limiter la pression immédiate sur le cours, ils ne garantissent pas pour autant une stabilité à long terme. Morningstar rappelle que Facebook, lors de son introduction en 2012, avait vu son action chuter de plus de 40 % à la fin de sa période de blocage, avant de rebondir par la suite. Une situation que certains craignent de voir se reproduire chez SpaceX, d’autant que le groupe affiche une valorisation 20 fois supérieure à celle de Facebook à l’époque.
Robert Cyran, éditorialiste chez Reuters, met en garde : « La taille colossale de SpaceX exige des mesures exceptionnelles. Son délai de blocage est divisé en plusieurs tranches, avec des calendriers différents et un seuil de performance à atteindre. Ainsi, un déluge de ventes soudaines se transforme en un flux régulier et prolongé jusqu’à l’été prochain. » L’analyste souligne que, malgré cette complexité, les ventes pourraient être si importantes qu’elles « garantissent tout simplement une douleur chronique jusqu’à l’année prochaine ».
D’ici là, la volatilité du cours dépendra largement de la capacité de SpaceX à justifier sa valorisation record. Les prochains mois s’annoncent donc cruciaux pour le groupe, dont l’avenir boursier reste étroitement lié aux décisions de ses actionnaires historiques.
Une clause de « lockup » est un engagement pris par les actionnaires historiques de ne pas vendre leurs titres pendant une période déterminée après une introduction en Bourse. Dans le cas de SpaceX, ces clauses visent à éviter un afflux massif d’actions qui pourrait faire chuter le cours. Avec un flottant limité à moins de 5 % du capital, leur libération progressive est essentielle pour préserver la stabilité du titre.
Depuis son introduction à 135 dollars, l’action SpaceX a progressé de près de 50 %, portant sa capitalisation boursière à plus de 2 700 milliards de dollars. À ce niveau, le groupe devance Amazon, valorisé à 2 646 milliards de dollars. Cette performance reflète l’engouement des investisseurs pour le secteur spatial et les perspectives de croissance de SpaceX, malgré un flottant très réduit.