SpaceX, l’entreprise spatiale fondée par Elon Musk, s’apprête à réaliser l’une des plus grandes introductions en Bourse (IPO) de l’histoire, avec une valorisation estimée à 1 500 milliards de dollars. Selon les prévisions, cette opération pourrait dépasser de loin les levées de fonds records observées jusqu’à présent sur les marchés actions. Capital s’est penché sur les enjeux et les risques de cette IPO, à travers l’analyse de James D. Touati, analyste financier connu sous le pseudonyme de « Loup de Zurich », consultant et président de The Nest.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX vise une valorisation boursière de 1 500 milliards de dollars pour son IPO en 2026, selon les anticipations du marché.
  • En 2025, l’entreprise a enregistré 16 milliards de dollars de revenus pour 8 milliards de profits.
  • Starlink, son service internet par satellite, représente la majorité des revenus actuels de SpaceX.
  • Les risques majeurs incluent une valorisation jugée « stratosphérique », la dépendance à Elon Musk et des besoins en capitaux colossaux.
  • Le Loup de Zurich recommande une stratégie d’investissement prudente, avec une gestion rigoureuse des risques.

Une levée de fonds historique pour financer l’expansion spatiale

L’introduction en Bourse de SpaceX, attendue pour 2026, s’annonce comme un événement majeur sur les marchés financiers. Selon les projections, la valorisation de l’entreprise pourrait atteindre 1 500 milliards de dollars, un montant qui dépasse largement celui des plus grandes entreprises cotées en Europe. À titre de comparaison, cette somme représente 55 % de la valeur cumulée de toutes les sociétés du CAC 40. « De quoi faire passer les vieux briscards de Wall Street pour des petits porteurs », a ironisé James D. Touati, interrogé par Capital.

Cette opération vise principalement à « pomper du fuel » pour financer les ambitions spatiales d’Elon Musk, notamment le développement de Starlink, de la fusée Starship et des projets lunaires ou martiens. Starlink, le service internet par satellite, est déjà le moteur financier de SpaceX, tandis que Starship, conçue pour les missions habitées et le transport de cargaisons, représente l’avenir de l’entreprise. « SpaceX est comme un mix entre une *utility* technologique avec Starlink, qui génère des revenus récurrents façon télécoms, et une option d’achat sur des scénarios extrêmes comme la conquête de Mars ou les contrats de défense », explique le Loup de Zurich.

Starlink, Starship et la domination de SpaceX sur l’orbite terrestre

Avec 16 milliards de dollars de revenus en 2025 et 8 milliards de profits, SpaceX affiche des performances financières remarquables pour une entreprise encore en phase de développement. Starlink, qui fournit un accès internet par satellite, est le principal contributeur à ce chiffre d’affaires. Les lancements commerciaux et institutionnels, notamment pour des missions gouvernementales, apportent une stabilité supplémentaire, tandis que Starship, en phase de maturation industrielle, pourrait devenir le levier de croissance de demain. « Starlink est déjà le cœur du réacteur, tandis que Starship représente le gros levier de demain, avec des applications allant des cargos spatiaux aux vols habités », souligne l’analyste.

SpaceX ambitionne de devenir « l’Amazon de l’orbite », en proposant une infrastructure spatiale complète : services internet, lancements de satellites et péages sur l’économie spatiale. Cette vision séduit les investisseurs, mais elle s’accompagne de défis majeurs, notamment en termes de gouvernance et de gestion des risques.

Les risques d’une valorisation « stratosphérique »

Le principal écueil identifié par le Loup de Zurich réside dans la valorisation record de SpaceX. Avec un montant de 1 500 milliards de dollars, les investisseurs paient déjà « le Happy End », c’est-à-dire le scénario idéal. Les multiples de valorisation, calculés à partir des profits ou du chiffre d’affaires, pourraient s’avérer « lunaires », augmentant considérablement le risque de surpayer la croissance future de l’entreprise. « À ces niveaux de prix, on n’achète pas une histoire, on paie déjà la fin heureuse », avertit-il.

D’autres risques pèsent sur SpaceX. La dépendance à Elon Musk, figure médiatique et controversée, pourrait entraîner une volatilité accrue des actions. Les régulateurs, la géopolitique et les tensions internationales pourraient également perturber les opérations, notamment les lancements de satellites ou les contrats militaires. Enfin, les besoins en capitaux de SpaceX, liés à ses ambitions démesurées, pourraient nécessiter d’autres levées de fonds, diluant ainsi la valeur pour les actionnaires actuels.

Un modèle économique prometteur, mais fragile

SpaceX coche toutes les cases du fantasme boursier : une croissance fulgurante, des marges élevées, un marché potentiellement gigantesque pour l’internet spatial et un storytelling captivant. Pourtant, derrière cette façade se cachent des défis technologiques, réglementaires et financiers de taille. La constellation Starlink, par exemple, pourrait coûter plus cher que prévu à entretenir, tandis que Starship, bien que prometteuse, reste un pari technologique majeur. « Starlink est ultra-dominant, Starship est en phase d’industrialisation, et SpaceX est au centre des services orbitaux. Mais au moindre pépin, la valorisation pourrait chuter brutalement », met en garde l’expert.

Le Loup de Zurich rappelle également que SpaceX est un « compounder », c’est-à-dire une entreprise dont les bénéfices sont réinvestis pour générer encore plus de profits. Ce modèle peut surperformer les indices boursiers à long terme, mais il exige une croissance continue et une exécution parfaite. À l’ère de l’IPO, une erreur de parcours pourrait avoir des conséquences dramatiques sur la valorisation.

Quelle stratégie pour les investisseurs ?

Face à ces enjeux, le Loup de Zurich recommande deux stratégies pour les investisseurs souhaitant profiter de l’IPO de SpaceX. La première consiste à « jouer le momentum » de l’introduction en Bourse, en capitalisant sur l’engouement initial, mais avec une gestion rigoureuse des risques. « L’IPO de SpaceX sera un dossier à traiter comme une position satellite dans un portefeuille : taille contrôlée, horizon long terme et tolérance maximale à la volatilité », précise-t-il.

La seconde stratégie consiste à attendre une correction après l’engouement initial et à investir par paliers, afin de lisser les risques. « Une fois l’euphorie passée, il sera possible d’acheter des actions SpaceX à des niveaux plus raisonnables, en gardant à l’esprit que cette entreprise reste un pari haussier à très long terme », explique l’analyste. En tout état de cause, les investisseurs doivent garder à l’esprit que SpaceX, malgré son potentiel, reste un actif hautement spéculatif.

Et maintenant ?

L’introduction en Bourse de SpaceX, attendue pour 2026, pourrait être suivie d’un feu d’artifice boursier, mais aussi d’une période de forte volatilité. Les prochaines étapes incluent le dépôt officiel du dossier d’IPO, probablement dans les mois à venir, ainsi que la fixation du prix des actions. Les investisseurs devront surveiller de près les annonces d’Elon Musk, les régulations en matière d’espace et les performances opérationnelles de Starlink et Starship. Une chose est sûre : cette IPO pourrait redéfinir les standards des levées de fonds dans le secteur spatial, mais elle comporte aussi des risques inédits pour les marchés.

SpaceX s’apprête à entrer en Bourse dans un contexte où l’économie spatiale devient un enjeu stratégique pour les États et les entreprises. Si l’IPO se concrétise, elle pourrait marquer un tournant pour l’industrie, en ouvrant la voie à une nouvelle ère de financements privés pour l’exploration spatiale. Reste à savoir si les investisseurs seront au rendez-vous d’un pari aussi audacieux que celui d’Elon Musk.

SpaceX ambitionne de devenir un acteur incontournable de l’économie spatiale en combinant plusieurs services : un accès internet par satellite (Starlink), des lancements de fusées réutilisables (Starship) et une infrastructure orbitale. Son modèle rappelle celui d’Amazon, avec une domination sur plusieurs segments et une volonté de contrôler toute la chaîne de valeur, de l’infrastructure aux services.

Parmi les principaux rivaux de SpaceX, on trouve des entreprises comme Blue Origin (fondée par Jeff Bezos), Arianespace, ou encore des acteurs chinois comme CASC. Ces sociétés développent des fusées réutilisables ou des constellations de satellites, mais aucune n’a encore atteint le niveau de maturité technologique et commerciale de SpaceX.