La GENIUS Act, texte législatif américain visant à encadrer les stablecoins, entre dans une phase décisive. D’ici trois semaines, le marché des cryptomonnaies stables, évalué à plus de 160 milliards de dollars, pourrait connaître une refonte majeure. Journal du Coin détaille les contours de cette réforme et ses implications pour les acteurs du secteur.
Ce qu'il faut retenir
- Une échéance fixée au 28 juillet 2026 : la GENIUS Act doit être adoptée ou rejetée d’ici cette date pour éviter un blocage institutionnel.
- Les stablecoins émises par les banques fédérales américaines pourraient obtenir un statut privilégié, tandis que les autres devront se conformer à des règles strictes.
- Le marché des stablecoins, dominé par Tether (USDT) et USD Coin (USDC), représente 75 % des transactions en cryptomonnaies.
- Les régulateurs américains justifient cette loi par la nécessité de lutter contre le blanchiment et de protéger les investisseurs.
- Les opposants craignent une centralisation accrue et une distorsion de la concurrence au profit des grandes institutions financières.
Une réforme née d’un long processus législatif
La GENIUS Act, portée par le sénateur Sherrod Brown (Démocrate, Ohio), a été présentée en mars 2025 comme une réponse aux scandales ayant touché des émetteurs de stablecoins non régulés. Selon Journal du Coin, l’objectif affiché est double : sécuriser les actifs numériques et renforcer la stabilité financière des États-Unis. « Cette loi marque un tournant dans la régulation des cryptomonnaies », a déclaré Brown lors d’une audition au Sénat en mai 2026. Pour l’instant, le texte a été adopté par la Chambre des représentants, mais doit encore passer l’examen du Sénat avant le 28 juillet.
Les acteurs du secteur restent divisés. Les défenseurs de la décentralisation, comme Circle (émetteur de l’USDC), soutiennent partiellement le texte, tandis que des figures comme Brian Armstrong, PDG de Coinbase, appellent à des ajustements pour éviter une domination des banques traditionnelles. « Nous devons garantir que l’innovation ne soit pas étouffée », a-t-il souligné lors d’une conférence à New York en juin 2026.
Des enjeux colossaux pour un marché en pleine expansion
Le marché des stablecoins a connu une croissance explosive ces dernières années, passant de 20 milliards de dollars en 2020 à plus de 160 milliards en 2026. Selon les données de Journal du Coin, les transactions quotidiennes en stablecoins représentent désormais près de 60 % du volume total des cryptomonnaies, contre 40 % en 2023. Cette domination s’explique par leur utilisation croissante dans les échanges et comme réserve de valeur, notamment dans les pays à forte inflation comme l’Argentine ou la Turquie.
La GENIUS Act pourrait redistribuer les cartes. Les stablecoins émis par des banques fédérales américaines, comme ceux proposés par JPMorgan ou Goldman Sachs, bénéficieraient d’un label officiel, leur permettant de contourner certaines exigences de transparence. En revanche, les émetteurs privés devraient obtenir une licence spécifique et publier des réserves liquides auditées régulièrement. « Cela créera une fracture entre les acteurs institutionnels et les autres », analyse Meltem Demirors, chief strategy officer chez CoinShares.
Des risques de distorsion de la concurrence
Les critiques de la GENIUS Act pointent un risque de concentration du pouvoir entre les mains des grandes banques. Aujourd’hui, les deux principaux stablecoins, USDT (Tether) et USDC (Circle), représentent à eux seuls 80 % du marché. Une adoption de la loi pourrait renforcer leur position, tandis que les acteurs plus petits, comme Paxos ou TrueUSD, pourraient être marginalisés. « On risque de voir émerger un oligopole bancaire », s’inquiète Nicolas Christin, professeur à l’université Carnegie Mellon.
Par ailleurs, certains régulateurs, comme la Securities and Exchange Commission (SEC), voient d’un bon œil cette loi, qui leur donnerait davantage de contrôle sur un marché encore largement opaque. Cependant, des voix s’élèvent pour dénoncer une approche trop centralisatrice. « La régulation doit protéger sans étouffer l’innovation », a rappelé Hester Peirce, commissaire à la SEC, lors d’un séminaire à Washington en avril 2026.
Reste à savoir si les autres pays suivront le modèle américain ou opteront pour des approches plus souples. L’Union européenne, avec son règlement MiCA entré en vigueur en 2024, a déjà montré une volonté d’encadrer le secteur sans le brider. Une divergence des régulations pourrait, à terme, fragmenter davantage le marché global.
Les stablecoins non régulés comme l’USDT (Tether) ou le DAI (MakerDAO) devraient se conformer à des règles strictes, tandis que les émissions bancaires, comme celles de JPMorgan ou Goldman Sachs, bénéficieraient d’un statut privilégié. Selon Journal du Coin, les émetteurs privés pourraient perdre jusqu’à 30 % de leur part de marché en cas d’adoption de la loi.