La fusée géante Starship V3 de SpaceX, considérée comme le lanceur le plus puissant jamais construit, a effectué avec succès son 12ᵉ vol d’essai suborbital dans la nuit du 22 au 23 mai 2026. Ce vol marquait également la première mission de la nouvelle génération Starship V3 et la première depuis octobre 2025, selon Numerama. Malgré plusieurs incidents techniques, la mission a permis de valider plusieurs innovations clés, bien que des ajustements restent nécessaires.

Ce qu'il faut retenir

  • Premier vol réussi de la Starship V3, une version entièrement repensée pour une réutilisation rapide
  • Durée du vol : 65 minutes, avec des dysfonctionnements sur deux moteurs Raptor
  • Déploiement de 20 simulateurs de satellites Starlink et de deux microsatellites d’inspection
  • Retour contrôlé du vaisseau Ship 39 dans l’océan Indien, mais échec de l’atterrissage du booster Super Heavy
  • Annulation de la démonstration de rallumage en vol en raison d’une panne moteur

Le décollage a eu lieu à 00h30, heure de Paris, depuis la base spatiale de Boca Chica au Texas. Avec ses 124 mètres de haut, la fusée a quitté le pas de tir pour une mission suborbitale visant à tester les modifications structurelles majeures apportées à cette troisième version. Ces changements visent à optimiser la réutilisabilité du lanceur, un objectif central pour SpaceX dans le cadre de sa stratégie de réduction des coûts d’accès à l’espace. Plusieurs jours de retard avaient été enregistrés en raison d’un incident technique non précisé, mais la fenêtre de lancement a finalement été respectée.

Le vol s’est globalement bien déroulé malgré des problèmes moteurs. L’un des 33 moteurs Raptor du premier étage Super Heavy s’est arrêté prématurément en cours de vol. La manœuvre d’atterrissage du booster, essentielle pour une récupération en douceur, a également échoué. De son côté, le vaisseau supérieur Ship 39, équipé de six moteurs Raptor, a perdu l’un d’eux lors de l’ascension. « Ce dysfonctionnement n’a pas perturbé la trajectoire, qui est restée dans les limites prévues », a indiqué Dan Huot, porte-parole de SpaceX, lors d’une retransmission en direct relayée par Space.com. Les équipes analysent désormais la panne « étape par étape », a-t-il précisé.

Malgré ces aléas, la mission a permis de valider une étape importante : le bon fonctionnement de la nouvelle porte de soute. Celle-ci a permis le déploiement de 20 simulateurs de satellites Starlink ainsi que de deux microsatellites d’inspection. Ces charges utiles ont été larguées en haute altitude, confirmant la capacité de Starship à déployer des satellites ou des équipements en orbite basse. En revanche, SpaceX a annulé par précaution la démonstration de rallumage du moteur Raptor dans le vide spatial, en raison de la panne moteur survenue durant l’ascension.

« Je ne parlerais pas d’insertion orbitale nominale, mais nous suivons une trajectoire que nous avions analysée, et elle est dans les limites prévues. »
— Dan Huot, porte-parole de SpaceX

Le Ship 39 a poursuivi sa mission jusqu’à atteindre l’espace, puis a entamé son retour vers la Terre. Le vaisseau a réussi son atterrissage vertical dans l’océan Indien, une manœuvre spectaculaire mais prévue. Contrairement aux vols précédents, aucun système de récupération par la tour Mechazilla n’était déployé pour ce test. Après s’être posé à la verticale, le vaisseau a basculé à la surface de l’eau avant d’exploser, un scénario anticipé par SpaceX pour ce type de mission expérimentale.

Le bilan du vol est plus contrasté pour le booster Super Heavy. Privé d’un de ses moteurs, il n’a pas pu effectuer correctement sa manœuvre de freinage pour un amerrissage contrôlé. Le lanceur s’est écrasé plus violemment que prévu dans les eaux du golfe du Mexique, mettant fin à sa mission de manière prématurée. Aucune tentative de récupération n’était prévue pour ce vol, mais l’incident souligne les défis techniques persistants malgré les progrès réalisés.

Et maintenant ?

SpaceX doit désormais analyser les données de ce vol pour identifier les causes des pannes moteur et corriger les dysfonctionnements observés. Les prochaines étapes dépendront des résultats de cette enquête, mais l’objectif reste inchangé : accélérer la réutilisabilité des lanceurs. Les prochains vols d’essai devraient intégrer des améliorations ciblées, notamment sur les systèmes de propulsion et de contrôle d’atterrissage. Pour l’heure, aucune date n’a été communiquée pour le 13ᵉ vol d’essai, mais les équipes travaillent sans attendre.

Ce vol confirme que Starship V3 est sur la bonne voie, mais il rappelle aussi que le chemin vers un lanceur pleinement opérationnel est encore long. Entre innovations technologiques et défis techniques, SpaceX continue d’écrire l’histoire de l’exploration spatiale. La fusée, conçue pour transporter jusqu’à 100 tonnes de charge utile, pourrait à terme révolutionner l’accès à l’orbite terrestre, voire soutenir les missions habitées vers la Lune ou Mars. Pour l’instant, les priorités restent la fiabilité et la sécurité, deux impératifs pour des vols commerciaux réguliers.

Cette mission intervient dans un contexte où SpaceX multiplie les projets ambitieux, allant de la constellation Starlink à la préparation des missions Artemis de la NASA. La réussite de Starship V3 serait un atout majeur pour l’entreprise, mais aussi pour l’ensemble de l’industrie spatiale, en abaissant significativement le coût des lancements. Reste à voir si les prochains tests confirmeront cette tendance.

L’annulation a été décidée par précaution après la perte d’un moteur Raptor durant l’ascension. Les équipes ont estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour effectuer cette manœuvre critique en toute sécurité, selon les déclarations de SpaceX.

SpaceX doit d’abord analyser les données du vol pour corriger les pannes moteur et les dysfonctionnements de l’atterrissage. Les prochains tests devraient intégrer ces améliorations avant un nouveau vol expérimental, dont la date n’a pas encore été annoncée.