Le réalisateur américain Steven Spielberg, figure incontournable du cinéma mondial, a pris position contre l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans la création artistique, lors d’un entretien diffusé le 27 mai 2026 sur le podcast IMO. Selon Numerama, il a clairement tracé une ligne rouge, refusant catégoriquement que l’IA puisse remplacer la créativité humaine dans l’écriture et la réalisation de films.

Ce qu’il faut retenir

  • Steven Spielberg a explicitement rejeté l’idée que l’IA puisse remplacer un scénariste ou un réalisateur, lors d’un passage sur le podcast IMO le 27 mai 2026.
  • Il considère que l’IA ne peut pas reproduire des éléments comme la conscience, l’âme ou la sensibilité humaine, essentiels à la création artistique.
  • Le cinéaste, dont le dernier film Disclosure Day est sorti récemment, accepte l’IA uniquement comme outil technique, par exemple pour le repérage de lieux de tournage.
  • Il s’oppose frontalement aux outils génératifs qui prétendraient dicter aux artistes la structure de leurs œuvres, leurs dialogues ou la mise en scène.
  • Spielberg rejoint ainsi un débat croissant à Hollywood sur les limites éthiques et juridiques de l’IA dans la création culturelle.

Le cinéaste, triple lauréat des Oscars, a rappelé que la qualité d’une histoire repose sur des éléments organiques, comme l’expérience humaine, les traumatismes ou l’étincelle créative — des dimensions qu’aucune suite de 0 et de 1 ne pourrait reproduire. « Là où je n’aime pas l’IA, c’est lorsqu’elle prend position, ou lorsqu’il y a une chaise vide autour d’une table de scénaristes. Imaginez : il y a six scénaristes, une chaise vide, et un ordinateur posé devant cette chaise vide qui fait office de septième scénariste. Je ne suis pas prêt à accepter ce remplacement », a-t-il déclaré lors de son intervention.

Pour lui, la technologie ne saurait se substituer à l’âme humaine. « Je ne crois pas à la conscience artificielle. Je ne crois pas qu’il y ait un substitut à l’âme. Je ne pense pas que ce soit un algorithme inventable », a-t-il affirmé, soulignant que la créativité artistique ne peut être réduite à une suite d’opérations logiques. Cette position tranchante intervient alors que le secteur du cinéma, en pleine mutation technologique, tente encore de définir ses propres règles face à l’essor des outils d’IA générative.

Un plaidoyer pour la créativité humaine, face à l’essor de l’IA

Dans un contexte où des réalisateurs comme Peter Jackson ont déjà utilisé l’IA pour des tâches de restauration d’images ou de génération de contenus annexes, Spielberg assume un rejet clair de toute intrusion de l’IA dans le processus créatif pur. « Ne me dites pas que je n’ai pas le bon antagoniste dans cette histoire, ne me dites pas comment écrire mes dialogues pour ce personnage, ne me dites pas où la caméra doit aller », a-t-il lancé, s’adressant directement aux outils génératifs. Pour lui, l’IA doit rester un assistant technique, comme il l’a illustré avec un exemple concret : « Si l’IA veut m’aider à trouver des lieux de tournage, c’est formidable. Ça nous évite à tous un gros travail de repérage sur le terrain. »

Le réalisateur a précisé que l’IA peut être utile dans des domaines comme la médecine ou l’éducation, mais doit être cantonnée à des rôles logistiques sur un plateau. « Utilisez l’IA comme un outil, mais ne l’utilisez jamais comme le dernier mot sur quoi que ce soit de créatif. C’est là que je trace ma ligne rouge », a-t-il insisté. Cette distinction entre usage technique et création artistique marque une frontière que Spielberg refuse de franchir, malgré les promesses d’efficacité offertes par les nouvelles technologies.

Un débat qui divise Hollywood

Cette prise de position s’inscrit dans un mouvement plus large de remises en question au sein de l’industrie cinématographique, où les enjeux juridiques, éthiques et économiques liés à l’IA restent flous. Les syndicats de scénaristes et de réalisateurs américains ont déjà alerté sur les risques de précarisation des métiers artistiques, tandis que les studios explorent les opportunités offertes par ces outils pour réduire les coûts ou accélérer certaines phases de production.

Spielberg, dont l’influence à Hollywood est majeure, apporte une voix autorisée à ce débat. Son refus catégorique de voir l’IA empiéter sur le processus créatif résonne comme un rappel des limites humaines dans un monde de plus en plus dominé par les machines. Pourtant, malgré son opposition frontale, le réalisateur ne se présente pas comme un technophobe : il reconnaît volontiers les avancées permises par l’IA dans des secteurs éloignés de la création pure.

Et maintenant ?

La sortie de Disclosure Day, attendu comme l’un des événements cinématographiques de l’année 2026, pourrait servir de catalyseur à ce débat. Les prochains mois devraient voir s’intensifier les discussions entre les professionnels du secteur, les ayants droit et les régulateurs sur la régulation de l’IA dans la création. Une conférence réunissant les grands studios et les syndicats est notamment prévue en septembre 2026, pour tenter d’encadrer l’usage de ces technologies sans étouffer l’innovation.

Reste à savoir si la position intransigeante de Spielberg fera des émules parmi ses pairs, ou si l’industrie continuera sa marche vers une intégration progressive de l’IA, malgré les réserves de certains de ses plus illustres représentants. Une chose est sûre : dans un paysage où l’IA gagne chaque jour du terrain, la question n’est plus de savoir si elle transformera le cinéma, mais bien comment elle le fera — et jusqu’où elle pourra aller sans aliéner ce qui fait, pour Spielberg et d’autres, l’essence même de l’art.

Parmi les figures du cinéma ayant recours à l’IA, on peut citer Peter Jackson, qui a utilisé des outils de restauration et de génération d’images pour ses documentaires et remastérisations, ou encore James Cameron, qui a évoqué l’IA pour optimiser certaines phases de préproduction.