Alors que l’intelligence artificielle (IA) s’impose progressivement dans l’industrie cinématographique, Steven Spielberg, réalisateur emblématique et figure majeure du 7ᵉ art, a exprimé une position claire sur son usage. Invité dans le podcast IMO de Michelle Obama et Craig Robinson, le cinéaste de La Guerre des Mondes a réaffirmé son rejet de l’IA comme outil de création autonome. Selon Le Figaro, Spielberg considère que l’IA ne peut se substituer ni à l’intuition humaine ni à la conscience, et doit rester un instrument au service des artistes.

Ce qu'il faut retenir

  • Steven Spielberg, 79 ans, rejette catégoriquement l’idée que l’IA puisse remplacer les scénaristes ou réaliser des choix artistiques à leur place.
  • Pour lui, l’IA ne possède ni âme ni conscience, et son usage doit se limiter à des tâches techniques ou logistiques.
  • Le réalisateur de Disclosure Day, attendu en salles le 10 juin 2026, insiste sur le rôle strictement « outil » de l’IA dans la production.
  • Spielberg a abordé ce sujet dans le podcast IMO, animé par l’ancienne Première dame des États-Unis et l’humoriste Craig Robinson.
  • Cette prise de position intervient dans un contexte où l’IA générative commence à transformer les métiers du cinéma, notamment pour le doublage ou les effets spéciaux.

Un pionnier du cinéma confronté à l’essor de l’IA

Longtemps considéré comme un visionnaire avec A.I. Intelligence artificielle en 2001, Spielberg a été l’un des premiers à explorer les thèmes de la robotique et de la conscience artificielle au cinéma. Trente-cinq ans plus tard, le débat sur l’impact de l’IA dans le secteur s’est intensifié, poussé par les avancées technologiques et les craintes de substitution des emplois humains. Le cinéaste, qui a produit et réalisé certains des plus grands succès hollywoodiens, a choisi de s’exprimer publiquement pour rappeler une limite éthique et artistique : « Je ne crois pas qu’il existe un substitut à l’âme », a-t-il déclaré, soulignant ainsi son attachement à l’humain comme pilier de la création.

Dans ses propos rapportés par Le Figaro, Spielberg a également évoqué son éducation et ses valeurs : « Penser qu’un ordinateur puisse ressentir plus que nous est contraire à la manière dont j’ai été élevé et à la façon dont je continuerai d’exercer mon métier ». Pour lui, l’IA ne peut pas incarner ce qui fait la singularité de l’art : l’émotion, l’instinct et la subjectivité.

L’IA comme assistant, pas comme créateur

Malgré ses réserves, le réalisateur n’exclut pas totalement l’usage de l’IA dans le processus de fabrication d’un film. Il en voit même des applications concrètes pour certaines étapes techniques. « L’IA ne doit pas me dire comment écrire les dialogues, comment placer la caméra ou à quoi doit ressembler le décor », a-t-il précisé. En revanche, il reconnaît son utilité pour des tâches comme la génération de maquettes de décors ou l’optimisation de tournages. « Utilisez l’IA comme un outil parmi tant d’autres pour le chef décorateur par exemple », a-t-il suggéré, traçant ainsi une frontière entre assistance et décision artistique.

Cette nuance est importante dans un secteur où les studios explorent déjà les possibilités de l’IA, que ce soit pour le montage, la post-production ou même l’écriture de scénarios. Des acteurs comme Val Kilmer ont déjà vu leurs voix recréées par des algorithmes pour des projets posthumes, illustrant à la fois les opportunités et les dilemmes éthiques soulevés par ces technologies. Spielberg, lui, refuse catégoriquement que l’IA « prenne des décisions à la place des scénaristes ». Pour lui, le risque est de perdre ce qui fait la force du cinéma : « la parole finale sur quoi que ce soit de créatif doit rester humaine ».

Un plaidoyer pour l’équilibre entre innovation et tradition

La position de Spielberg s’inscrit dans un débat plus large au sein de l’industrie. Certains réalisateurs, comme Christopher Nolan, qui a récemment été élu à la tête du puissant syndicat des réalisateurs américains, défendent une approche mesurée de l’IA, tout en mettant en garde contre ses excès. D’autres, comme Christian Clavier, y voient une chance pour le cinéma français de se moderniser. Mais Spielberg, dont l’influence dépasse largement les frontières américaines, apporte un poids particulier à ce débat. Son expérience de plusieurs décennies dans le milieu lui confère une légitimité unique pour évaluer les risques et les bénéfices de ces outils.

En refusant de voir l’IA comme une menace existentielle pour la créativité, il propose une voie médiane : « L’IA peut alléger certaines tâches lors de la production, mais elle ne peut remplacer la créativité et les sentiments humains ». Cette distinction entre automatisation et création rappelle celle souvent faite dans d’autres secteurs, comme la musique ou la littérature, où l’IA est perçue comme un complément plutôt qu’un remplaçant.

Et maintenant ?

Le prochain film de Spielberg, Disclosure Day, prévu pour le 10 juin 2026, pourrait devenir un cas d’étude pour cette question. Si le réalisateur confirme sa position lors de la promotion du film, son exemple pourrait inspirer d’autres professionnels à clarifier leur propre rapport à l’IA. Les prochains mois seront également marqués par des discussions au sein des syndicats de réalisateurs et des studios, notamment aux États-Unis où le syndicat de Nolan pourrait jouer un rôle clé dans la régulation de ces outils. Reste à voir si l’industrie parviendra à concilier innovation technologique et préservation des métiers artistiques.

Pour l’heure, la prise de position de Spielberg rappelle une évidence : dans un monde où les algorithmes façonnent de plus en plus nos choix, le cinéma reste, avant tout, une affaire d’humains. Et c’est précisément cette humanité que le réalisateur entend protéger.

Oui, l’IA est déjà employée dans plusieurs aspects de la production cinématographique. Elle permet notamment de générer des effets spéciaux, de restaurer des films anciens, de doubler des acteurs ou de créer des voix synthétiques. Certains projets, comme le retour de l’acteur Val Kilmer grâce à l’IA, illustrent ces avancées. Cependant, son utilisation reste encadrée par des questions éthiques et juridiques, notamment sur les droits d’auteur et le consentement des artistes.