Ce qui relevait encore d’une hypothèse il y a quelques semaines est désormais une quasi-certitude début avril 2026 : la planète s’achemine vers un super El Niño, un phénomène climatique exceptionnel dont l’intensité pourrait s’avérer inédite dans les archives météorologiques. Selon Futura Sciences, les dernières projections du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) — référence mondiale en matière de modélisation climatique — confirment que la probabilité d’un tel événement avant l’automne est passée de 20 % début mars à 75 % aujourd’hui.

Ce qu'il faut retenir

  • Un super El Niño se caractérise par une anomalie de température des eaux de surface du Pacifique équatorial supérieure ou égale à +2 °C par rapport à la normale ; celui de 2026 pourrait dépasser les +3 °C.
  • Le précédent record date de décembre 2015, avec une anomalie de +2,8 °C ; les experts estiment que le phénomène actuel pourrait le dépasser.
  • Les prévisions ECMWF suggèrent que cet épisode pourrait être le plus intense jamais enregistré depuis le début des relevés.
  • Les conséquences attendues incluent des vagues de chaleur extrêmes, des sécheresses prolongées dans plusieurs régions du monde, et des précipitations diluviennes dans d’autres zones, dont l’ouest de la France.
  • Les spécialistes soulignent que les effets d’un tel phénomène pourraient se prolonger jusqu’en 2027, avec un impact majeur sur le climat mondial.

Un super El Niño survient en moyenne tous les 10 à 15 ans. Dans le cas présent, l’anomalie thermique envisagée par l’ECMWF dépasse largement les critères habituels. « La température de l’eau dans le Pacifique équatorial pourrait dépasser de 3 °C ou plus la normale », a indiqué Karine Durand, spécialiste météo extrême et environnement pour Futura Sciences. Jusqu’à présent, le record était détenu par le super El Niño de 2015-2016, avec une anomalie de +2,8 °C. « Avec le réchauffement climatique, un même épisode El Niño sera facilement plus chaud aujourd’hui qu’il y a 20 ans », précise-t-elle.

Des signes avant-coureurs déjà visibles

Les prémices de ce phénomène se manifestent déjà le long des côtes du Pérou, où les eaux commencent à se réchauffer de manière significative. Selon les experts, ces anomalies locales précèdent généralement l’arrivée d’El Niño de trois à cinq mois. « Cela signifie que les premiers effets concrets pourraient se faire sentir dès l’été 2026 », explique Karine Durand. Les spécialistes du climat restent toutefois prudents : si les modèles de l’ECMWF sont généralement fiables, la période actuelle, au printemps, est connue pour générer des prévisions parfois exagérément alarmistes. « Il faudra attendre un à deux mois pour affiner ces projections », tempère la météorologue.

Un phénomène qui s’ajoute au réchauffement climatique

L’arrivée d’un super El Niño en 2026 risque de se combiner avec le réchauffement climatique d’origine humaine, ce qui pourrait conduire à un nouveau record de chaleur mondiale. En 2024, l’année la plus chaude jamais enregistrée selon les relevés, la température moyenne globale avait dépassé de 1,5 °C les niveaux préindustriels. « L’effet cumulé d’un super El Niño et du changement climatique en cours pourrait faire de 2026 une année encore plus exceptionnelle », souligne Xavier Demeersman, rédacteur en chef de Futura Sciences. Les vagues de chaleur estivales, déjà exacerbées par la tendance générale, devraient ainsi être particulièrement intenses, y compris en France.

Selon les prévisions saisonnières de l’ECMWF pour l’été 2026 (juillet à septembre), l’intégralité du territoire français pourrait connaître des températures bien au-dessus des normales de saison. Les régions du nord-ouest, en particulier, pourraient être touchées par des épisodes de pluies diluviennes, en plus des canicules. « Les conséquences sur les cycles de l’eau seront marquées par des extrêmes : sécheresses prolongées dans certaines zones et inondations dans d’autres », explique Karine Durand.

Des impacts contrastés selon les régions

Les répercussions d’un super El Niño varient fortement selon les continents. D’un côté, les prévisions anticipent des sécheresses sévères en Inde, dans les Caraïbes, en Afrique centrale, en Indonésie, en Australie, aux Philippines, en Amérique du Sud et dans le nord du Brésil. De l’autre, des pluies torrentielles sont attendues au nord et à l’est de l’Afrique, au Moyen-Orient, en Équateur, au Pérou, dans le nord-ouest de l’Amérique du Nord, ainsi qu’éventuellement dans l’ouest de la France. « Les perturbations du cycle de l’eau pourraient durablement affecter les récoltes et les ressources en eau potable », avertit la spécialiste.

Côté Atlantique nord, la saison des ouragans devrait en revanche être moins active que la moyenne, avec un nombre réduit de phénomènes cycloniques et une intensité généralement moindre. « Cela n’exclut pas pour autant la survenue d’une catastrophe majeure », tempère Karine Durand. En effet, même affaiblis, les ouragans peuvent causer des dégâts considérables.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour affiner les prévisions. Les modèles climatiques devraient permettre de préciser l’ampleur des anomalies attendues d’ici mai ou juin 2026. Dans l’intervalle, les autorités météorologiques et les gouvernements pourraient commencer à préparer des plans d’adaptation, notamment pour les secteurs agricoles et la gestion des ressources hydriques. Les conséquences d’un super El Niño se font généralement sentir pendant un an après son déclenchement, avec des répercussions possibles jusqu’en 2027. Reste à savoir si les prévisions actuelles, bien que probables, se concrétiseront dans leur intégralité.

Un enjeu économique et environnemental majeur

Un super El Niño de cette intensité pourrait avoir des répercussions économiques mondiales contrastées. Historiquement, El Niño est plutôt bénéfique pour l’économie globale, car il favorise une baisse des prix des matières premières grâce à des récoltes plus abondantes dans certaines régions. Cependant, dans le cas d’un épisode extrême comme celui anticipé, les effets pourraient s’inverser. « Les sécheresses trop intenses dans certaines zones et les précipitations trop abondantes dans d’autres pourraient perturber les chaînes d’approvisionnement et faire flamber les prix des denrées alimentaires », analyse Karine Durand. Les pays les plus vulnérables, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est, seraient les premiers touchés.

Les spécialistes rappellent que l’impact d’un super El Niño sur le climat mondial prend du temps à se dissiper. Les effets les plus marqués pourraient donc se produire avec un décalage, notamment en 2027. « Les mécanismes océaniques et atmosphériques mis en jeu par un tel phénomène sont complexes et peuvent amplifier les tendances climatiques existantes », explique Xavier Demeersman. Dans ce contexte, la surveillance accrue des températures océaniques et des modèles météorologiques sera cruciale pour anticiper au mieux les événements à venir.

Pour l’heure, les experts appellent à la prudence. Si les indicateurs actuels sont préoccupants, il reste essentiel de suivre l’évolution des données dans les semaines à venir. « Les prévisions saisonnières sont des outils précieux, mais elles ne sont pas infaillibles. Une marge d’incertitude subsiste, notamment en raison de la variabilité naturelle du climat », rappelle Karine Durand. Une chose est sûre : si le scénario du pire venait à se confirmer, 2026 entrerait dans l’histoire comme une année climatique exceptionnelle.

Un El Niño classique se caractérise par une anomalie de température des eaux de surface du Pacifique équatorial de +0,8 °C par rapport à la normale. Un super El Niño, en revanche, implique une anomalie égale ou supérieure à +2 °C. Dans le cas de l’épisode de 2026, les prévisions évoquent même un dépassement de +3 °C, ce qui en ferait un événement d’une intensité historique.

Selon les projections de l’ECMWF, l’ouest de la France, notamment les régions Nouvelle-Aquitaine et Bretagne, pourrait être particulièrement exposé aux épisodes de pluies intenses. Ces zones, déjà sensibles aux inondations, pourraient subir des précipitations diluviennes, aggravant les risques de crues et de glissements de terrain.