La situation dans les établissements pénitentiaires et psychiatriques français s’est encore dégradée en 2025, selon le dernier rapport de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), rendu public ce jeudi 28 mai. Dominique Simonnot, en poste jusqu’en octobre, qualifie cette année de « catastrophe » et dénonce une « déficience de l’État » face à des constats qui « ne font malheureusement que reprendre ceux des années précédentes ». D’après Franceinfo - Santé, ce document de 159 pages, établi après 138 visites d’établissements, révèle des dysfonctionnements structurels majeurs, une surpopulation carcérale inédite et des conditions de détention indignes.

Ce qu'il faut retenir

  • Une surpopulation carcérale « jamais imaginée », avec des taux d’occupation atteignant 300 % dans certaines maisons d’arrêt, entraînant des violences et une hausse des suicides (environ 250 décès par an).
  • Des cellules vétustes et insalubres : sanitaires dégradés, nuisibles, douches collectives sales, et recours systématique à des matelas sans literie.
  • Des personnels pénitentiaires épuisés, sous-effectifs chroniques, avec des heures supplémentaires massives et des témoignages évoquant une « peur palpable » dans les coursives.
  • Des établissements pour mineurs dans un état « inadapté » : cellules spartiates, hygiène défaillante, et problèmes d’encadrement aggravés par des « vacances d’emploi » et un absentéisme important.
  • Une psychiatrie en crise, marquée par une pénurie de personnel, des décisions médicales parfois illégales, et des pratiques d’isolement ou de contention non conformes à la loi.
  • Des appels à l’urgence politique : Dominique Simonnot réclame « du courage politique » pour répondre à cette situation « qui ne fait qu’empirer ».

Des prisons saturées et des conditions de détention indignes

Le rapport de la CGLPL dresse un tableau particulièrement sombre des établissements pénitentiaires. Si les prisons les plus récentes, destinées aux adultes, sont globalement bien entretenues, les plus anciennes souffrent de « carences budgétaires » criantes. Les cellules y sont « vétustes », les sanitaires « dégradés », et des « nuisibles » — rongeurs ou insectes — persistent malgré les opérations de dératisation. « La dignité des conditions de détention ne peut dans ce contexte être garantie », souligne Dominique Simonnot dans son rapport.

La surpopulation carcérale, « endémique » et « jamais imaginée à un tel niveau », atteint des records : entre 150 % et 200 % de taux d’occupation dans la plupart des maisons d’arrêt, et jusqu’à 300 % dans certaines structures. Les détenus vivent entassés, avec des matelas sans literie comme seul couchage. Les conséquences sont dramatiques : violences accrues, rixes, et une hausse des décès — environ 250 par an, dont plus de la moitié de suicides. Les meurtres carcéraux, autrefois rares, « enflent », tandis que des témoignages révèlent que des victimes avaient signalé des risques « en vain » à l’administration.

Des personnels au bord de l’épuisement et des comportements inacceptables

Côté surveillance, la situation est tout aussi alarmante. Les établissements pénitentiaires souffrent d’un « sous-effectif structurel » pour les surveillants, les soignants, les officiers et les conseillers. « Dès lors, le recours aux heures supplémentaires est très élevé, ce qui accroît la fatigue des agents et réduit leur vigilance », indique le rapport. Dominique Simonnot évoque des personnels « au bout de leur vie », comme ce surveillant qui, seul pour 130 détenus, déclare : « Vous croyez que j’ai le temps de m’occuper de ceux qui ne vont pas bien ? »

La contrôleuse salue cependant certaines initiatives locales, comme des formations en « communication non violente », mais dénonce aussi des « comportements inappropriés » de la part de certains agents : propos humiliants ou xénophobes, insultes, voire violences physiques. Des dérives qui, selon elle, aggravent la tension ambiante dans les établissements.

Des mineurs détenus dans des conditions « inadaptées »

La CGLPL a visité quatre des six établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) en 2025. Le constat est accablant : les conditions d’hébergement y sont « inadaptées à l’accueil d’enfants ». Les cellules, « spartiates et inconfortables », sont souvent « dégradées, parfois indignes ». « Dans tous les établissements, l’accès à l’hygiène est une difficulté », écrit Dominique Simonnot. Les sanitaires, « en très mauvais état », présentent des joints moisis, des robinetteries encrassées, et des toilettes « répugnantes » sans abattant, avec des déchets stagnants et des odeurs nauséabondes.

Les EPM, bien que récents, se dégradent rapidement en raison d’un « usage intensif » et d’un manque d’entretien. Celui de Marseille, par exemple, a fait l’objet de « recommandations en urgence », conduisant le garde des Sceaux à ordonner une fermeture partielle. Les problèmes d’encadrement sont également criants : « vacances d’emploi », absentéisme, et une coopération « complexe voire impossible » entre l’administration pénitentiaire et la protection judiciaire de la jeunesse, en raison de « différences de cultures professionnelles » et d’un « manque de confiance mutuelle ».

En psychiatrie, une crise persistante et des pratiques illégales

Dans les 25 établissements de santé mentale et services psychiatriques visités par la CGLPL, la situation est tout aussi préoccupante. Dominique Simonnot évoque une « crise de la démographie médicale et paramédicale », avec des postes de psychiatres « non pourvus » et un recours massif à des internes, intérimaires ou praticiens à temps partiel. « Ces personnes ne sont pas habilitées à signer les certificats permettant un placement en soins sans consentement », ce qui rend de nombreuses décisions « irrégulières ». Les astreintes, souvent assurées à distance, aboutissent à des mesures prises sans examen direct du patient.

Les pratiques d’isolement et de contention, déjà critiquées dans les rapports précédents, « présentent presque dans tous les cas des écarts notables avec le cadre légal ». Ces décisions sont parfois prises par des personnels « non habilités », sans que les patients — y compris les plus jeunes — ne bénéficient des garanties prévues par la loi. « La psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent apparaît systématiquement comme le maillon le plus fragilisé du dispositif », souligne la contrôleuse, qui demande la création d’un « statut de l’enfant en psychiatrie » pour interdire ces pratiques. Elle alerte aussi sur le mélange des enfants avec des adultes, une situation « à hauts risques » où des mineurs sont isolés ou attachés « comme des grands », sans examen systématique par un juge.

Et maintenant ?

Face à ce constat alarmant, Dominique Simonnot appelle à une « réponse politique urgente ». Les prochaines échéances pourraient voir une mobilisation accrue des associations et des familles de détenus, ainsi que des parlementaires, pour faire pression sur le gouvernement. Une mission d’inspection parlementaire pourrait être lancée d’ici la fin de l’année, tandis que le ministère de la Justice devrait présenter un plan de rattrapage pour les établissements les plus critiques. Reste à voir si ces annonces se traduiront par des moyens concrets, alors que la crise structurelle des prisons et de la psychiatrie persiste depuis des années.

La publication de ce rapport intervient alors que la France fait face à une double pression : d’une part, une hausse continue de la population carcérale, liée à des peines de plus en plus longues et à des politiques pénales restrictives ; d’autre part, un système de santé mentale sous-financé, malgré les plans gouvernementaux successifs. Autant dire que, sans mesures radicales, la situation pourrait continuer à se dégrader, avec des conséquences humaines et sociales difficiles à mesurer.

Dominique Simonnot réclame avant tout « du courage politique » pour augmenter les effectifs dans les prisons et les établissements psychiatriques, ainsi que des crédits dédiés à l’entretien des bâtiments. Elle propose aussi de réformer les pratiques de recrutement et de formation des personnels, de mieux encadrer les décisions médicales en psychiatrie, et de créer un statut spécifique pour les mineurs en milieu hospitalier. Enfin, elle insiste sur la nécessité de réduire la surpopulation carcérale par des alternatives aux peines de prison et une politique de prévention plus efficace.

Oui. Le garde des Sceaux a validé en 2025 une fermeture partielle de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Marseille, suite aux constats dressés par la CGLPL. Cette décision s’inscrit dans un plan plus large de restructuration des EPM, dont l’état de dégradation rapide nécessite des travaux urgents. La réouverture complète dépendra de la mise en œuvre des recommandations et de l’obtention des financements nécessaires.