Gérald Darmanin, garde des Sceaux et ministre de la Justice, s’est félicité ce mercredi 22 avril 2026 d’une hausse de 70 % des expulsions de détenus étrangers depuis le début de son mandat, une mesure présentée comme un levier pour lutter contre la surpopulation carcérale chronique en France. Selon BFM - Faits Divers, cette politique s’inscrit dans un contexte où les prisons françaises affichent un taux d’occupation record, dépassant largement leur capacité d’accueil.

Au 1er mars 2026, la France comptait 87 126 détenus pour seulement 63 500 places disponibles, soit un taux d’occupation global de 137,5 %. Une situation qui s’aggrave mois après mois, les établissements pénitentiaires, notamment les maisons d’arrêt hébergeant des prévenus ou des condamnés à de courtes peines, étant les plus touchés. La population carcérale a encore augmenté depuis, atteignant 88 419 détenus au 1er avril 2026, dont 21 329 étrangers (24 % du total), contre 26 % à la fin 2024.

Ce qu'il faut retenir

  • 88 419 détenus recensés au 1er avril 2026 en France, un record historique.
  • 24 % de la population carcérale est composée d’étrangers, soit 21 329 personnes.
  • Les expulsions de détenus étrangers ont augmenté de 70 % depuis 2024.
  • Le taux d’occupation des prisons atteint 137,5 %, avec 87 126 détenus pour 63 500 places au 1er mars 2026.
  • 5 000 postes de surveillants sont vacants, aggravant les tensions dans les établissements.

Une politique d’expulsion présentée comme une solution

Dans un message publié sur X, Gérald Darmanin a souligné que la France avait « augmenté de 70 % le nombre de détenus étrangers expulsés » depuis son arrivée à la Chancellerie fin 2024. Pour le ministre, ces éloignements constituent un moyen de réduire la pression sur un système pénitentiaire « au bord de l’explosion ». « Ces détenus représentent 25 % de notre population carcérale et contribuent donc à la surpopulation de nos prisons », a-t-il déclaré, ajoutant vouloir « accroître ces expulsions ».

Les modalités d’éloignement reposent principalement sur deux dispositifs : les libérations conditionnelles-expulsion (LCE) et les reconnaissances mutuelles de jugement entre pays. Selon une note du ministère consultée par Europe 1 et l’AFP, le recours aux LCE a fortement progressé, passant de 1 039 en 2023 à 1 500 en 2025, soit une hausse de 44 %. En 2026, la dynamique s’est encore renforcée, avec une augmentation de 33 % par rapport à 2025 et de 70 % par rapport à 2024.

Des syndicats prudents sur l’efficacité immédiate des expulsions

Face à cette annonce, les syndicats de surveillants, comme l’Ufap-Unsa, expriment des réserves. Wilfried Fonck, secrétaire national du syndicat, a rappelé que 200 détenus sont libérés chaque semaine sous forme d’expulsions, mais que cela ne suffira pas à inverser la tendance. « La barre des 90 000 détenus devrait être franchie d’ici septembre 2026 », a-t-il mis en garde. Pour lui, la crise carcérale dépasse largement la question de la surpopulation : « 5 000 postes sont vacants, et on dénombre 5 000 agressions physiques de surveillants par an ».

Les professionnels du secteur appellent de leurs vœux une « régulation carcérale », c’est-à-dire un ajustement de la population pénitentiaire via une limitation des entrées ou une facilitation des sorties. Cette idée, défendue par plusieurs acteurs du monde pénitentiaire, vise à éviter l’emballement d’un système déjà à bout de souffle. Pourtant, Gérald Darmanin a clairement refusé ce principe, préférant inscrire dans la loi, dès janvier 2026, des « objectifs clairs de *numerus clausus* » dans les prisons.

Un système pénitentiaire sous tension permanente

Les maisons d’arrêt, où sont incarcérés les prévenus en attente de jugement et les condamnés à des peines courtes, sont les plus touchées par cette saturation. Leur taux d’occupation dépasse souvent 200 %, contraignant les autorités à recourir à des solutions d’urgence, comme l’ouverture de places provisoires ou la libération anticipée de certains détenus. Cette situation, récurrente depuis plusieurs années, a poussé l’Ufap-Unsa à appeler au blocage des prisons le 27 avril 2026, exigeant la création de 5 000 postes de surveillants et des « mesures d’urgence » pour éviter l’effondrement du système.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au 1er avril 2026, la France comptait 88 419 détenus pour 63 500 places, un déséquilibre qui ne cesse de s’aggraver. Les étrangers, bien que représentant un quart de la population carcérale, ne sont pas les seuls responsables de cette crise. D’autres facteurs, comme l’allongement des délais judiciaires ou la récidive, jouent un rôle clé. Pourtant, l’accent est mis sur les expulsions, une solution politique qui, selon ses défenseurs, permettrait de dégager des marges de manœuvre.

Et maintenant ?

Si la hausse des expulsions de détenus étrangers s’inscrit dans la durée, son impact réel sur la surpopulation carcérale reste à évaluer. Le ministère de la Justice mise sur une poursuite de cette politique, avec l’objectif affiché d’atteindre un *numerus clausus* dans les établissements. Pour les syndicats, en revanche, cette approche ne suffira pas sans un renforcement significatif des moyens humains et matériels. Une réunion est prévue le 30 avril 2026 entre le gouvernement et les représentants du secteur pour tenter de trouver des solutions concertées. D’ici là, la pression sur les prisons françaises devrait continuer de s’accentuer.

La question de la régulation carcérale, rejetée par Gérald Darmanin, pourrait revenir sur le devant de la scène si la situation ne s’améliore pas. Pour l’instant, le gouvernement mise sur les expulsions comme levier principal, tout en promettant des mesures structurelles pour endiguer la crise. Reste à savoir si ces initiatives seront suffisantes pour éviter une paralysie durable du système pénitentiaire français.

Les expulsions de détenus étrangers s’appuient principalement sur deux dispositifs : les libérations conditionnelles-expulsion (LCE) et les reconnaissances mutuelles de jugement entre pays. Les LCE permettent d’expulser un détenu étranger en fin de peine vers son pays d’origine, sous réserve que ce dernier accepte de le recevoir. Les reconnaissances mutuelles de jugement facilitent l’exécution des peines dans le pays d’origine du détenu. Ces mesures ciblent les étrangers en situation irrégulière ou condamnés pour des infractions graves.

Les syndicats, comme l’Ufap-Unsa, estiment que les expulsions ne suffisent pas à résoudre la crise carcérale. Ils soulignent que 200 détenus sont libérés chaque semaine sous cette forme, sans que cela n’inverse la tendance à la hausse de la population carcérale. De plus, ils rappellent que la crise est structurelle, liée à 5 000 postes vacants et à 5 000 agressions annuelles de surveillants. Pour eux, une régulation globale de la population pénitentiaire est indispensable.