Les huit principales organisations syndicales françaises ont adressé une lettre au premier ministre Sébastien Lecornu pour alerter sur la dégradation des salaires et le creusement des inégalités économiques. Publiée hier, mercredi 27 mai 2026, cette missive intervient à quelques mois des débats budgétaires prévus pour 2027. Selon Le Figaro, les signataires dénoncent une France où « le travail n’est plus suffisamment rétribué » et où les entreprises profitent d’aides publiques massives, alors que le pouvoir d’achat des salariés s’érode.
Ce qu'il faut retenir
- Huit syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) dénoncent un « déclassement massif » des salaires en France.
- Les entreprises du CAC 40 ont versé 107,5 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2025, en hausse de 55 % depuis 2021.
- Le coût des allègements de cotisations sociales pour les entreprises a presque quadruplé en dix ans, atteignant 77,3 milliards d’euros en 2024.
- Les syndicats demandent que l’effort de redressement des finances publiques ne repose pas sur les ménages les plus modestes.
- Le gouvernement a annoncé le gel des allègements généraux de cotisations sur les bas salaires, évitant une hausse des exonérations pour les employeurs.
Dans ce courrier, les dirigeants syndicaux, parmi lesquels figurent Marylise Léon (CFDT), Sophie Binet (CGT), Frédéric Souillot (FO) et François Hommeril (CFE-CGC), soulignent que « le déclassement est massif, les qualifications et l’expérience sont niées ». Ils estiment que « la France est désormais un pays de bas salaires » et que « ce n’est pas le travail qui pèse trop, mais sa rétribution qui pèse trop peu ». « Ce n’est pas le travail qui pèse trop : c’est sa rétribution qui pèse trop peu », écrivent-ils, rappelant que les dividendes versés par les entreprises du CAC 40 ont atteint un record historique l’an dernier.
Le document met en lumière le contraste saisissant entre les profits distribués aux actionnaires et la stagnation du pouvoir d’achat des salariés. Les syndicats rappellent que les entreprises du CAC 40 ont versé 107,5 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2025, soit une hausse de 55 % par rapport à 2021. Dans le même temps, les salariés ont subi de plein fouet le choc inflationniste de 2022-2023, avec une stagnation durable de leur pouvoir d’achat, dont la légère reprise de 2024 ne suffit pas à compenser les années perdues.
Un choc pétrolier et une économie en tension
Les syndicats évoquent également les conséquences du « choc pétrolier lié à la fermeture du détroit d’Ormuz », qui pèse sur l’activité et l’emploi des travailleurs français. Ils soulignent que « les familles modestes voient leur reste à vivre fondre à chaque passage en caisse », dans un contexte où l’inflation a fortement érodé le pouvoir d’achat. Cette situation intervient alors que les aides publiques aux entreprises atteignent 211 milliards d’euros par an, selon les estimations des syndicats, qui rappellent que le coût des allègements de cotisations sociales a presque quadruplé en dix ans, passant de 20 milliards d’euros en 2014 à 77,3 milliards en 2024.
Les organisations syndicales dénoncent par ailleurs un système où « celles et ceux qui appellent avec le plus de constance à la réduction des dépenses publiques sont aussi ceux qui défendent le plus farouchement les dispositifs dont ils bénéficient ». Elles saluent cependant la décision du gouvernement de geler les allègements généraux de cotisations sur les bas salaires, annoncée récemment. Cette mesure évite que la hausse de 2,41 % du Smic au 1er juin 2026 ne se traduise par une augmentation des exonérations accordées aux employeurs, une décision qui aurait selon elles creusé davantage les inégalités.
Une demande claire : un partage équitable de l’effort
Dans leur lettre, les syndicats exigent que la réduction du déficit public ne repose pas « sur celles et ceux qui n’ont déjà plus de marge ». Ils appellent à un partage plus équitable de l’effort de redressement des finances publiques, soulignant que les entreprises, malgré les aides massives dont elles bénéficient, doivent contribuer davantage. « Le redressement des comptes publics ne peut pas reposer uniquement sur les salariés et les retraités », peut-on lire dans le document.
Les organisations syndicales rappellent que les allègements de cotisations sociales, initialement conçus pour soutenir l’emploi, sont devenus un outil structurel de compétitivité pour les entreprises. Selon elles, ces dispositifs coûtent désormais 77,3 milliards d’euros par an à la Sécurité sociale, un montant qui interroge sur leur efficacité réelle et leur impact sur le financement des services publics.
Le contexte politique et les prochaines étapes
Cette intervention des syndicats survient alors que le gouvernement prépare le budget 2027, dans un contexte économique marqué par une inflation persistante et une croissance atone. Sébastien Lecornu, premier ministre, a déjà été interpellé à plusieurs reprises sur la question du pouvoir d’achat et des inégalités salariales. La lettre des syndicats, rendue publique hier, devrait alimenter les débats parlementaires à l’automne, alors que l’exécutif devra proposer des mesures pour réduire le déficit public sans aggraver la situation des ménages les plus modestes.
Les organisations signataires précisent qu’elles restent ouvertes au dialogue, mais insistent sur la nécessité de réformes structurelles pour rééquilibrer la répartition de la valeur créée dans l’économie française. « Il est temps de rompre avec un modèle où les plus aisés bénéficient de dispositifs fiscaux et sociaux coûteux, tandis que les travailleurs voient leur salaire stagner », concluent-elles dans leur courrier.
Reste à voir si les propositions des syndicats trouveront un écho auprès de l’exécutif, dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires restent limitées. Une chose est sûre : la question du salaire et de la justice économique s’impose comme un enjeu central des débats politiques à venir.
Les huit principales centrales syndicales françaises ont signé ce courrier : la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’Unsa, Solidaires et la FSU.
Selon les syndicats, le coût des allègements de cotisations sociales pour la Sécurité sociale a atteint 77,3 milliards d’euros en 2024, soit une multiplication par quatre en dix ans.