Pour la première fois depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, Palmyre, joyau archéologique de Syrie, accueille de nouveau des visiteurs. Selon Le Figaro, une centaine de Syriens, principalement originaires d’Alep, ont foulé les ruines de la cité antique, classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1980, malgré les destructions massives perpétrées par l’État islamique entre 2015 et 2017.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 50 touristes, principalement des Syriens, ont visité Palmyre en une seule journée, cinq heures après un trajet depuis Alep.
  • Le site, partiellement détruit par Daech, attire désormais des visiteurs locaux souhaitant redécouvrir ce lieu chargé d’histoire.
  • La réouverture progressive de Palmyre s’inscrit dans un mouvement plus large de reprise des activités touristiques en Syrie après la fin du conflit.
  • Des témoignages révèlent l’émotion des visiteurs face à la résilience du patrimoine malgré les destructions.
  • Les autorités syriennes misent sur ce retour progressif pour relancer une économie locale exsangue.

Un retour progressif et symbolique

Cinq heures de route séparent Alep, ville du nord-ouest de la Syrie, de Palmyre, ancienne cité caravanière devenue symbole de la résilience culturelle du pays. Selon Le Figaro, une cinquantaine de Syriens ont débarqué d’un car sous un soleil de plomb, se dispersant parmi les colonnes et les temples partiellement détruits par l’État islamique. Parmi eux, Siba Sherabi, 35 ans, éducatrice spécialisée, n’était pas revenue depuis 2006. « C’est magnifique », s’est-elle exclamée, évoquant cette « impression d’une présence qui nous dépasse ». Son émotion reflète celle de nombreux visiteurs, pour qui Palmyre incarne bien plus qu’un site archéologique : un héritage à préserver coûte que coûte.

L’enthousiasme des premiers visiteurs contraste avec l’état des lieux. Les monuments, autrefois parmi les mieux conservés de la région, portent encore les stigmates des dynamitages opérés par Daech. Pourtant, la visite de ce dimanche-là n’était pas une première : « La veille, à la même heure, trois groupes étaient déjà passés », confie un jeune garçon, exhibant des colliers en os de chameau et des keffiehs colorés. Son arrivée précoce sur le site, alors qu’il se baignait à proximité avec des amis, illustre l’engouement naissant pour ce retour aux sources.

Palmyre, entre mémoire et reconstruction

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco il y a près de quarante-six ans, Palmyre a été un enjeu stratégique pendant le conflit syrien. Occupée par l’État islamique en 2015, la ville est devenue un symbole de la barbarie des djihadistes, qui y ont détruit des temples, un arc de triomphe et des tombeaux antiques. Leur expulsion en 2017 a marqué le début d’une lente reconstruction, à la fois matérielle et symbolique. « On revient parce que Palmyre fait partie de notre identité », confie un visiteur, rappelant que la cité fut un carrefour culturel majeur entre l’Orient et l’Occident à l’époque romaine.

Les autorités syriennes, conscientes du potentiel touristique du site, tablent sur cette reprise progressive pour redynamiser l’économie locale. Après des années de guerre et de sanctions, le tourisme pourrait offrir une bouffée d’oxygène, même si les défis restent immenses. La sécurité, bien que renforcée, reste une préoccupation, tout comme la restauration des monuments, encore en cours. « Déjà à l’époque, j’avais cette impression d’une présence qui nous dépasse », souligne Siba Sherabi, soulignant que Palmyre a toujours exercé un magnétisme particulier sur ceux qui la découvrent.

Une fréquentation encore limitée, mais porteuse d’espoir

Selon Le Figaro, la fréquentation de Palmyre reste modeste : une centaine de visiteurs par mois depuis le début de l’année, principalement des Syriens. Pourtant, chaque retour de touriste est vécu comme une victoire par les habitants. « Vous êtes les premiers aujourd’hui », lance le jeune garçon aux nouveaux arrivants, comme s’il inaugurait une nouvelle ère. Cette affluence limitée s’explique par plusieurs facteurs : l’instabilité persistante dans certaines régions, les difficultés économiques qui limitent les déplacements, et la méfiance de certains Syriens à l’égard des autorités en place depuis la chute d’al-Assad.

Pourtant, les espoirs sont permis. Les autorités syriennes ont récemment annoncé des mesures pour faciliter l’accès aux sites historiques, comme la réouverture de lignes de transport depuis Damas ou la réduction des tarifs d’entrée. Des projets de restauration, soutenus par des partenaires internationaux, sont également en cours. « Palmyre peut redevenir ce qu’elle était : une destination incontournable », confie un guide local, évoquant les projets de mise en valeur du site, notamment la reconstruction de l’arc de triomphe, détruit en 2015.

Et maintenant ?

Le retour des touristes à Palmyre marque une étape symbolique dans la reconstruction de la Syrie, mais les défis restent nombreux. Les autorités devront garantir la sécurité des visiteurs tout en accélérant les travaux de restauration. Un calendrier prévisionnel, évoqué par des responsables locaux, prévoit une ouverture plus large du site d’ici fin 2026, sous réserve de stabilité politique et sécuritaire. Pour l’instant, chaque visiteur reste un ambassadeur de cette renaissance culturelle, même si la route vers une fréquentation normale sera encore longue.

La question de la pérennité de ce mouvement se pose également. Les touristes internationaux, notamment européens, mettront-ils du temps à revenir, en raison des risques résiduels ou de l’image encore négative de la Syrie post-conflit ? Autant dire que Palmyre, pour l’heure, reste un laboratoire de la reconstruction syrienne, où chaque pas en avant est scruté avec attention.

Palmyre, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, était un carrefour commercial et culturel majeur à l’époque romaine. Son site archéologique, qui inclut des temples, un théâtre et des tombeaux, symbolise le riche héritage historique de la Syrie. Sa destruction partielle par Daech a été vécue comme une attaque contre l’identité nationale syrienne, ce qui explique l’émotion suscitée par sa réouverture progressive.