Le projet de téléphérique sur le glacier de la Girose, dans les Hautes-Alpes, se heurte à un obstacle inattendu : la protection d’une espèce d’oiseau rare. Selon Reporterre, le tribunal administratif de Marseille a rendu un jugement le 26 mai 2026, imposant à la société d’aménagement touristique de La Grave (SATG) de déposer une demande de dérogation pour « destruction ou perturbation d’espèces protégées ».
Cette décision intervient alors que le projet prévoit la construction d’un troisième tronçon de téléphérique à plus de 3 000 mètres d’altitude, une infrastructure destinée à faciliter l’accès aux domaines skiables de La Grave et des glaciers voisins. Le gypaète barbu, un rapace protégé en France, pourrait ainsi jouer un rôle clé dans le devenir de ce projet touristique.
Ce qu'il faut retenir
- Le tribunal administratif de Marseille a rendu un jugement le 26 mai 2026, bloquant temporairement le projet de téléphérique sur le glacier de la Girose.
- La société d’aménagement touristique de La Grave (SATG) doit désormais déposer une demande de dérogation pour « destruction ou perturbation d’espèces protégées ».
- Le projet prévoit un troisième tronçon de téléphérique à plus de 3 000 mètres d’altitude, survolant potentiellement le territoire du gypaète barbu, une espèce protégée en France.
- La décision du tribunal marque un tournant dans le dossier, déjà marqué par des années de controverses environnementales.
Un projet touristique sous haute tension environnementale
Le projet de téléphérique sur le glacier de la Girose, porté par la SATG, s’inscrit dans une logique d’extension des infrastructures touristiques en haute montagne. Avec ce troisième tronçon, les responsables du projet ambitionnent de relier plus facilement La Grave aux glaciers voisins, offrant ainsi de nouvelles possibilités aux skieurs et aux randonneurs. Pourtant, ce développement se heurte à une réalité écologique incontournable : la présence du gypaète barbu, un rapace emblématique des Alpes, classé comme espèce protégée en France.
D’après le jugement consulté par Reporterre, le futur téléphérique risquerait de survoler des zones fréquentées par l’oiseau. La législation française, en application de la directive européenne « Oiseaux », interdit toute perturbation de ces espèces, sous peine de sanctions administratives et pénales. La SATG se retrouve donc dans l’obligation de demander une dérogation, une procédure longue et incertaine.
Le gypaète barbu, un allié inattendu pour la protection du glacier
Le gypaète barbu, surnommé « le casseur d’os » pour son habitude de se nourrir de cadavres d’animaux, est un symbole de la biodiversité alpine. Son statut d’espèce protégée en fait un atout pour les défenseurs de l’environnement, qui y voient un moyen de limiter les projets d’aménagement en haute montagne. Les associations écologistes, comme France Nature Environnement, ont déjà alerté à plusieurs reprises sur les risques que ferait peser le téléphérique sur les habitats naturels de l’oiseau.
Dans ce dossier, le tribunal administratif a pris une décision claire : le projet ne peut pas se poursuivre sans garanties pour le gypaète barbu. « Le survol de zones fréquentées par cette espèce protégée constitue une perturbation directe de son habitat naturel », a rappelé le tribunal dans son jugement. Une position qui pourrait inspirer d’autres contentieux similaires dans les Alpes.
« Le tribunal a considéré que le projet présentait un risque avéré pour le gypaète barbu, dont la survie dépend de la tranquillité de son environnement. » — Extrait du jugement du tribunal administratif de Marseille
Quelles conséquences pour le projet de téléphérique ?
La décision du tribunal administratif de Marseille ouvre une phase d’incertitude pour la SATG. Avant de pouvoir relancer les travaux, la société devra obtenir une dérogation auprès des services de l’État, une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. Les services de la biodiversité devront évaluer si les mesures proposées par la SATG sont suffisantes pour éviter toute perturbation du gypaète barbu.
En parallèle, le projet de téléphérique pourrait faire l’objet de recours supplémentaires de la part des associations environnementales. Ces dernières pourraient demander une expertise complémentaire ou saisir le Conseil d’État pour contester la légalité de la future dérogation. Autant dire que le dossier est loin d’être clos.
Ce dossier illustre les tensions croissantes entre développement touristique et préservation de la biodiversité en montagne. Alors que les stations de ski cherchent à s’adapter au réchauffement climatique en investissant dans de nouvelles infrastructures, la protection des espèces protégées pourrait devenir un frein majeur à leurs projets.