Un radiotélescope géant sino-argentin, dont la construction devait s’achever dans les Andes argentines, est aujourd’hui à l’arrêt. Démonté et dépourvu de ses pièces essentielles, l’instrument, dont l’antenne parabolique de plusieurs mètres de diamètre ne capte aucun signal, reste bloqué dans l’attente d’une résolution administrative aux douanes de San Juan, en Argentine. Selon Courrier International, qui s’appuie sur un reportage du New York Times publié début mai 2026, le projet a été abandonné sous la pression des États-Unis, soucieux de limiter l’influence chinoise dans la région.

Ce qu’il faut retenir

  • Le radiotélescope Chine-Argentine, situé dans la province de San Juan, ne verra pas le jour après l’annulation du contrat liant Buenos Aires et Pékin, sous la pression américaine.
  • L’équipement, bloqué aux douanes depuis neuf mois, était destiné à observer des zones du ciel inaccessibles depuis la Chine et à cartographier la formation des étoiles et galaxies.
  • Les États-Unis craignent que ces infrastructures ne soient détournées à des fins militaires, notamment pour traquer les satellites américains ou faciliter les communications spatiales chinoises.
  • En 2025, un projet similaire en Chili avait déjà été stoppé sous la même pression diplomatique.
  • La Chine conserve cependant une base de contrôle des missions spatiales en Patagonie argentine, construite en 2015 et toujours opérationnelle.

Un projet astronomique sacrifié sur l’autel géopolitique

Le radiotélescope sino-argentin, dont la construction avait débuté dans l’observatoire Cesco, près d’El Leoncito, devait représenter une avancée majeure pour la recherche en astrophysique. Son antenne parabolique, d’un diamètre de plusieurs dizaines de mètres, était conçue pour capter des ondes radio imperceptibles depuis d’autres régions du globe. « Il devait offrir à la Chine une vue sur une partie du ciel qu’elle ne pourrait autrement pas observer », explique le New York Times. Pourtant, malgré l’avancée des travaux, le projet a été interrompu en raison de la rupture du contrat entre les deux pays, actée sous l’influence de Washington.

Les tensions entre Pékin et les États-Unis sur le continent américain ne se limitent plus aux ressources naturelles ou aux minerais rares. Elles s’étendent désormais à des secteurs technologiques stratégiques, comme l’astronomie. Depuis l’arrivée de l’administration Trump, qui considère la Chine comme un « rival dans l’espace », l’Amérique latine est devenue un terrain d’affrontement indirect entre les deux puissances. L’objectif affiché de Washington ? Empêcher Pékin de disposer d’outils d’observation capables, selon ses craintes, de servir à des fins militaires.

La crainte d’un détournement militaire des infrastructures spatiales

Pour les États-Unis, les déserts d’Amérique du Sud sont devenus des « points chauds d’une lutte géopolitique », où se joue une partie de la domination future de l’espace. Le New York Times souligne que les craintes américaines portent notamment sur la possibilité pour la Chine d’utiliser ces télescopes pour suivre les satellites américains en temps réel ou pour établir des liaisons sécurisées avec ses propres engins spatiaux. Une perspective inacceptable pour l’administration Trump, qui multiplie les pressions diplomatiques pour étouffer tout projet chinois susceptible de renforcer sa capacité d’observation depuis le sol sud-américain.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Dès 2025, un projet similaire de radiotélescope dans le désert chilien de l’Atacama avait été abandonné après des interventions américaines. Pourtant, Pékin dément toute visée militaire, affirmant que ces installations sont destinées à des usages purement scientifiques. « Ce projet visait le progrès scientifique de l’Argentine comme de la Chine, avec des bénéfices pour toute l’humanité », a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, cité par le quotidien américain.

Une présence chinoise maintenue malgré les revers

Si le radiotélescope de San Juan a été sacrifié, la Chine conserve une présence significative en Argentine. Depuis 2015, elle exploite en effet une base de contrôle des missions spatiales et satellitaires située dans la province de Neuquén, en Patagonie. Cette installation, l’une des rares de ce type en Amérique latine, permet à Pékin de suivre ses satellites et sondes spatiales en orbite, notamment ceux dédiés à l’exploration lunaire ou martienne.

Contrairement au projet avorté de San Juan, cette base a été construite à une époque où les États-Unis se désintéressaient de l’Amérique latine, comme le note le New York Times. Aujourd’hui, Washington semble décidé à inverser cette tendance, quitte à sacrifier des collaborations scientifiques au nom de la sécurité nationale. Pour les scientifiques interrogés par le journal, la situation actuelle risque d’avoir des répercussions sur la recherche internationale : « On craint que la recherche astronomique ne paie le prix fort dans cette rivalité », confie un astronome sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les mois à venir. Si l’administration Trump maintient sa pression sur Buenos Aires, le matériel bloqué aux douanes pourrait être confisqué ou renvoyé en Chine, mettant définitivement fin au projet. À l’inverse, une médiation internationale ou un changement de posture à Washington pourrait permettre une reprise des négociations. En attendant, les scientifiques argentins et chinois tentent de trouver des solutions alternatives pour poursuivre leurs recherches, tandis que les observatoires américains et européens surveillent de près l’évolution de cette affaire.

Une chose est sûre : l’Amérique latine reste un terrain d’affrontement stratégique entre les grandes puissances spatiales, où chaque télescope, chaque base, chaque accord devient un enjeu de souveraineté technologique.

Pour rappel, le New York Times, dont les révélations s’appuient sur un reportage publié le 1er mai 2026, est l’un des quotidiens les plus influents aux États-Unis, avec plus de 130 prix Pulitzer à son actif et une diffusion totale dépassant les 12 millions d’abonnés en 2025.

Washington craint que cette infrastructure ne soit détournée à des fins militaires, notamment pour surveiller les satellites américains ou faciliter les communications des satellites chinois. Depuis l’arrivée de l’administration Trump, la Chine est considérée comme un « rival dans l’espace », et l’Amérique latine est perçue comme une zone d’influence à reconquérir.