Alors que les relations commerciales entre l’Europe et la Chine s’intensifient, un bras de fer discret mais stratégique s’est installé dans le secteur aéronautique. Selon BFM Business, Pékin ralentit volontairement l’homologation des appareils Airbus destinés à son marché, une manœuvre visant à faire pression sur les autorités européennes pour accélérer la certification du Comac C919, futur concurrent des avions monocouloirs européens et américains.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine retarde discrètement l’homologation des Airbus livrés sur son sol, selon des sources citées par Bloomberg.
- Airbus a enregistré son plus faible niveau de livraisons depuis 2009 au premier trimestre, avec une baisse de 20 appareils bloqués pour des compagnies chinoises.
- La Chine représente un marché clé pour Airbus, qui prévoit 9 570 nouveaux avions livrés en Chine sur les vingt prochaines années.
- Le Comac C919, en cours de certification en Europe, pourrait concurrencer directement l’Airbus A320 et le Boeing 737.
- La procédure de certification du C919 par l’AESA pourrait s’étendre jusqu’en 2031-2034, selon les estimations.
Cette stratégie chinoise, bien que non officielle, s’inscrit dans un contexte de rivalité industrielle accrue. Depuis plusieurs mois, l’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC) retarde l’approbation finale des appareils Airbus destinés au marché chinois, sans donner de justification explicite. Le constructeur européen a enregistré un recul historique de ses livraisons commerciales au premier trimestre 2026, avec seulement 16 appareils livrés à des compagnies chinoises sur les cinq premiers mois de l’année, contre 47 sur la même période en 2025.
Guillaume Faury, directeur général d’Airbus, a indiqué que la situation devrait se normaliser d’ici la fin juin, sans préciser l’origine exacte de ce blocage administratif. Pour le groupe européen, ce ralentissement intervient à un moment critique : la Chine représente l’un de ses marchés les plus stratégiques. Selon les projections d’Airbus, le pays devrait réceptionner près de 9 570 nouveaux avions au cours des vingt prochaines années, faisant de cette région un moteur essentiel pour sa croissance à long terme.
Le C919, un projet stratégique pour Pékin face au duopole Airbus-Boeing
Au cœur de cette tension se trouve le Comac C919, un avion monocouloir capable d’accueillir jusqu’à 192 passagers. Développé par le constructeur chinois Comac, cet appareil est conçu pour concurrencer directement l’Airbus A320 et le Boeing 737. Pour Pékin, ce projet revêt une importance capitale : il s’agit de briser le duopole mondial détenu depuis des décennies par les deux géants européens et américains dans le secteur de l’aviation commerciale.
Bien que le C919 repose encore largement sur des technologies occidentales — notamment pour ses moteurs (fourni par CFM International, coentreprise Safran-General Electric) et ses systèmes avioniques —, la Chine cherche désormais à obtenir une certification internationale pour exporter l’appareil au-delà de ses frontières. Une homologation européenne ouvrirait la voie à une commercialisation mondiale, un objectif que Pékin souhaite atteindre rapidement.
Une certification européenne toujours en suspens
La demande de certification du C919 a été déposée en 2019 auprès de l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), mais les procédures se révèlent longues et exigeantes. Selon Florian Guillermet, un responsable de l’AESA interrogé par La Tribune en 2025, il faudra attendre « entre trois et six ans » après le début des tests techniques pour une homologation complète. Cela place l’échéance potentielle entre 2031 et 2032, voire jusqu’en 2034 pour les observateurs les plus pessimistes.
La pandémie de Covid-19 a déjà perturbé les tests, dont la reprise n’a eu lieu qu’en novembre 2025. Pourtant, Comac espère accélérer ce calendrier pour ne pas laisser à Airbus et Boeing le temps de consolider leur avance sur le marché des monocouloirs. À ce jour, le C919 n’est exploité qu’en Chine, où il commence à être déployé par des compagnies locales comme China Eastern Airlines.
Un marché chinois sous haute tension
Ce bras de fer pourrait fragiliser la position dominante d’Airbus en Chine, où le constructeur européen reste le premier fournisseur étranger en nombre d’appareils en flotte. Pourtant, Pékin dispose d’un levier majeur : son marché, aujourd’hui le deuxième au monde derrière les États-Unis, est devenu un enjeu géopolitique et industriel. En freinant les livraisons d’Airbus, la Chine envoie un signal clair à Bruxelles : accélérer la certification du C919 ou subir les conséquences commerciales.
Ni la CAAC ni Comac n’ont officiellement réagi aux informations rapportées par Bloomberg, tandis que l’AESA n’a pas répondu aux sollicitations de la presse. Cette absence de commentaire officiel contraste avec l’ampleur des enjeux : un retard supplémentaire dans la certification du C919 pourrait permettre à Airbus de maintenir sa domination, tandis qu’une homologation rapide donnerait à Comac un avantage décisif pour conquérir des parts de marché à l’international.
Quoi qu’il en soit, ce conflit illustre une fois de plus la montée des tensions commerciales entre l’Europe et la Chine, où chaque secteur stratégique — y compris l’aéronautique — devient un terrain d’affrontement indirect. Une issue rapide semble peu probable, tant les enjeux industriels et géopolitiques sont élevés.
Selon BFM Business, cette manœuvre vise à faire pression sur l’Europe pour accélérer la certification du Comac C919, perçu comme un concurrent direct des avions Airbus et Boeing. Pékin cherche ainsi à obtenir une reconnaissance internationale plus rapide pour son avion, actuellement limité au marché chinois.