Un groupe de dix propriétaires de Tesla en Chine a engagé une action en justice collective contre le constructeur américain, lui réclamant plus de 3,95 millions de yuans (soit environ 500 000 euros) de dommages et intérêts. Selon Numerama, les plaignants accusent Tesla d’avoir commercialisé une option de conduite autonome — le FSD (Full Self-Driving) — en mettant en avant des promesses d’autonomie totale qui n’ont jamais été tenues, faute d’homologation réglementaire complète en Chine.

Ce qu'il faut retenir

  • Dix propriétaires de Tesla en Chine ont engagé une action collective contre le constructeur, réclamant 500 000 euros de dommages et intérêts pour publicité mensongère sur le FSD.
  • Les clients affirment avoir acheté l’option entre 2019 et 2021 pour 7 000 euros, sur la base de promesses d’autonomie totale jugées trompeuses.
  • Le FSD n’a jamais obtenu les autorisations nécessaires pour une conduite totalement autonome en Chine, où il est désormais commercialisé sous le nom de « Tesla Assisted Driving ».
  • Les plaignants dénoncent aussi une incompatibilité matérielle avec les véhicules équipés du Hardware 3, commercialisé entre 2019 et 2023.
  • Une première audience s’est tenue le 30 mai 2026 devant le tribunal populaire du district de Daxing, à Pékin.

Une procédure lancée à un moment clé pour Tesla en Chine

Cette action en justice intervient alors que Tesla vient d’annoncer, quelques jours plus tôt, la disponibilité officielle de son système de conduite autonome « supervisé » sur le marché chinois. Selon Numerama, relayant des informations du média local The Beijing News et de Bloomberg, la première audience du litige s’est tenue le 30 mai 2026 devant le tribunal populaire du district de Daxing, à Pékin. Une procédure qui pourrait bien s’inscrire dans la durée, compte tenu de la complexité technique et juridique du dossier.

Des promesses d’autonomie totale jugées trompeuses par les clients

Entre 2019 et 2021, chacun des dix plaignants a déboursé 56 000 yuans (environ 7 000 euros) pour acquérir le FSD. Selon leurs déclarations, les équipes commerciales de Tesla, s’appuyant sur les annonces répétées d’Elon Musk, leur avaient garanti qu’une autonomie complète des véhicules était « imminente ». Une stratégie commerciale qui visait à inciter les clients à acheter l’option dès que possible, afin d’éviter une éventuelle hausse des prix ultérieure. Or, le FSD n’a jamais obtenu les autorisations réglementaires nécessaires pour opérer en mode totalement autonome, ni en Chine ni dans aucun autre pays.

Les plaignants estiment donc avoir été victimes d’une publicité mensongère, d’autant que Tesla a récemment modifié la dénomination de son option sur le marché chinois, passant de « Full Self-Driving » à « Tesla Assisted Driving » (Conduite assistée Tesla). Un changement de terminologie qui, selon eux, intervient trop tardivement pour effacer les promesses initiales et apaiser les tensions.

Des contraintes matérielles pointées du doigt par les plaignants

Au cœur des accusations figure également la question des compatibilités matérielles. Les clients dénoncent le fait que Tesla a commercialisé le FSD sans préciser que certaines fonctions ne fonctionnent que sur les véhicules équipés du Hardware 4 (AI4), la dernière génération de brique informatique du constructeur. Les propriétaires de voitures dotées du Hardware 3 (HW3), commercialisé entre 2019 et 2023, se retrouvent ainsi pénalisés. Ils estiment que Tesla a délibérément dissimulé ces contraintes lors des transactions, leur laissant croire que leur véhicule serait compatible avec toutes les fonctionnalités du FSD.

La défense de Tesla : un produit en cours de développement

Lors de l’audience du 30 mai 2026, les représentants de Tesla ont plaidé que le FSD devait être considéré comme une technologie en constante évolution, et non comme un produit figé. Selon eux, certaines fonctions de l’écosystème sont déjà « pleinement opérationnelles », tandis que d’autres ne le sont que « partiellement ». Une argumentation qui vise à relativiser les attentes des clients, mais qui pourrait ne pas suffire à convaincre les juges chinois.

À ce stade, la direction générale de Tesla n’a pas publié de communiqué officiel pour réagir à cette procédure. Une position de silence qui contraste avec l’ampleur des enjeux, alors que le constructeur fait face à une multiplication des contentieux liés à son système de conduite autonome.

Un cadre juridique chinois strict pour les pratiques commerciales trompeuses

La législation chinoise en matière de protection des consommateurs est particulièrement stricte, notamment face aux pratiques commerciales jugées frauduleuses. Les plaignants invoquent une clause punitive prévue par la loi, qui prévoit le remboursement intégral des sommes versées, majoré de dommages et intérêts triplés. Une disposition qui, si elle était appliquée, pourrait coûter très cher à Tesla, d’autant que le nombre de véhicules équipés du HW3 en Chine dépasse le million.

Les observateurs du secteur s’interrogent déjà sur les conséquences d’une éventuelle jurisprudence défavorable. Une décision de justice condamnant Tesla pourrait en effet encourager une vague de recours similaires de la part des propriétaires de véhicules équipés du HW3, exposant le constructeur à des demandes d’indemnisation potentiellement colossales.

Et maintenant ?

La prochaine étape judiciaire est attendue avec attention. Une audience supplémentaire devrait être programmée dans les prochains mois, mais aucune date précise n’a encore été communiquée. Tesla, qui continue d’étendre son système de conduite autonome en Europe et en Chine, pourrait revoir sa stratégie commerciale si la justice chinoise venait à trancher en défaveur du constructeur. Une issue qui, quoi qu’il en soit, pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières chinoises.

En attendant, le constructeur américain reste sous pression, alors que les questions sur la fiabilité et la légalité de son FSD persistent. Une situation qui rappelle les nombreux contentieux auxquels Tesla a déjà été confronté aux États-Unis et en Europe, où des enquêtes et des procédures judiciaires se multiplient autour de ses promesses en matière de conduite autonome.

Le Full Self-Driving (FSD) est un système de conduite autonome développé par Tesla. Il propose plusieurs fonctionnalités d’assistance à la conduite, mais n’offre pas, à ce jour, une autonomie totale du véhicule. En Chine, il est désormais commercialisé sous le nom de « Tesla Assisted Driving ».

Si la justice chinoise condamne Tesla, le constructeur pourrait être contraint de rembourser intégralement les clients lésés, avec des dommages et intérêts triplés. Une décision défavorable pourrait aussi ouvrir la voie à d’autres recours collectifs, notamment de la part des propriétaires de véhicules équipés du Hardware 3.