Selon Le Figaro, l’économiste français Thomas Piketty défend une proposition radicale dans un rapport sur la justice mondiale à paraître ce jeudi 4 juin 2026. Il suggère de faire converger les revenus de tous les pays vers ceux des nations les plus riches d’ici la fin du siècle, un objectif qui impliquerait une refonte profonde des modes de production et de redistribution des richesses à l’échelle planétaire.
Ce qu'il faut retenir
- Thomas Piketty propose de faire converger les revenus de tous les pays vers un niveau moyen de 5 000 euros par habitant et par mois d’ici 2100, soit l’équivalent des revenus actuels des pays riches.
- Pour y parvenir, les pays riches (Amérique du Nord, Europe, Océanie) devraient connaître une croissance quasi nulle (0 à 0,5 % par an), tandis que les pays les plus pauvres (Afrique subsaharienne, Asie du Sud) devraient enregistrer une croissance annuelle de 3 à 4 %.
- Le projet prévoit l’interdiction des hydrocarbures au profit des énergies éolienne et solaire, financées par un Fonds pour la justice mondiale alimenté par des taxes sur le patrimoine (jusqu’à 20 %) et les revenus (jusqu’à 90 %) des plus aisés.
- Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’École d’économie de Paris, admet une « part d’utopie » dans ce plan, tout en soulignant son ambition de réduire les écarts de revenus à parité de pouvoir d’achat.
Un objectif de convergence des revenus à l’horizon 2100
Dans un entretien accordé mardi 2 juin 2026 au 1 hebdo, Thomas Piketty expose les grandes lignes du rapport sur la justice mondiale qu’il a coécrit avec un collectif international de chercheurs. Le constat de départ est sans appel : les écarts de revenus entre les pays riches et les pays pauvres restent « immenses » aujourd’hui, même en tenant compte des différences de pouvoir d’achat. Pour remédier à cette situation, l’économiste propose un scénario ambitieux : atteindre d’ici 2100 une convergence des revenus moyens par habitant vers un niveau équivalent à celui des pays riches en 2026, soit 5 000 euros par mois.
Cette convergence nécessite des ajustements économiques majeurs. Les régions les plus riches – l’Amérique du Nord, l’Océanie et l’Europe – devraient voir leur PIB par habitant stagner, avec une croissance annuelle quasi nulle (entre 0 et 0,5 %). À l’inverse, les zones les plus pauvres, comme l’Afrique subsaharienne ou l’Asie du Sud et du Sud-Est, devraient enregistrer une croissance annuelle de 3 à 4 %. Cette divergence des rythmes de croissance vise à combler progressivement les écarts de revenus sans pénaliser davantage les économies déjà fragilisées.
Une transition écologique et fiscale radicale
Pour atteindre cet objectif, Thomas Piketty plaide pour une « redéfinition complète de la production », marquée par l’abandon progressif des hydrocarbures au profit des énergies renouvelables. Selon lui, cette transition doit s’accompagner d’investissements massifs financés par un Fonds pour la justice mondiale, une nouvelle institution internationale chargée de lever des recettes. Ces fonds serviraient à soutenir les pays en développement dans leur transition énergétique et économique.
Côté fiscalité, le rapport envisage la mise en place de taxes mondiales sur le patrimoine et les revenus des plus aisés. Le taux pourrait atteindre 20 % pour le patrimoine et 90 % pour les revenus, en plus des systèmes fiscaux nationaux existants. Ces recettes supplémentaires permettraient de financer les infrastructures nécessaires à la réduction des inégalités et à la lutte contre le réchauffement climatique. Piketty souligne que cette approche favoriserait également la consommation de biens immatériels, comme la santé ou l’éducation, au détriment des biens matériels, et entraînerait une baisse significative du temps de travail.
« Cela nécessite une part d’utopie, mais l’objectif est de montrer qu’une autre voie est possible pour réduire les inégalités mondiales tout en préservant l’environnement. »
Thomas Piketty, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’École d’économie de Paris
Un projet qui divise les économistes
L’idée défendue par Thomas Piketty a de quoi susciter des débats houleux parmi les tenants du libéralisme économique. La proposition d’une convergence des revenus à l’échelle mondiale, assortie de mesures fiscales aussi contraignantes, remet en cause les dogmes traditionnels de la croissance et de la libre concurrence. Les critiques pourraient souligner les risques de ralentissement économique dans les pays riches ou la difficulté à imposer des taxes mondiales uniformes, compte tenu des divergences d’intérêts entre États.
Pourtant, Piketty insiste sur la nécessité d’agir rapidement. « Les écarts de revenus actuels sont insoutenables tant sur le plan social qu’environnemental », rappelle-t-il. Il cite en exemple les émissions de CO₂ des pays riches, qu’il juge incompatibles avec les objectifs climatiques mondiaux. Selon lui, une redistribution plus équitable des richesses pourrait aussi contribuer à limiter l’exploitation des ressources naturelles et à réduire les tensions géopolitiques liées aux inégalités.
Reste à voir si les pays riches, souvent réticents à l’idée de partager leur richesse, accepteront de s’engager dans une telle démarche. Pour les pays pauvres, l’enjeu sera de convaincre la communauté internationale de financer leur transition sans alourdir leur dette. Une chose est sûre : la proposition de Thomas Piketty ouvre un débat qui devrait s’intensifier dans les mois à venir.
Les pays les plus concernés par ce projet seraient ceux dont les revenus moyens par habitant sont actuellement les plus faibles, notamment en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Pakistan, etc.). Ces régions devraient connaître une croissance annuelle de 3 à 4 % pour rattraper les pays riches, dont la croissance serait quasi nulle (0 à 0,5 %).