Selon Libération, le projet Mozambique LNG, porté par le géant français TotalEnergies, avance à un rythme soutenu malgré un environnement marqué par une instabilité sécuritaire persistante et une crise humanitaire locale dans la région de Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Ce méga-projet industriel, l’un des plus ambitieux au monde dans le secteur gazier, symbolise à la fois les espoirs économiques du pays et les défis géopolitiques et sociaux qui l’accompagnent.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet pharaonique : Mozambique LNG est un projet d’exploitation et de liquéfaction de gaz naturel, estimé à plus de 20 milliards de dollars d’investissement, porté par TotalEnergies à hauteur de 26,5 %.
- Des enjeux économiques majeurs : une fois opérationnel, il devrait générer des revenus annuels de l’ordre de 5 à 10 milliards de dollars pour le Mozambique, transformant durablement son économie.
- Un contexte sécuritaire explosif : depuis 2017, la région de Cabo Delgado est le théâtre d’une insurrection islamiste responsable de plus de 5 000 morts et de 1 million de déplacés.
- Une avancée malgré les risques : les travaux, suspendus en 2021 en raison des attaques jihadistes, ont repris « à plein régime » depuis la fin de l’année 2025, selon les déclarations de TotalEnergies.
- Des retards et des surcoûts : le projet, initialement prévu pour 2024, a subi plusieurs reports en raison des risques sécuritaires et des négociations complexes avec les autorités locales.
Un projet industriel au cœur des ambitions mozambicaines
Le Mozambique LNG, développé par un consortium international incluant notamment les Américains ExxonMobil et ANPG, vise à exploiter les réserves offshore de gaz naturel estimées à 180 000 milliards de pieds cubes. Une fois traitées, ces ressources devraient être exportées vers l’Asie et l’Europe, faisant du Mozambique un acteur clé sur le marché mondial de l’énergie. Pour le pays, l’enjeu est double : réduire sa dépendance à l’aide internationale et créer des emplois locaux grâce à une industrie gazière en plein essor. Pourtant, la réalisation de ce projet se heurte à une réalité bien plus sombre.
Cabo Delgado, zone rouge sous haute tension
Depuis 2017, la province de Cabo Delgado est le théâtre d’une insurrection jihadiste affiliée à l’État islamique, responsable d’attaques récurrentes contre les populations civiles et les infrastructures. Ces violences ont déjà fait plus de 5 000 morts et déplacé plus d’un million de personnes, selon les chiffres de l’ONU. Malgré cela, TotalEnergies a repris les travaux en décembre 2025, après avoir sécurisé la zone avec l’aide de mercenaires russes du groupe Wagner et des forces armées mozambicaines. « Nous avons mis en place des mesures de protection renforcées », a indiqué un porte-parole de l’entreprise, soulignant que la sécurité des travailleurs et des installations restait une priorité absolue.
Un pari risqué pour l’économie mozambicaine
Le gouvernement mozambicain mise sur Mozambique LNG pour relancer une économie en difficulté, frappée par la crise du Covid-19 et la chute des prix des matières premières. Le projet est censé générer 14 000 emplois directs et 45 000 emplois indirects d’ici 2027, selon les estimations officielles. Pourtant, les retards accumulés et les surcoûts — estimés à plus de 3 milliards de dollars — soulèvent des questions sur la viabilité économique du projet à long terme. « Sans stabilité sécuritaire, aucun investissement ne peut être pleinement rentable », a rappelé un économiste basé à Maputo, contacté par Libération.
Alors que le Mozambique cherche à s’imposer comme une puissance gazière, Mozambique LNG incarne à la fois ses espoirs et ses défis. Un pari qui, s’il réussit, pourrait transformer le pays — mais dont l’échec plongerait les populations locales dans une précarité encore plus grande.
Selon les accords signés par TotalEnergies, le gaz extrait du projet Mozambique LNG sera principalement exporté vers le Japon, la Chine et l’Inde, avec une partie destinée à l’Europe via des contrats à long terme.
L’entreprise a mis en place un dispositif combinant des mercenaires du groupe Wagner pour la protection des sites, des patrouilles militaires mozambicaines renforcées, et des systèmes de surveillance high-tech, notamment des drones et des capteurs sismiques.