TotalEnergies a annoncé ce mercredi 29 avril 2026 la finalisation de son alliance avec le groupe tchèque EPH, dirigé par le magnat Daniel Kretinsky, dans le secteur des centrales à gaz. « Cette opération approuvée par la Commission européenne conduit à la création de TTEP, qui devient le deuxième acteur européen de la production d’électricité flexible », indique le communiqué du géant pétrolier français. Selon Capital, cette transaction valorisée à 5,1 milliards d’euros – payée sous forme d’actions – fait d’EPH l’un des premiers actionnaires de TotalEnergies, avec environ 4 % de son capital.
Ce qu'il faut retenir
- TotalEnergies et EPH créent TTEP, le 2ᵉ acteur européen de l’électricité flexible derrière RWE, avec une production de près de 30 TWh en 2025 et une cible de 40 TWh en 2030.
- L’alliance porte sur un portefeuille de plus de 14 GW de capacités brutes (gaz, biomasse, batteries) en Italie, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Irlande et en France, plus 5 GW en développement.
- EPH détient désormais 4 % du capital de TotalEnergies grâce à cet apport en actions, devenant l’un de ses principaux actionnaires.
- Cette opération double les capacités de TotalEnergies dans l’électricité flexible, la plaçant 3ᵉ derrière Engie en Europe.
- Le groupe vise 20 % de ses ventes d’énergies issues de l’électricité en 2030, contre 10 % aujourd’hui, avec une répartition maintenue à 70 % de renouvelables et 30 % de gaz.
Une coentreprise stratégique pour sécuriser l’approvisionnement électrique européen
L’accord, initialement annoncé en novembre 2025, conforte la stratégie de TotalEnergies de diversifier ses activités au-delà du pétrole et du gaz. « Ce partenariat s’inscrit dans notre volonté de construire un pilier électrique », explique le groupe dans son communiqué. La coentreprise TTEP, qui combine centrales à gaz, biomasse et batteries, vise à répondre aux pics de demande tout en compensant l’intermittence des énergies renouvelables. « Les centres de données, très énergivores, recherchent une fourniture en continu », souligne TotalEnergies, qui mise sur cette flexibilité pour séduire ces clients industriels.
Les actifs transférés à TTEP couvrent des installations existantes ou en construction, totalisant plus de 14 GW de capacités brutes. Ces sites sont répartis en Europe, avec une présence notable en France, où TotalEnergies exploite déjà des centrales à gaz et des projets de batteries. La France, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, reste un marché prioritaire pour le groupe, qui cible également les États-Unis et le Brésil pour ses futurs développements.
Un investissement majeur dans un contexte de transition énergétique
Avec cette alliance, TotalEnergies accélère sa transformation vers un modèle plus intégré, combinant énergies fossiles et renouvelables. « Notre objectif est d’offrir une gamme complète à nos clients », précise le groupe. En plus des centrales à gaz, TotalEnergies s’appuie sur des contrats d’électricité nucléaire avec EDF pour garantir une production stable. Cette approche hybride doit permettre de concilier décarbonation et sécurité d’approvisionnement, un enjeu crucial dans un contexte de hausse de la demande électrique et de fermetures progressives des centrales à charbon.
La transaction, évaluée à 5,1 milliards d’euros, est structurée en actions, ce qui permet à EPH de devenir un actionnaire significatif sans alourdir la dette de TotalEnergies. « EPH devient ainsi l’un des premiers actionnaires du groupe », confirme TotalEnergies. Cette opération renforce également la position du magnat tchèque Daniel Kretinsky dans le secteur énergétique européen, où il est déjà présent via ses investissements dans les médias et la distribution.
Des craintes locales en France sur la conversion des centrales à charbon
L’annonce a suscité des interrogations en France, notamment de la part de la CFDT. Le syndicat craint que cette alliance ne remette en cause le projet de conversion de la centrale à charbon de Saint-Avold (Moselle) au gaz. Selon TotalEnergies, les actifs d’EPH transférés à TTEP n’incluent pas cette centrale. « Si la conversion de Saint-Avold se confirme, elle pourrait rejoindre le périmètre de la coentreprise », a indiqué un porte-parole du groupe. Cette précision n’a pas suffi à dissiper les inquiétudes des syndicats, qui redoutent un report ou un abandon des engagements pris par l’État en faveur de la transition énergétique.
« Ce partenariat est un pas important pour TotalEnergies, mais il ne doit pas servir de prétexte pour ralentir la sortie du charbon en France. »
— Un représentant de la CFDT, contacté par Capital
Une diversification qui s’inscrit dans la durée
TotalEnergies table sur une croissance soutenue de sa production électrique, avec un objectif de 40 TWh en 2030, contre près de 30 TWh en 2025. Cette ambition s’appuie sur un portefeuille diversifié, incluant des projets en développement pour 5 GW supplémentaires. « Notre stratégie repose sur trois piliers : les renouvelables, le gaz et le nucléaire », rappelle le groupe. En misant sur la flexibilité, TotalEnergies cherche à se positionner comme un acteur clé de la transition, tout en maintenant sa rentabilité dans un secteur en pleine mutation.
Cette opération intervient alors que le marché européen de l’électricité reste sous tension, notamment en raison de la dépendance aux importations de gaz et des tensions géopolitiques. « La création de TTEP répond à un besoin de souveraineté énergétique », analyse un expert du secteur. Elle permet aussi à TotalEnergies de renforcer sa résilience face à la volatilité des prix de l’énergie, un avantage concurrentiel face à des rivaux comme Engie ou RWE.
Cette alliance marque une étape supplémentaire dans la transformation de TotalEnergies, qui mise désormais sur l’électricité pour compenser le déclin à long terme de ses activités pétrolières. Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits dans un marché où la concurrence s’intensifie, notamment avec l’essor des acteurs pure players des renouvelables.
Les actifs de la coentreprise TTEP sont répartis en Italie, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Irlande et en France, selon les informations communiquées par TotalEnergies. Le groupe précise que ces installations couvrent des centrales à gaz, à biomasse et des projets de batteries, avec une capacité totale de plus de 14 GW.
EPH détient désormais 4 % du capital de TotalEnergies grâce à l’apport de 5,1 milliards d’euros effectué sous forme d’actions. Cette transaction fait d’EPH l’un des premiers actionnaires du groupe, aux côtés d’investisseurs institutionnels et d’autres grands groupes énergétiques.