Le groupe énergétique français TotalEnergies a annoncé ce lundi 23 mars 2026 un accord historique avec l’administration du président américain Donald Trump, portant sur l’abandon de ses deux concessions pour des projets d’éoliennes en mer aux États-Unis, en échange d’une compensation financière d’un montant proche d’un milliard de dollars. Cette décision, officialisée lors de l’ouverture de la conférence CERAWeek à Houston (Texas), marque un revirement stratégique majeur pour le géant français, qui réoriente ses investissements vers les hydrocarbures américains.

Selon nos confrères de Le Figaro, cette transaction inédite a été rendue publique par Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, et Doug Burgum, secrétaire à l’Énergie des États-Unis, lors d’une conférence de presse conjointe. L’annonce intervient dans un contexte où les politiques énergétiques des deux pays connaissent des tensions persistantes, notamment en raison des sanctions américaines contre l’Iran et des fluctuations des marchés pétroliers.

Ce qu'il faut retenir

  • TotalEnergies renonce à ses projets d’éoliennes en mer aux États-Unis après avoir obtenu une compensation d’un milliard de dollars, selon l’accord signé avec l’administration Trump.
  • L’accord prévoit que le groupe français réinvestisse ces fonds dans des projets gaziers et pétroliers aux États-Unis, renforçant ainsi son ancrage dans les hydrocarbures américains.
  • L’annonce a été faite lors de la CERAWeek 2026 à Houston, un événement majeur du secteur énergétique mondial, en présence du secrétaire américain à l’Énergie et du PDG de TotalEnergies.
  • Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, notamment avec l’Iran, et de remises en question des politiques énergétiques transatlantiques.
  • Le montant de 900 millions à 1 milliard de dollars représente une indemnisation significative pour TotalEnergies, reflétant l’importance stratégique accordée par Washington à ce renoncement.

Un accord symbolique signé à Houston lors d’un sommet énergétique mondial

L’accord entre TotalEnergies et l’administration Trump a été scellé au premier jour de la CERAWeek 2026, une conférence annuelle organisée par IHS Markit qui rassemble les principaux acteurs du secteur énergétique mondial. Houston, capitale historique du pétrole américain, accueille cet événement depuis des décennies, mais cette édition 2026 se distingue par son contexte politique tendu. Donald Trump, réélu en 2024 après un premier mandat marqué par une politique énergétique agressive, a fait de la souveraineté énergétique américaine une priorité, au détriment des énergies renouvelables perçues comme moins fiables.

Pour Patrick Pouyanné, ce compromis illustre une adaptation pragmatique aux réalités politiques américaines. Le PDG français, en poste depuis 2014 et ancien haut fonctionnaire, a toujours défendu une stratégie d’équilibre entre transition énergétique et rentabilité. « Cet accord nous permet de sécuriser nos actifs tout en répondant aux attentes de nos actionnaires et des autorités américaines », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. Son parcours, marqué par une carrière chez Total depuis 1997 et une formation à l’École polytechnique, en fait une figure respectée du secteur.

Côté américain, Doug Burgum, ancien gouverneur du Dakota du Nord et ministre de l’Énergie depuis 2025, incarne la ligne trumpiste d’un soutien massif aux hydrocarbures. Son ministère a joué un rôle clé dans la négociation, insistant sur le fait que « les États-Unis doivent rester maîtres de leur mix énergétique sans dépendre de technologies étrangères ». Cette position s’inscrit dans une logique de « America First » étendue au secteur énergétique, où les subventions aux énergies fossiles ont été massivement relancées depuis 2025.

Un milliard de dollars : le prix de l’abandon des éoliennes en mer

Le montant de la compensation, estimé entre 900 millions et 1 milliard de dollars, correspond à une indemnisation intégrale des investissements déjà engagés par TotalEnergies dans ses deux projets offshore américains : un parc éolien au large du New Jersey et un second en Caroline du Nord. Ces projets, lancés en 2021, avaient bénéficié de subventions fédérales sous l’administration Biden, mais leur avenir est devenu incertain avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Les permis d’exploitation avaient déjà été gelés en janvier 2025, dans le cadre d’un moratoire sur les énergies renouvelables en mer imposé par Washington.

Selon des sources proches du dossier, le montant de l’indemnisation reflète non seulement les coûts déjà engagés, mais aussi une prime liée à la cession anticipée des droits d’exploitation. « Les États-Unis ne voulaient pas d’une situation où TotalEnergies aurait pu contester juridiquement l’annulation des permis », explique un analyste du secteur. Les négociations, entamées en octobre 2025, ont nécessité l’intervention directe du Trésor américain pour débloquer les fonds, un signe de l’importance accordée à cet accord par l’administration.

Pour TotalEnergies, cette compensation représente l’équivalent de près de 2 % de son chiffre d’affaires annuel (47 milliards d’euros en 2025) et permettra de financer des projets gaziers en Louisiane et pétroliers au Texas, deux États où le groupe est déjà solidement implanté. « Nous réaffectons ces fonds vers des actifs dont la rentabilité est immédiate et moins exposée aux aléas réglementaires », a précisé Pouyanné. Cette stratégie de recentrage sur les hydrocarbures américains s’inscrit dans une logique de réduction des risques géopolitiques, notamment face aux tensions persistantes au Moyen-Orient.

Contexte géopolitique : quand les tensions internationales redessinent les stratégies énergétiques

Cet accord intervient dans un contexte international particulièrement volatile. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022 et l’escalade des tensions entre Washington et Téhéran depuis 2024, les marchés énergétiques sont sous haute tension. TotalEnergies, qui exploitait des gisements iraniens avant les sanctions américaines, a vu 15 % de sa production mondiale affectée par le conflit, selon des rapports internes consultés par Reuters. La société a récemment rapatrié les familles de ses salariés au Moyen-Orient, une mesure exceptionnelle reflétant l’inquiétude face à une escalade militaire.

Côté américain, la politique énergétique de Donald Trump s’articule autour de trois piliers : le soutien massif aux hydrocarbures, le démantèlement des subventions aux renouvelables et une diplomatie énergétique agressive. En 2025, l’administration a levé plus de 100 permis de forage en Alaska et dans le golfe du Mexique, tout en réduisant de moitié les crédits d’impôt pour les projets éoliens offshore. « Pour Trump, l’indépendance énergétique prime sur toute autre considération », rappelle un ancien conseiller du département de l’Énergie.

Cette ligne politique a déjà des répercussions sur les alliés européens de Washington. L’Union européenne, qui misait sur les importations de gaz américain pour réduire sa dépendance à la Russie, se retrouve aujourd’hui en position de faiblesse. Les Vingt-Sept négocient désormais avec des États comme le Qatar ou l’Algérie pour sécuriser leurs approvisionnements, tandis que les États-Unis imposent des tarifs douaniers prohibitifs sur leurs exportations d’hydrocarbures vers l’Europe. « Nous sommes dans une situation où nos partenaires américains privilégient leurs intérêts nationaux, même au détriment de leurs alliés traditionnels », déplore un diplomate bruxellois.

Réactions et enjeux : entre opportunités et critiques

Si l’accord est salué par les milieux économiques américains, il suscite des interrogations en Europe. À Paris, certains responsables politiques y voient un « aveu d’échec » de la transition énergétique française. « TotalEnergies fait machine arrière sur les renouvelables pour se replier sur le pétrole et le gaz, une décision difficile à justifier dans le contexte climatique actuel », commente une députée écologiste de l’Assemblée nationale. De son côté, le Medef français a adopté une position plus nuancée, soulignant que « les entreprises doivent s’adapter aux réalités des marchés et des régulations ».

Aux États-Unis, les milieux industriels applaudissent cette décision. L’American Petroleum Institute a salué un « pas décisif vers la souveraineté énergétique », tandis que les associations de défense de l’environnement dénoncent une « capitulation » face aux lobbies fossiles. « Cet accord montre que les énergies renouvelables ne sont pas une priorité pour cette administration », fustige une responsable de Greenpeace USA. Ces réactions contrastées illustrent les divisions persistantes autour de la politique énergétique américaine, où les enjeux économiques l’emportent souvent sur les considérations écologiques.

Pour TotalEnergies, les défis ne s’arrêtent pas là. Le groupe doit désormais justifier ce virage auprès de ses actionnaires, dont certains, comme le fonds souverain norvégien, ont critiqué ce recentrage sur les hydrocarbures. « Nos investisseurs attendent des rendements stables, et les projets gaziers américains offrent une visibilité à court terme », a tenté de rassurer Pouyanné lors d’une réunion avec les analystes financiers. Reste à savoir si cette stratégie sera durable, alors que les prévisions de l’AIE tablent sur une baisse de 30 % de la demande mondiale de pétrole d’ici 2040.

Et maintenant ?

Plusieurs questions restent en suspens après cet accord. D’abord, l’impact que cette décision aura sur les autres projets renouvelables de TotalEnergies en Amérique du Nord, notamment au Canada, où le groupe dispose de concessions éoliennes et solaires. Ensuite, la réaction des autorités européennes, qui pourraient durcir les conditions d’accès au marché américain pour les entreprises françaises. Enfin, l’évolution des négociations entre Washington et les producteurs de gaz naturel liquéfié (GNL), dont les contrats pourraient être renégociés dès 2027. Pour l’instant, TotalEnergies a annoncé que les premiers investissements dans le gaz texan seraient lancés d’ici la fin 2026, avec une mise en production prévue pour 2028.

Un tournant dans les relations énergétiques transatlantiques ?

Cet accord entre TotalEnergies et l’administration Trump pourrait bien marquer un tournant dans les relations énergétiques entre l’Europe et les États-Unis. Depuis des décennies, les partenariats entre les deux rives de l’Atlantique reposaient sur un équilibre entre sécurité énergétique et transition écologique. Or, depuis 2025, cette dynamique est profondément ébranlée. Les États-Unis, désormais autosuffisants en pétrole et en gaz grâce à l’exploitation des schistes, n’ont plus besoin des importations européennes. Au contraire, Washington utilise son poids énergétique comme levier dans les négociations commerciales, notamment avec la Chine.

Pour l’Union européenne, la situation devient critique. Faute de pouvoir compter sur des approvisionnements stables en gaz américain, les Vingt-Sept accélèrent leurs projets de terminaux GNL en Méditerranée et en Baltique, tout en relançant des discussions avec l’Algérie et l’Azerbaïdjan. « Nous devons nous préparer à un scénario où les États-Unis ne joueront plus le rôle de fournisseur de dernier recours », avertit un haut fonctionnaire de la Commission européenne. Dans ce contexte, l’accord TotalEnergies-USA apparaît comme un symbole des nouvelles règles du jeu énergétique mondial.

Pour TotalEnergies, ce choix stratégique pourrait aussi avoir des conséquences à long terme sur sa réputation. Le groupe, qui se présentait jusqu’ici comme un champion de la transition énergétique, risque de perdre une partie de sa crédibilité auprès des investisseurs institutionnels, de plus en plus sensibles aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). « La décarbonation reste un impératif, même si les réalités économiques nous poussent à des arbitrages temporaires », a tenté de nuancer Pouyanné, sans pour autant préciser de calendrier pour réduire l’empreinte carbone de ses nouveaux projets américains.

Une chose est sûre : cet accord de mars 2026 restera dans les annales comme l’un des symboles les plus marquants de la politique énergétique trumpienne. Entre renoncement aux renouvelables, recentrage sur les hydrocarbures et usage du pétrole comme arme géopolitique, il résume à lui seul la vision d’une Amérique affranchie de toute contrainte climatique. Pour TotalEnergies, comme pour l’Europe, la question n’est plus de savoir si cette stratégie est durable, mais comment s’y adapter.

TotalEnergies a accepté cet accord car l’administration Trump a gelé les permis d’exploitation de ses projets éoliens offshore dès janvier 2025, rendant leur réalisation impossible. Plutôt que de s’engager dans des contentieux juridiques longs et incertains, le groupe a préféré négocier une indemnisation financière d’un milliard de dollars, qu’il réinvestira dans des projets gaziers et pétroliers aux États-Unis, où la rentabilité est immédiate et les risques réglementaires moindres.

Le groupe a annoncé que les fonds obtenus via cet accord seraient réinvestis dans des projets gaziers en Louisiane et pétroliers au Texas. Les premiers investissements doivent être lancés d’ici la fin 2026, avec une mise en production prévue pour 2028. TotalEnergies n’a pas précisé si d’autres projets éoliens ou solaires étaient envisagés ailleurs dans le monde, mais une stratégie de recentrage sur les hydrocarbures semble se dessiner à court terme.