D’ici la fin de l’année, neuf hôtels historiques d’Argentine, situés à Chapadmalal et construits à la fin des années 1940, pourraient changer de mains. Le gouvernement du président Javier Milei, en pleine refonte libérale de l’économie, a lancé un appel d’offres pour une concession privée de trente ans sur ce site emblématique du « tourisme social », selon BFM Business. Ce complexe, qui permettait aux travailleurs argentins les plus modestes de bénéficier de vacances à prix subventionnés, symbolise l’héritage du péronisme et risque de disparaître sous sa forme actuelle.

Ce qu'il faut retenir

  • Neuf hôtels historiques de Chapadmalal, construits dans les années 1940, pourraient être privatisés pour une concession de trente ans.
  • Ces établissements offraient des séjours à partir de 3 à 10 dollars la nuit, permettant aux ouvriers argentins de partir en vacances.
  • Le gouvernement de Javier Milei a supprimé en 2025 l’obligation légale de proposer du tourisme social, réduisant le budget dédié à 7 millions de dollars avant son retrait.
  • Un second complexe hôtelier, situé au bord du lac de Córdoba et composé de sept hôtels, sera vendu.
  • Le ministre de la Déréglementation, Federico Sturzenegger, justifie cette réforme par l’absence d’avantage concurrentiel pour l’État dans ce secteur.

Jusqu’à présent, ces établissements incarnaient une politique sociale héritée de l’ancien président Juan Domingo Perón. En pension complète, les ouvriers pouvaient y passer une semaine pour quelques dollars, parfois aussi peu que 3 ou 4 dollars la nuit. À l’époque, jusqu’à 5 000 touristes pouvaient être accueillis simultanément dans les hôtels de Chapadmalal, situés en bord de mer. Ces infrastructures, financées par l’État, offraient un accès au luxe — restaurants, service en salle, hébergement de qualité — à des populations qui en étaient autrement exclues.

Pour des générations d’Argentins, ces vacances représentaient bien plus qu’un simple séjour. « Les gens qui passaient leurs journées à travailler dans les champs venaient ici et se disaient : *Oui, je le mérite* », raconte Cintia Suárez, 43 ans, employée du site depuis vingt ans et responsable du musée dédié à Eva Perón, épouse de l’ancien président. Dans un entretien au Financial Times repris par BFM Business, elle souligne : « Les enfants repartaient avec l’espoir que la vie puisse être belle. » Pour elle, ces établissements ne sont pas seulement des infrastructures, mais des lieux chargés de sens : « On ne saurait sous-estimer la valeur culturelle… Ce que signifie pour les gens le droit au temps libre. Rien ne justifie de leur retirer ce droit. »

Pour Javier Milei, cette politique relève d’un modèle dépassé, incompatible avec sa vision d’une économie de marché. Dès 2024, son gouvernement a drastiquement réduit le budget alloué au tourisme social, le faisant passer sous la barre des 7 millions de dollars. En mars 2026, les autorités ont officiellement lancé un appel d’offres pour la concession de Chapadmalal, un site qui, en raison des conditions d’acquisition des terres dans les années 1940, ne peut être vendu mais seulement cédé en gestion privée. Le second complexe, situé autour du lac de Córdoba et composé de sept hôtels, sera quant à lui entièrement vendu.

Le ministre de la Déréglementation, Federico Sturzenegger, avait justifié cette décision dès 2025 dans des déclarations rapportées par BFM Business : « Il est absurde que l’État gère une activité complexe dans laquelle il ne possède aucun avantage concurrentiel ni aucune expérience. » Il anticipait alors qu’un opérateur privé « rehausserait leur valeur touristique », sans préciser comment ces changements impacteraient l’accessibilité tarifaire pour les classes populaires.

« On ne saurait sous-estimer la valeur culturelle… Ce que signifie pour les gens le droit au temps libre. Rien ne justifie de leur retirer ce droit. »
Cintia Suárez, employée et responsable du musée Eva Perón à Chapadmalal

La saison 2025-2026 a marqué un tournant symbolique : le complexe de Chapadmalal est resté fermé pendant toute la période, une première depuis des décennies. Cette fermeture s’inscrit dans la stratégie du gouvernement de Milei, qui cherche à démanteler les dernières traces du modèle péroniste, notamment en matière de réglementation du droit du travail et de protection sociale. Le « tourisme social », autrefois présenté comme un droit fondamental des travailleurs, est désormais perçu comme un fardeau budgétaire par l’exécutif argentin.

Pourtant, ces infrastructures restent un symbole fort pour une partie de la population. À Chapadmalal, où Eva Perón avait joué un rôle clé dans la promotion de ces vacances populaires, le musée qui lui est dédié attire encore des visiteurs. Beaucoup y voient une forme de justice sociale, un moyen pour les ouvriers agricoles ou industriels de s’offrir un moment de répit dans un pays où les inégalités restent marquées. « Pour eux, c’était une façon de dire : *La vie peut être belle, même pour nous* », confie Suárez.

Et maintenant ?

L’appel d’offres pour la concession de Chapadmalal, lancé en mars 2026, doit aboutir d’ici la fin de l’année. Les opérateurs privés intéressés devront soumettre leurs propositions avant cette échéance, mais les modalités exactes de reprise — tarifs, accessibilité, gestion des employés — restent floues. Pour les syndicats et associations de défense des travailleurs, la privatisation risque d’entraîner une hausse des prix, rendant ces vacances inaccessibles aux plus modestes. Côté gouvernement, l’objectif affiché est de rentabiliser ces sites, sans garantie que leur vocation sociale soit préservée. Reste à voir si l’État argentin parviendra à concilier libéralisation économique et maintien d’un minimum de services publics pour les classes populaires.

En parallèle, la vente du complexe de Córdoba, annoncée pour 2026, pourrait donner un aperçu des orientations futures. Si le modèle de Chapadmalal est reconduit, d’autres sites historiques du tourisme social argentin pourraient à leur tour basculer dans le secteur privé, marquant la fin définitive d’une époque.

Pour les milliers d’Argentins qui ont grandi avec ces vacances subventionnées, la question dépasse le simple cadre économique. Comme le résume Cintia Suárez : « Ce n’est pas seulement une question de prix. C’est une question de dignité. »

Le gouvernement argentin justifie cette privatisation par deux arguments principaux : d’une part, l’État ne posséderait aucun avantage concurrentiel dans la gestion de ces établissements, et d’autre part, cette réforme s’inscrit dans une volonté plus large de réduire l’interventionnisme étatique au profit de l’économie de marché. Le ministre de la Déréglementation, Federico Sturzenegger, avait déclaré en 2025 que l’État n’avait « aucune expérience » dans ce secteur et qu’un opérateur privé pourrait « rehausser leur valeur touristique ».

À ce stade, les autorités n’ont pas communiqué de détails sur les futurs tarifs. Cependant, les associations de défense des travailleurs craignent une hausse significative des prix, rendant ces vacances inaccessibles aux classes populaires. Historiquement, les séjours coûtaient entre 3 et 10 dollars la nuit en pension complète. Une privatisation pourrait entraîner une augmentation, limitant l’accès à ces infrastructures aux seuls touristes disposant d’un budget plus élevé.