Imaginez un peu : vos péages pourraient bientôt financer les rails qui grincent. C'est le pari audacieux du gouvernement avec ce projet de loi-cadre présenté mercredi. Une révolution ? Pas si sûr. Mais une nécessité, ça, on peut le dire.
La gare d'Austerlitz, Paris, juillet 2025. Une photo banale ? Pas vraiment. Derrière cette image, des rails à remplacer, des ponts à réparer. Le constat est sans appel : le réseau ferré français a besoin d'un sérieux coup de jeune. Et vite.
Un projet qui fait du bruit
Le ministre des transports, Philippe Tabarot, mise gros sur ce texte. Pourquoi ? Parce que les caisses sont vides. Parce que les voyageurs ont soif de trains. Parce que les régions attendent des solutions. Bref, parce qu'il faut agir.
Mais attention, ce n'est pas une mince affaire. Le texte, initialement prévu avec une loi de programmation pluriannuelle, a été simplifié. Sébastien Lecornu, lui, n'en a même pas parlé dans ses priorités. Un oubli ? Un manque d'enthousiasme ? Difficile à dire.
Le but ? Réduire les émissions de gaz à serre. Les transports, c'est 32% des émissions en France en 2024. Un chiffre qui fait mal. Et puis, il y a l'urgence climatique. On ne peut plus ignorer le problème.
Des rails qui datent... et qui le font savoir
46 morts en Espagne en janvier. Un accident terrible. Et les premières conclusions pointent du doigt un rail cassé. Coïncidence ? Non. L'Autorité de régulation des transports (ART) a alerté : près de 2 600 kilomètres de voies ont dépassé leur durée de vie fin 2023. Le réseau est à bout de souffle.
Le coût ? 60 milliards d'euros. Une dette grise, comme on dit. Le résultat d'années de sous-investissement. Entre 2026 et 2031, il faudra ajouter 3 milliards par an. Autant dire que la facture va être salée.
La manne autoroutière à la rescousse
19 articles. C'est le nombre de pages de cette loi-cadre. Le cœur du texte ? Utiliser les recettes des autoroutes pour financer les transports. Une idée qui fait débat.
Indexer les tarifs des transports en commun sur l'inflation ? L'UFC-Que Choisir dit non. Trop automatique, trop rigide. Les réalités locales, le pouvoir d'achat, la qualité du service ? Tout ça serait ignoré. Un risque ? Peut-être.
Mais le texte ne s'arrête pas là. Il veut aussi développer le trafic fluvial, renforcer la sécurité des transports scolaires. Et puis, il y a cette idée d'assouplir les péages ferroviaires. Pour mieux amener le territoire, dit-on.
Des questions qui fâchent
Le Conseil économique social et environnemental (CESE) s'inquiète. Et si les populations en zones peu denses étaient sacrifiées ? Une question qui mérite d'être posée. Parce que la mobilité, ce n'est pas que pour les grandes villes.
Et puis, il y a cette histoire d'ouverture à la concurrence. L'article 8 garantit aux passagers d'arriver à destination, peu importe l'opérateur. Un effet boomerang, selon Pierre Plaindoux, expert transports. Le marché, c'est bien. Mais à quel prix ?
Et après ?
Alors, ce projet de loi, est-ce la solution miracle ? On peut en douter. Mais c'est un début. Un pas en avant. Reste à savoir si les régions vont suivre. Si les usagers vont accepter les hausses de tarifs. Si les infrastructures vont tenir le coup.
Une chose est sûre : le débat est lancé. Et il va falloir en parler. Encore et encore. Parce que les transports, c'est l'avenir de la France. Et l'avenir, il se construit maintenant.
D'apres nos confrères de Le Monde, le texte sera examiné dans les prochaines semaines. Affaire à suivre, donc.
Le réseau ferré français souffre d'un sous-investissement chronique entre 1980 et 2010. Ajoutez à cela les effets du changement climatique - inondations, sécheresses - et vous obtenez un réseau vieillissant et fragilisé. Les 60 milliards d'euros de dette grise en témoignent.
La "dette grise", c'est le coût du sous-investissement passé. En clair, c'est tout l'argent qu'il faudrait injecter pour rattraper le retard accumulé. Pour le ferroviaire, ça fait 60 milliards d'euros. Une somme colossale, mais nécessaire pour remettre le réseau à niveau.
L'idée, c'est de faire participer les usagers au financement des infrastructures. Mais attention, l'UFC-Que Choisir craint que cette mesure ne tienne pas compte des réalités locales et du pouvoir d'achat des ménages. Un débat qui promet d'être animé.