Trente ans après la première grande rétrospective consacrée à la collection Kostakis en Grèce, la National Gallery d’Athènes, en partenariat avec MOMus, présente jusqu’au 27 septembre l’exposition « The World of the Vanguard. City, Nature, Universe, Man » (« Le monde de l’avant-garde : la ville, la nature, l’univers, l’homme »). Selon Euronews FR, cette manifestation marque un double anniversaire : celui des trente ans de l’exposition historique de 1995-1996, mais aussi celui de l’acquisition par l’État grec, en mars 2000, de la célèbre collection Kostakis.
Ce qu'il faut retenir
- L’exposition rassemble 280 œuvres issues de la collection Kostakis et de ses archives, réparties en quatre sections thématiques : Ville, Nature, Univers et Homme.
- Cette rétrospective s’inscrit dans la continuité de l’exposition de 1995-1996, qui avait marqué un tournant dans la reconnaissance de l’avant-garde russe en Grèce.
- L’État grec a acquis en 2000 1 277 œuvres de la collection Kostakis, ainsi que plus de 2 000 documents d’archives, formant aujourd’hui le cœur du MOMus à Thessalonique.
- L’avant-garde russe, mouvement protéiforme entre 1905 et 1940, inclut des courants comme le suprématisme, le constructivisme ou le cubofuturisme, tous représentés dans l’exposition.
- George Kostakis, collectionneur autodidacte, a sauvé de l’oubli des centaines d’œuvres interdites par le régime soviétique, avant que la Grèce n’en fasse l’acquisition.
Une exposition pour célébrer trois décennies de redécouverte artistique
La National Gallery d’Athènes a choisi de marquer le trentième anniversaire de la première exposition Kostakis en proposant une rétrospective ambitieuse, structurée autour de quatre thèmes majeurs. Selon Syrago Tsiara, directrice générale de la Galerie nationale, cette nouvelle présentation diffère de celle de 1995 : « Nous ne faisons pas une exposition à caractère éducatif, avec une succession de mouvements comme en 1995. Nous visons un public à la fois nouveau et fidèle, pour lui montrer comment ces artistes ont repensé la relation entre l’art et la vie quotidienne, dans un contexte révolutionnaire. » Les sections « Ville », « Nature » et « Univers » explorent respectivement l’espace urbain, l’environnement organique et les visions cosmologiques, tandis que « Homme » sert de synthèse entre ces trois dimensions.
L’exposition s’appuie sur un travail de recherche approfondi, associant œuvres d’art, archives et documents historiques. « Nous avons voulu relier les œuvres aux archives, mais aussi rendre hommage à l’exposition de 1995 en intégrant des photographies, des catalogues et des articles de l’époque », précise Syrago Tsiara. L’objectif est double : célébrer un héritage et montrer comment cette collection a transformé la perception de l’art moderne en Grèce. « Cette exposition a changé les normes muséales du pays et ouvert la voie à une nouvelle compréhension de l’art comme outil de transformation sociale. »
L’avant-garde russe : un mouvement brisé par Staline, sauvé par un Grec de Moscou
L’avant-garde russe, qui s’étend de 1905 à 1940, désigne un ensemble de courants artistiques radicalement innovants, allant du suprématisme de Malevitch au constructivisme de Tatlin. Comme l’explique Syrago Tsiara, le terme lui-même est une invention occidentale des années 1960, tant les mouvements étaient variés : « Certains artistes, comme Malevitch ou Kliun, cherchaient à créer une réalité non objective, tandis que d’autres, comme les constructivistes, voulaient lier l’art à l’urbanisme et à la vie quotidienne. » Ces recherches ont été brutalement interrompues par la stalinisation, qui a imposé le réalisme socialiste et fait disparaître des dizaines d’artistes, certains emprisonnés ou exécutés.
C’est là que George Kostakis, né en 1913 à Moscou et chauffeur à l’ambassade de Grèce, a joué un rôle clé. Sans formation artistique, il a collectionné méthodiquement des centaines d’œuvres interdites, sauvant ainsi un pan entier de l’histoire de l’art. « On l’appelait à Moscou le “Grec fou”, mais il agissait en historien de l’art, pas seulement en collectionneur », souligne Syrago Tsiara. Son appartement est devenu dans les années 1960-1970 un musée officieux, avant que l’État grec n’acquière sa collection en 2000. Aujourd’hui, ces œuvres sont conservées et exposées au MOMus, à Thessalonique, où elles continuent d’inspirer artistes et chercheurs.
Une collection qui a redéfini la politique culturelle grecque
Pour Maria Tsantsanoglou, directrice artistique du MOMus, l’acquisition de la collection Kostakis en 2000 a été « le plus grand investissement culturel jamais réalisé par l’État grec ». « Cette collection a changé les normes muséales du pays et créé deux musées d’art moderne à Athènes et Thessalonique », explique-t-elle. Avec plus de 1 277 œuvres et 2 000 archives, le fonds Kostakis est aujourd’hui l’une des collections les plus dynamiques de Grèce, régulièrement prêtée à l’international et étudiée par des chercheurs du monde entier.
« Cette collection a une mobilité exceptionnelle et influence non seulement les artistes, mais aussi les architectes et les graphistes », poursuit Maria Tsantsanoglou. Le MOMus, qui gère ce fonds, se présente désormais comme un « centre de recherche » à part entière, grâce à ses archives et à sa bibliothèque. « Nous collaborons avec les plus grands musées internationaux, et cette exposition à Athènes en est la preuve. » Le MOMus organise également des expositions en Grèce et à l’étranger, confirmant ainsi l’importance historique et artistique de la collection Kostakis.
Enfin, cette rétrospective pourrait inspirer d’autres institutions européennes à explorer les liens entre l’avant-garde russe et les mouvements artistiques locaux. « L’art n’a pas de frontières, et cette collection le prouve », rappelle Maria Tsantsanoglou. Une exposition qui, trente ans après sa première présentation, continue de faire rayonner un mouvement artistique majeur.
George Kostakis, né en 1913 à Moscou, était un chauffeur à l’ambassade de Grèce qui a collectionné, sans formation artistique, des centaines d’œuvres de l’avant-garde russe, interdites par le régime soviétique. Son action a permis de sauver un pan entier de l’histoire de l’art, avant que l’État grec n’acquière sa collection en 2000. Aujourd’hui, ces œuvres forment le cœur du MOMus à Thessalonique et sont considérées comme l’un des fonds les plus importants au monde pour l’étude de l’avant-garde russe.
L’exposition présente des œuvres issues de courants majeurs comme le suprématisme (Malevitch, Kliun), le constructivisme (Tatlin, Rodchenko), le cubofuturisme (Kandinsky, Popova), l’art organique, ou encore le cosmisme. Ces mouvements, apparus entre 1905 et 1940, cherchaient à repenser radicalement la relation entre l’art, la société et l’environnement.