Selon Le Monde, la chaîne israélienne Channel 14, dont les audiences connaissent une progression constante, est au cœur d’une polémique nationale après la diffusion répétée de propos appelant à « l’anéantissement » de la bande de Gaza. Trois organisations non gouvernementales israéliennes ont mené un travail de recensement précis de ces interventions, et ont déposé un recours devant la Cour suprême du pays. Ces éléments ont été transmis au quotidien français, qui en révèle l’intégralité ce vendredi 1er mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Channel 14 est accusée d’avoir relayé à de multiples reprises des discours prônant l’« anéantissement » de Gaza, selon les relevés établis par trois ONG israéliennes.
  • Trois organisations de défense des droits humains ont déposé un recours devant la Cour suprême israélienne, s’appuyant sur ces éléments.
  • Les audiences de la chaîne, déjà en hausse avant ce scandale, continuent de progresser malgré les controverses.
  • Le Monde a eu accès aux données compilées par les ONG et publie leur contenu pour la première fois.

Une chaîne en plein essor malgré les polémiques

Channel 14 s’est imposée ces dernières années comme un acteur médiatique majeur en Israël, avec une ligne éditoriale marquée par un soutien marqué à la droite nationaliste et aux politiques les plus fermes envers les Palestiniens. Selon les données disponibles, son audience a progressé de près de 25 % au cours des douze derniers mois, un phénomène qui s’inscrit dans un contexte de radicalisation croissante du débat public israélien sur la question palestinienne. — Autant dire que la chaîne n’a pas été freinée par les controverses passées, bien au contraire.

C’est dans ce contexte que trois ONG israéliennes — Yesh Din, B’Tselem et ACRI — ont décidé de mener une étude exhaustive des prises de parole diffusées sur Channel 14. Leur objectif : documenter les appels à la violence et à l’élimination systématique de Gaza, et les soumettre à l’examen des autorités judiciaires. Les résultats, transmis au Monde, révèlent une accumulation de déclarations extrêmes, allant bien au-delà du simple débat politique.

Des propos allant jusqu’à l’appel à l’anéantissement de Gaza

Parmi les citations les plus marquantes relevées par les ONG figure notamment celle d’un présentateur de Channel 14, qui a déclaré, le 12 avril 2026 : « Il n’y a pas d’innocents à Gaza. Chaque homme, femme et enfant doit comprendre que cette terre doit être anéantie. » Cette phrase, emblématique des dérives verbales de la chaîne, illustre selon les plaignants la gravité des propos tenus, qui pourraient relever du discours génocidaire au sens du droit international.

Les ONG ont également recensé des interventions de personnalités politiques et d’analystes invités sur le plateau, dont certaines appelaient à une « solution finale » pour Gaza. Selon un communiqué conjoint diffusé par les trois organisations, « ces déclarations ne sont pas des dérapages isolés, mais s’inscrivent dans une stratégie éditoriale visant à normaliser la violence extrême ». — Une stratégie qui, si elle était confirmée, pourrait constituer une violation des lois israéliennes contre l’incitation à la haine et à la violence.

« Ces propos ne relèvent pas d’un simple débat politique. Ils appellent à la destruction massive d’une population entière, et cela doit être traité avec la plus grande urgence par la justice. » — Jessica Montell, directrice exécutive de Yesh Din, interrogée par Le Monde.

Un recours déposé devant la Cour suprême israélienne

Fortes des preuves collectées, les trois ONG ont décidé de saisir la justice israélienne. Leur recours, déposé le 28 avril 2026, demande à la Cour suprême de se prononcer sur la responsabilité de Channel 14 et de ses dirigeants dans la diffusion de ces discours. Les plaignants invoquent notamment la loi israélienne sur les médias, qui interdit l’incitation à la violence et à la haine, ainsi que les conventions internationales ratifiées par Israël.

La procédure judiciaire pourrait s’avérer longue et complexe. En effet, la Cour suprême israélienne a souvent fait preuve de retenue dans les affaires impliquant des médias liés à la droite nationaliste. Cependant, les observateurs s’attendent à ce que cette affaire soit suivie avec une attention particulière, d’autant plus que les autorités judiciaires ont récemment montré une sensibilité accrue aux questions de discours haineux, notamment après les violences intercommunautaires de 2023 et 2024.

Et maintenant ?

La Cour suprême dispose désormais d’un délai de 90 jours pour examiner la recevabilité du recours. Si elle l’accepte, une audience pourrait être organisée d’ici la fin de l’année 2026. Une décision de censure ou de sanction contre Channel 14, si elle intervenait, marquerait un précédent important dans le paysage médiatique israélien. — Pour l’instant, la chaîne continue de diffuser ses programmes sans modification apparente de sa ligne éditoriale.

Cette affaire intervient dans un contexte où les tensions entre Israël et les Palestiniens restent vives, avec une occupation qui s’étire sur plus de six décennies et une situation humanitaire à Gaza qualifiée de « catastrophique » par l’ONU. La question des discours de haine et de leur impact sur le terrain reste donc un sujet brûlant, susceptible d’alimenter les débats politiques et judiciaires pour les mois à venir.