La Commission européenne a suspendu les versements du Plan de croissance destiné à la Serbie, après des réformes controversées du système judiciaire adoptées en janvier 2026, selon BFM Business. Cette décision, annoncée jeudi 30 avril 2026 par la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, lors d’une conférence à Fribourg (Suisse), intervient alors que Belgrade est candidate à l’adhésion à l’UE depuis plus d’une décennie.

Les fonds gelés, représentant une première tranche de 56,5 millions d’euros sur un total de 1,58 milliard prévus jusqu’en 2027, s’inscrivent dans le cadre d’un plan de six milliards d’euros alloués aux six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Bosnie et Serbie). Ce dispositif vise à stimuler les économies locales et accélérer leur rapprochement avec l’Union. BFM Business rappelle que ces aides sont conditionnées à des réformes structurelles, notamment l’indépendance de la justice et la lutte contre la corruption.

Ce qu'il faut retenir

  • 1,58 milliard d’euros de fonds européens gelés pour la Serbie, dont 56,5 millions déjà versés en janvier 2026.
  • Les réformes judiciaires serbes de janvier 2026 ont accru les pouvoirs des présidents de tribunaux et affaibli les garanties d’indépendance des procureurs, suscitant des critiques de l’UE et du Conseil de l’Europe.
  • La commissaire Marta Kos a souligné une « régression » dans le domaine de la justice, bloquant ainsi tout nouveau paiement du Plan de croissance.
  • La Serbie, alliée historique de la Russie, n’a pas sanctionné Moscou après l’invasion de l’Ukraine en février 2022, ce qui complique son rapprochement avec Bruxelles.
  • Le Plan de croissance pour les Balkans, doté de 6 milliards d’euros sur 2024-2027, conditionne les aides à des réformes démocratiques et judiciaires.

Des réformes judiciaires controversées à l’origine du gel des fonds

Le parlement serbe a adopté en janvier 2026 des modifications législatives accordant davantage de prérogatives aux présidents de tribunaux sur les juges, tout en supprimant des garanties essentielles pour l’indépendance des procureurs. Ces changements ont été menés sans consultation des acteurs judiciaires locaux, ni des instances européennes comme le Conseil de l’Europe, ni même des experts indépendants. BFM Business souligne que ces réformes ont été vivement critiquées par l’opposition serbe, qui y voit une instrumentalisation politique du système judiciaire.

Lors de sa déclaration à Fribourg, Marta Kos a qualifié ces évolutions de « régression » dans le domaine de l’État de droit, un critère central pour l’adhésion à l’UE. « Pour l’instant, nous avons arrêté tous les paiements du Plan de croissance parce qu’il y a eu une régression dans le domaine de la justice », a-t-elle expliqué. « Tant que cela ne sera pas corrigé, ils ne pourront pas bénéficier du soutien financier européen », a-t-elle ajouté, insistant sur l’urgence de revenir à des normes conformes aux exigences bruxelloises.

Un contexte politique tendu en Serbie

La décision européenne survient dans un climat politique déjà fortement polarisé en Serbie. Depuis plus d’un an et demi, le pays est secoué par des manifestations massives contre la corruption et les abus de pouvoir, reflétant une défiance croissante envers le gouvernement. Marta Kos a pointé du doigt cette polarisation, estimant que la Serbie, candidate officielle depuis 2012, « observe des reculs » en matière de démocratie et de liberté de la presse.

La commissaire a également critiqué la politique étrangère de Belgrade, soulignant son alignement persistant avec Moscou. La Serbie, qui n’a pas rejoint les sanctions contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine, reste un partenaire économique et stratégique du Kremlin en Europe. « On ne peut pas avoir le pied dans deux camps », a-t-elle lancé, suggérant que cette position ambiguë complique les négociations d’adhésion à l’UE. Les observateurs notent que cette divergence géopolitique est devenue un obstacle supplémentaire dans le dialogue entre Bruxelles et Belgrade.

Un plan de croissance de 6 milliards d’euros sous conditions

Le Plan de croissance pour les Balkans occidentaux, lancé en 2024 pour une durée de quatre ans, est doté d’un budget total de six milliards d’euros. Destiné à soutenir les économies locales et à préparer l’intégration européenne, ce dispositif cible six pays : l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. BFM Business rappelle que les fonds sont versés sous réserve de réformes concrètes, notamment en matière de transparence, d’indépendance de la justice et de lutte contre la corruption.

La Serbie, qui avait reçu sa première tranche de 56,5 millions d’euros en janvier 2026, reste le pays le plus avancé dans le processus d’adhésion, bien que les négociations traînent depuis des années. Avec un total de 1,58 milliard d’euros prévus jusqu’en 2027, Belgrade était jusqu’ici le principal bénéficiaire de ce plan. La suspension des versements pourrait donc avoir un impact significatif sur son économie, déjà fragilisée par des années de stagnation et de défiance des investisseurs.

Et maintenant ?

La Commission européenne n’a pas encore officialisé de décision formelle concernant la suspension des fonds pour la Serbie, contactée par l’AFP pour confirmation. Marta Kos a indiqué que les paiements resteraient bloqués « tant que les régressions ne seront pas corrigées ». Une évaluation plus poussée des réformes judiciaires est attendue dans les prochains mois, avec une possible reprise des versements si Belgrade se conforme aux exigences de Bruxelles. D’ici là, les négociations sur l’adhésion de la Serbie à l’UE, déjà au point mort depuis plusieurs années, pourraient encore s’enliser.

Dans l’immédiat, cette décision rappelle la pression exercée par l’UE sur les pays candidats pour qu’ils respectent les critères démocratiques. Pour la Serbie, la balle est désormais dans son camp : soit elle engage une refonte de sa justice pour rassurer Bruxelles, soit elle risque de perdre des milliards d’euros d’aides essentielles à sa stabilisation économique.

L’Union européenne a suspendu les versements en raison de réformes judiciaires adoptées en janvier 2026 par le parlement serbe. Ces modifications accordent davantage de pouvoirs aux présidents de tribunaux et réduisent les garanties d’indépendance des procureurs, ce que Bruxelles considère comme une « régression » dans le domaine de l’État de droit. La commissaire Marta Kos a confirmé que les fonds du Plan de croissance resteraient bloqués « tant que ces problèmes ne seront pas corrigés ».