Un ouvrage hybride, mêlant photographie et récit, plonge le lecteur dans les paysages et les mémoires d’une Amérique rurale souvent négligée. «Tu ne peux pas toujours tuer tout le monde à la fin», signé par le photographe Yann Stofer et l’écrivain Julien Perez, a été publié cette année et s’impose comme une œuvre à la fois visuelle et littéraire, selon Libération.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet artistique associant Yann Stofer (photographe) et Julien Perez (écrivain), explorant les marges de l’Amérique rurale.
- Un titre évocateur, inspiré d’une réplique du romancier Harry Crews, figure majeure de la littérature du Sud américain.
- Un format hybride : photographies saisissantes et textes littéraires qui captent des instants à la fois poétiques et bruts.
- Une immersion dans des communautés et des territoires souvent ignorés par les médias traditionnels.
L’ouvrage s’articule autour d’un road trip à travers les États-Unis, là où les paysages se font âpres et les histoires, profondes. Yann Stofer et Julien Perez y saisissent des instants à la fois poignants et réalistes, qui révèlent une Amérique « rurale jusqu’au bout des ongles », comme le souligne Libération. Leur démarche ne se limite pas à un simple voyage : elle interroge la mémoire collective et les traces laissées par une culture en mutation, parfois menacée de disparition.
Le titre de l’ouvrage, emprunté à Harry Crews, renvoie à une réplique emblématique de l’écrivain américain, connu pour ses romans sombres et ses personnages marginaux. « Tu ne peux pas toujours tuer tout le monde à la fin » — une phrase qui résume à elle seule l’esprit de l’Amérique profonde, où la survie et la résilience s’entremêlent avec une forme de brutalité narrative. Crews, disparu en 2012, reste une référence pour Perez, qui a puisé dans son œuvre l’inspiration pour ce projet.
Les photographies de Stofer jouent un rôle central dans cette exploration. Elles ne se contentent pas de documenter : elles révèlent des émotions, des tensions, des silences. Certaines images, en noir et blanc, évoquent le réalisme social des années 1930, tandis que d’autres captent l’éphémère d’un instant — une main ridée, un sourire timide, un paysage désertique.
« Ces clichés ne sont pas de simples illustrations. Ils sont des acteurs à part entière du récit », a précisé Julien Perez à Libération.
Le parcours géographique du road trip traverse des États comme la Géorgie, l’Alabama ou le Mississippi, où l’héritage de l’esclavage et des luttes pour les droits civiques pèse encore lourdement. Les textes de Perez, entre essai et fiction, tissent des liens entre ces lieux et leurs histoires, tout en interrogeant la place de ces régions dans l’imaginaire américain contemporain. L’écrivain y évoque par exemple la persistance de mythes locaux, comme celui du « héros tragiquement seul », incarné par des figures comme Harry Crews lui-même.
Pourtant, l’ouvrage ne se veut pas nostalgique. Au contraire, il souligne avec lucidité les défis auxquels font face ces territoires : déclin démographique, désindustrialisation, montée des inégalités. Libération souligne que le projet s’inscrit dans une volonté de « donner à voir ce que le récit médiatique dominant ignore souvent : une Amérique qui résiste, qui s’accroche, mais aussi qui doute ».
Par-delà l’intérêt artistique, « Tu ne peux pas toujours tuer tout le monde à la fin » pose une question plus large : comment une société se raconte-t-elle quand ses marges deviennent centrales ? Entre mémoire et modernité, l’œuvre de Stofer et Perez offre une réponse visuelle et littéraire, aussi exigeante qu’émouvante. Pour le lecteur, l’invitation est claire : s’engager sur cette route, là où le réel côtoie le mythe, et où chaque kilomètre parcouru en voiture ou en imagination révèle un peu plus de cette Amérique oubliée.
Harry Crews (1935-2012) était un romancier américain originaire de Géorgie, connu pour ses récits sombres et ses personnages marginalisés. Son œuvre, souvent qualifiée de « grotesque du Sud », explore la violence, la pauvreté et la résilience dans les milieux ruraux. Julien Perez s’en inspire pour interroger la place de ces régions dans l’imaginaire américain actuel, comme le rapporte Libération.