Un drame humain vieux de trois décennies et demi a connu un dénouement inattendu en février 2026. Kyle Adler, un Américain de 36 ans, a retrouvé sa mère biologique, Ana Maria Navarrete, après avoir découvert qu’il avait été volé à l’âge de neuf mois au Chili sous le régime d’Augusto Pinochet. Selon BMF - International, cette histoire s’inscrit dans un phénomène bien documenté : celui du trafic d’enfants chiliens placés à l’adoption à l’étranger entre les années 1970 et 1980.
Ce qu'il faut retenir
- Kyle Adler, un Américain de 36 ans, a retrouvé sa mère biologique, Ana Maria Navarrete, en février 2026 après 35 ans de séparation.
- Il avait été volé à l’âge de neuf mois au Chili sous la dictature d’Augusto Pinochet et adopté par une famille américaine.
- Environ 20 000 enfants chiliens ont été victimes de ce trafic, selon les estimations de l’Associated Press.
- Ana Maria Navarrete, alors âgée de 19 ans, avait confié son fils à une femme avant de découvrir qu’il avait été adopté par un couple états-unien.
- Kyle Adler a retrouvé sa mère grâce à une recherche initiée en 2017 via l’ONG Nos Buscamos, spécialisée dans les disparitions d’enfants sous Pinochet.
- Ana Maria Navarrete milite désormais pour que les responsables de ce trafic soient jugés et emprisonnés.
Une histoire marquée par la dictature et le trafic d’enfants
Sous le régime d’Augusto Pinochet, entre 1973 et 1990, des milliers d’enfants chiliens ont été enlevés à leur famille biologique avant d’être placés à l’adoption, souvent à l’étranger. Selon les chiffres rapportés par BMF - International et l’Associated Press, environ 20 000 enfants auraient été victimes de ce trafic organisé. Ces pratiques, souvent orchestrées par des réseaux impliquant des prêtres, des médecins ou des fonctionnaires, visaient à « sauver » des enfants de familles jugées indignes, notamment des mères célibataires ou issues de milieux défavorisés.
Ana Maria Navarrete, aujourd’hui âgée de 56 ans, faisait partie de ces mères. En 1990, alors qu’elle n’avait que 19 ans, elle avait donné naissance à un garçon, Marcos Antonio Navarrete, à Coronel, une ville côtière du centre du Chili. Mère célibataire travaillant de nuit dans une poissonnerie, elle avait confié son fils à une femme, chez qui vivait le bébé. Un jour, cette dernière lui avait annoncé que le nourrisson avait été adopté par un couple d’Américains, après qu’un prêtre local avait organisé son placement. « Et elle les a laissés le prendre », a-t-elle déclaré à l’Associated Press, exprimant sa colère face à l’absence de poursuite contre les responsables.
Trente-cinq ans plus tard, une rencontre bouleversante
Kyle Adler, de son vrai nom Marcos Antonio Navarrete, a grandi dans la banlieue de Chicago après avoir été adopté par Mike et Connie Adler, un couple américain. Longtemps, il a ignoré les circonstances de son adoption. En 2017, après avoir effectué des recherches en ligne, il a découvert l’existence de l’ONG Nos Buscamos, dédiée à la réunification des familles séparées sous Pinochet. En rencontrant sa fondatrice, Constanza Del Rio, il a appris la vérité sur ses origines.
Les années qui ont suivi n’ont pas été simples pour Kyle. Il a traversé une période difficile, marquée par un choc émotionnel, avant de suivre une thérapie. Après le décès de ses parents adoptifs en 2022, il a pris la décision de retrouver sa mère biologique. En 2025, un test ADN a confirmé le lien de parenté avec Ana Maria Navarrete, un nom qu’il ne connaissait pas. En février 2026, il s’est rendu au Chili pour la rencontrer pour la première fois. « Je suis tellement heureuse d’enfin le rencontrer, mon rêve est devenu réalité », a-t-elle déclaré à l’Associated Press.
« Mes parents ne m’ont pas volé. Ils ne m’ont pas appelé Kyle par méchanceté. Ils m’ont vu pour la personne qu’ils voulaient que je devienne, et ils y ont mis beaucoup d’amour. »
— Kyle Adler, 36 ans
Une semaine pour se (re)construire
À l’aéroport de Santiago, Kyle a vu sa mère pour la première fois depuis 1990. Plus grand qu’elle, il s’est penché pour l’étreindre, les deux en larmes. Pendant une semaine, ils ont passé du temps ensemble, apprenant à se connaître. Kyle avait apporté des photos de son enfance, tandis qu’Ana Maria lui a présenté deux de ses quatre autres enfants, issus de son remariage. Ne parlant pas espagnol, Kyle a dû communiquer avec sa mère via un interprète, fourni par l’association Connecting Roots, spécialisée dans les retrouvailles entre les bébés chiliens volés et leurs familles biologiques.
Lors de leur séparation, Kyle a tenu à rassurer sa mère : « Je ne suis pas seulement le fils que tu as perdu, je suis le fils que tu as retrouvé. Je suis de nouveau ton fils ». Malgré cette rencontre émouvante, Ana Maria Navarrete a exprimé sa tristesse de devoir à nouveau se séparer de lui. « Cela m’a pris tellement de temps pour le trouver. Et puis après avoir passé une semaine ensemble, il est reparti. C’est comme si je l’avais retrouvé mais que je venais de le perdre à nouveau », a-t-elle confié. Ils ont convenu de se retrouver en décembre 2026.
Une quête de justice inachevée
Ana Maria Navarrete a également annoncé qu’elle travaillait avec des avocats pour que justice soit faite. « Je veux que justice soit faite. Pas seulement pour moi, mais aussi pour lui, parce que je ne sais pas quel genre de vie il a eu », a-t-elle martelé. Cette histoire s’inscrit dans un contexte plus large de reconnaissance des crimes commis sous la dictature de Pinochet, dont les séquelles continuent de hanter des milliers de familles chiliennes. Si certains cas ont été médiatisés, la plupart des responsables de ces trafics n’ont jamais été inquiétés.
Pour Kyle Adler, cette rencontre a été une étape cruciale vers la reconstruction. « Le », comme l’appelle désormais sa mère, a trouvé dans cette histoire une partie de son identité, tout en exprimant sa gratitude envers ses parents adoptifs. « Ils m’ont aimé, et c’est ce qui compte », a-t-il souligné.
Cette affaire rappelle que les crimes commis sous les dictatures laissent des traces bien au-delà des périodes de répression. Trente-cinq ans après la fin du régime de Pinochet, des familles continuent de chercher leurs enfants disparus, tandis que d’autres, comme Kyle, tentent de reconstruire un lien brisé par l’histoire. Une chose est sûre : cette rencontre, aussi poignante soit-elle, n’est qu’une étape dans un long processus de reconnaissance et de justice.
Nos Buscamos est une ONG chilienne fondée par Constanza Del Rio, dédiée à la recherche et à la réunification des familles séparées sous la dictature de Pinochet. C’est via cette organisation que Kyle Adler a découvert en 2017 l’histoire de son enlèvement et de son adoption illégale. Constanza Del Rio a joué un rôle clé en lui révélant la vérité et en l’accompagnant dans ses démarches pour retrouver sa mère biologique.