Il y a 300 millions d’années, la position géographique de ce qui est aujourd’hui Paris se situait au niveau de l’équateur. Telle est l’une des révélations permises par un nouvel outil en ligne, Paleolatitude.org, développé par une équipe internationale de chercheurs et présenté par Futura Sciences le 29 avril 2026. Cet instrument interactif permet de visualiser la latitude qu’occupait n’importe quel lieu sur Terre au cours des derniers 320 millions d’années, offrant ainsi un aperçu inédit de l’évolution géologique et climatique de la planète.
Ce qu'il faut retenir
- Un modèle paléogéographique précis : Ce nouvel outil s’appuie sur les dernières avancées en reconstruction des plaques tectoniques, intégrant des données magnétiques enregistrées dans les roches pour déterminer leur position passée.
- Paris à l’équateur il y a 300 millions d’années : La capitale française se trouvait alors à la latitude 0°, ce qui indique un climat radicalement différent de celui d’aujourd’hui.
- Un outil accessible au grand public : Il suffit d’entrer une localisation pour obtenir sa position passée sur une carte interactive, depuis l’ère mésozoïque jusqu’à nos jours.
- Des applications scientifiques majeures : Les chercheurs en paléoclimatologie et paléobiologie pourront affiner leurs études sur l’évolution des climats et des espèces en fonction des latitudes.
- Une fenêtre sur la résilience de la biodiversité : L’outil permet de comprendre comment certaines espèces ont migré, se sont adaptées ou ont disparu en fonction des changements de latitude.
La dérive des continents, une histoire en mouvement perpétuel
La géographie terrestre n’a cessé d’évoluer depuis des centaines de millions d’années en raison de la tectonique des plaques. Ces mouvements, imperceptibles à l’échelle humaine — quelques centimètres par an —, ont façonné les continents tels que nous les connaissons aujourd’hui. Selon Futura Sciences, les reconstructions paléogéographiques permettent désormais de retracer ces déplacements avec une précision inédite. « Les informations magnétiques enregistrées dans certaines roches offrent une boussole naturelle », explique l’un des chercheurs impliqués. En effet, l’orientation du champ magnétique terrestre varie des pôles vers l’équateur, permettant de déterminer la latitude d’une roche au moment de sa formation.
Comment fonctionne ce nouveau modèle ?
Le site Paleolatitude.org, basé sur un modèle publié dans la revue Plos One, combine ces données magnétiques avec la connaissance de l’architecture des continents, notamment les chaînes de montagnes. Le résultat est une carte interactive où l’utilisateur peut saisir n’importe quelle localisation — une adresse, une ville, un pays — et obtenir sa position passée sur une période allant jusqu’à 320 millions d’années. « Ce calculateur de paléolatitude », souligne l’équipe, « permet de remonter le temps et d’observer comment les plaques tectoniques ont évolué au fil des ères géologiques ».
Par exemple, si l’on saisit Paris aujourd’hui, le site indique que la ville se trouvait à l’équateur il y a 300 millions d’années, puis a lentement migré vers le nord avant de se stabiliser à sa position actuelle. Ces variations de latitude ont eu un impact direct sur le climat local, influençant la répartition des espèces et les écosystèmes.
Un outil au service de la recherche scientifique
Si l’aspect ludique de l’outil retient l’attention du grand public, son utilité première réside dans le domaine de la recherche. Les scientifiques spécialisés en paléoclimatologie et en paléobiologie disposent désormais d’un moyen fiable pour étudier l’impact des changements de latitude sur la biodiversité. «
Cela nous permet de montrer ce qu’il est advenu de la biodiversité mondiale pendant et après les extinctions de masse du passé. Quelles latitudes sont devenues inhabitables en premier ? Quelles espèces ont migré, se sont adaptées ou ont disparu ? Avec ce nouveau modèle, nous passons d’une approche unidimensionnelle, centrée uniquement sur le temps, à une approche tridimensionnelle qui intègre aussi l’espace. Cela nous offre des enseignements cruciaux sur la résilience de la biodiversité actuelle.»
En croisant ces données avec d’autres indicateurs géologiques et climatiques, les chercheurs peuvent reconstituer les conditions environnementales qui ont prévalu à différentes époques. Par exemple, savoir qu’une région se trouvait à une latitude équatoriale il y a 250 millions d’années permet d’affiner les modèles climatiques de l’époque, marquée par des périodes de réchauffement ou de glaciation.
L’équateur, un témoin des bouleversements terrestres
Parmi les enseignements les plus frappants fournis par l’outil, celui de la position de l’Europe — et de la France en particulier — au fil du temps. Il y a 300 millions d’années, l’actuel continent européen était regroupé en un supercontinent appelé la Pangée, situé en grande partie dans l’hémisphère sud. La France se trouvait alors près de l’équateur, dans une zone caractérisée par un climat tropical humide. « Ce qui est frappant, c’est de réaliser à quel point la position géographique d’un lieu a pu changer radicalement », note un géologue interrogé par Futura Sciences. Ces variations expliquent en partie la diversité des fossiles retrouvés dans certaines régions, comme les forêts houillères du Carbonifère.
À l’inverse, il y a 100 millions d’années, durant le Crétacé, la France occupait une latitude bien plus nordique, similaire à celle du sud de l’Espagne actuelle. Ces changements progressifs ont influencé les migrations des espèces animales et végétales, ainsi que l’évolution des écosystèmes.
En attendant, l’outil est d’ores et déjà accessible à tous. Une façon concrète de se rendre compte que, sous nos pieds, la Terre continue de se transformer, même si nous ne percevons pas ces changements à l’échelle d’une vie humaine.
Le calcul repose sur l’analyse du magnétisme rémanent des roches. Lors de leur formation, ces roches enregistrent l’orientation du champ magnétique terrestre, qui varie selon la latitude. En combinant ces données avec les modèles de dérive des continents, il est possible de déterminer avec précision la position passée d’un lieu.
À ce stade, le modèle couvre les 320 derniers millions d’années et se concentre sur la latitude, sans inclure les variations d’altitude ou les modifications locales du relief. Son niveau de précision dépend aussi de la qualité des données disponibles pour certaines périodes géologiques.