Un rapprochement entre Israël et l’Iran, deux pays en conflit depuis des décennies, n’est pas une utopie selon le professeur Joel Mokyr. Dans un entretien accordé au supplément économique et financier du Yediot Aharonot, le lauréat du prix Nobel d’économie 2025 évoque la possibilité d’un accord historique, s’appuyant sur un précédent bien réel : la paix israélo-égyptienne.
Ce qu'il faut retenir
- Le professeur Joel Mokyr, économiste américano-israélien et prix Nobel 2025, estime qu’un accord de paix entre Israël et l’Iran est envisageable.
- Il s’appuie sur l’exemple égyptien : quatre guerres (1948, 1956, 1967, 1973) ont opposé Le Caire et Jérusalem avant un rapprochement en 1978.
- Les discours anti-israéliens en Iran rappellent ceux tenus par l’Égypte dans les années 1950 et 1960.
- L’accord de paix israélo-égyptien, signé en 1978 sous médiation américaine, résiste depuis près de cinquante ans.
- Malgré des tensions récurrentes, les relations entre l’Égypte et Israël n’ont jamais basculé dans un nouveau conflit ouvert.
Un parallèle historique entre Téhéran et Le Caire
Selon le professeur Mokyr, les similitudes entre la rhétorique iranienne actuelle et celle de l’Égypte des années 1960 sont frappantes. À l’époque, Le Caire présentait Israël comme une « entité étrangère » à éradiquer, une posture que Téhéran reprend aujourd’hui avec une virulence comparable. Pourtant, cette hostilité n’a pas empêché la signature d’un traité de paix en 1978, sous l’impulsion de Menahem Begin et Anouar El-Sadate, avec le soutien du président américain Jimmy Carter.
Pour l’économiste, ce scénario n’est pas exclu entre Israël et l’Iran. « Quand on observe l’histoire, on voit que les ennemis jurés peuvent devenir des partenaires », a-t-il déclaré. « La clé réside dans la volonté politique et des concessions mutuelles ». Il souligne que les deux pays partagent des intérêts stratégiques, notamment la stabilité régionale et la lutte contre l’extrémisme.
L’accord de 1978 : un modèle de résilience
L’accord de paix israélo-égyptien, signé à Camp David, a survécu à près de cinq décennies de tensions, de crises diplomatiques et de changements de régime. Bien que les relations aient connu des « refroidissements » — notamment lors du bref passage des Frères musulmans au pouvoir en Égypte entre 2012 et 2013 —, aucun conflit armé n’a éclaté depuis 1979. Pour Mokyr, cette longévité prouve qu’un compromis durable est possible, même avec un passé aussi conflictuel.
Le professeur rappelle aussi que l’Égypte avait collaboré avec d’anciens scientifiques nazis dans les années 1960 pour développer des armes contre Israël. « C’était l’ennemi absolu, et pourtant, ils ont fini par signer la paix », note-t-il. Un argument qui pourrait inspirer les dirigeants iraniens et israéliens.
Un contexte régional propice aux changements
Le Moyen-Orient a connu plusieurs tournants diplomatiques ces dernières années, avec la signature des accords d’Abraham en 2020. Ces accords ont normalisé les relations entre Israël et plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis et Bahreïn. Une dynamique que Mokyr juge encourageante : « Si des pays arabes peuvent faire la paix avec Israël malgré des décennies de rejet, pourquoi l’Iran ne le pourrait-il pas ? »
Cependant, le régime iranien reste fermement opposé à Israël, qualifiant l’État hébreu d’« entité sioniste illégitime ». Les Gardiens de la révolution, qui contrôlent une partie de l’appareil sécuritaire, multiplient les déclarations belliqueuses. Pourtant, Mokyr rappelle que les régimes autoritaires peuvent évoluer sous la pression des circonstances économiques ou des mouvements sociaux internes.
Les défis d’un tel rapprochement
Un accord de paix entre Israël et l’Iran soulèverait des questions complexes. Le programme nucléaire iranien, suspendu depuis 2025 après des négociations internationales, serait au cœur des discussions. Téhéran exige une levée totale des sanctions, tandis que Jérusalem et ses alliés occidentaux exigent des garanties sur l’arrêt du développement d’armes de destruction massive.
Autre obstacle : la question palestinienne. L’Iran soutient financièrement et militairement des groupes comme le Hamas ou le Hezbollah, qui combattent Israël. « Un accord de paix nécessiterait une révision complète de la stratégie iranienne au Proche-Orient », estime Mokyr. « Ce n’est pas impossible, mais cela prendrait du temps ».
Selon Yediot Aharonot, l’entretien avec Joel Mokyr reflète un débat croissant en Israël et dans les cercles diplomatiques internationaux. Si l’idée d’une réconciliation israélo-iranienne peut sembler lointaine, les précédents historiques prouvent qu’elle n’est pas totalement exclue.
Oui, à plusieurs reprises. En 2023, des manifestations pro-paix ont eu lieu à Téhéran, portées par des jeunes Iraniens opposés au régime. En 2025, des rumeurs de négociations indirectes via des pays tiers (comme Oman) ont circulé, mais sans aboutir. Les déclarations officielles restent, pour l’heure, fermement anti-israéliennes.
Plusieurs acteurs sont cités : la Turquie, qui entretient des relations complexes mais continues avec les deux pays ; la Russie, dont l’influence en Iran et en Syrie est forte ; et les États-Unis, qui pourraient relancer un cadre diplomatique sous une nouvelle administration. L’Union européenne, via son haut représentant pour les affaires étrangères, pourrait aussi s’impliquer.