Le 19 février 2026, la justice a fait un pas important dans l'affaire Mis et Thiennot, en donnant son feu vert pour un procès en révision. Cette décision intervient 80 ans après les faits, qui ont eu lieu en 1946. Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux chasseurs, avaient été reconnus coupables de l'assassinat d'un garde-chasse dans l'Indre.
Ce procès en révision est une »victoire« pour les descendants de Raymond Mis et Gabriel Thiennot, qui se sont toujours battus pour faire reconnaître leur innocence. Les ayants droit soutiennent que les aveux de Mis et Thiennot avaient été obtenus sous la torture.
L'affaire Mis et Thiennot
L'affaire remonte au 31 décembre 1946, lorsque le garde-chasse Louis Boistard a été retrouvé mort dans un étang, son corps criblé de plombs. La police a rapidement orienté ses investigations vers un petit groupe de chasseurs, dont Raymond Mis et Gabriel Thiennot, alors âgés de 19 ans.
Avec leurs huit compagnons de chasse, Mis et Thiennot ont passé huit jours en garde à vue. Après avoir maintenu qu'ils n'avaient jamais rencontré Louis Boistard ce jour-là, les dix chasseurs ont fini par livrer des aveux, qui ont été obtenus sous la torture, selon les ayants droit.
La décision de la Cour de Cassation
La commission d'instruction de la Cour de Cassation a rendu sa décision le 19 février, en donnant son feu vert pour la tenue d'un procès en révision. Cette décision est importante, car elle reconnaît l'existence d'actes de tortures pendant les interrogatoires de Mis et Thiennot.
Les avocats des ayants droit, Mes Pierre-Emmanuel Blard et Jean-Pierre Mignard, ont exprimé leur satisfaction dans un communiqué de presse :
« Il s’agit d’une victoire morale et d’une victoire pour la justice qui a répudié de manière définitive, pour le passé comme pour l’avenir, l’usage de la violence de la police pour obtenir des aveux ».
Les conséquences de la décision
La décision de la Cour de Cassation va permettre l'annulation de certaines pièces du dossier, notamment le procès-verbal de l'interrogatoire lors duquel les aveux ont été extorqués à Mis et Thiennot. D'autres documents seront »cancellés«, c'est-à-dire noircis aux endroits qui mentionnent les aveux de Mis et Thiennot.
Un procès en révision va se tenir dans les prochains mois, devant treize magistrats de la Cour de Cassation. Les avocats des ayants droit devront convaincre les magistrats de l'innocence de Mis et Thiennot. Si la condamnation est annulée, il n'y aura pas de nouveau procès d'assises, car les accusés sont décédés.
Les réactions
Les ayants droit et le comité de soutien créé dans les années 1980 ont salué la décision de la Cour de Cassation. Me Pierre-Emmanuel Blard a déclaré que »la cour reconnaît pour la première fois l'existence des tortures antérieures aux aveux« et que »c'est quelque chose d'énorme«.
La décision de la Cour de Cassation est également importante au niveau politique, car elle pourrait faire jurisprudence dans d'autres dossiers où des cas de tortures seraient relevés a posteriori.
Les réactions et les prises de position restent attendues, notamment de la part des autorités et des organisations de défense des droits de l'homme.
