Un manuscrit oublié de l’écrivain Joseph Roth, redécouvert et enfin publié, offre une plongée inédite dans les « villes blanches » du sud de la France et dans l’univers du judaïsme est-européen des années 1920-1930. Selon Libération, ce texte, jusqu’alors inédit, révèle une facette méconnue du célèbre auteur autrichien, connu pour ses romans comme La Marche de Radetzky ou La Crypte des capucins.
Ce qu'il faut retenir
- Un récit de voyage inédit de Joseph Roth, daté de 1926, est publié pour la première fois par les éditions Allia.
- L’auteur y décrit ses pérégrinations dans les « villes blanches » du sud de la France, dont Avignon et Nîmes.
- Le texte offre aussi une immersion dans la culture juive est-européenne de l’entre-deux-guerres, entre traditions et modernité.
- Joseph Roth, juif assimilé et exilé, y exprime une nostalgie pour un monde en voie de disparition.
- Ce manuscrit, retrouvé dans les archives de l’écrivain, complète son œuvre déjà riche et variée.
Un manuscrit redécouvert près d’un siècle plus tard
C’est un document rare qui refait surface : un récit de voyage écrit par Joseph Roth en 1926, alors que l’écrivain, déjà reconnu pour ses romans, entame une tournée à travers l’Europe. Selon Libération, ce texte, intitulé « Voyages à travers les villes blanches », était jusqu’ici resté inédit. Il a été exhumé des archives de l’écrivain, conservées à Vienne, et publié pour la première fois par les éditions Allia dans un volume intitulé « Joseph Roth, de la cité des papes au Yiddishland ».
Ce manuscrit, composé de notes et d’impressions, témoigne d’un Roth en mouvement, observateur attentif des paysages et des sociétés qu’il traverse. Il y décrit notamment ses séjours à Avignon, Nîmes ou encore Arles, villes où la lumière méditerranéenne et l’héritage chrétien imprègnent chaque pierre. Autant dire que l’auteur, bien que né en Galicie (alors sous domination austro-hongroise), y trouve une forme d’écho avec sa propre quête identitaire.
L’Europe juive de l’entre-deux-guerres en filigrane
Mais le récit ne se limite pas à une description géographique. Selon Libération, Roth y mêle des réflexions sur la culture juive est-européenne, un monde qu’il a quitté pour s’installer à Vienne, puis à Paris. Il y évoque les shtetls, ces villages juifs d’Europe de l’Est, leur folklore, leur langue — le yiddish — et leur rôle central dans la vie intellectuelle et religieuse de la région.
Dans ce texte, Roth apparaît comme un pont entre deux mondes. D’un côté, il est un écrivain viennois, immergé dans la culture germanophone et les cercles littéraires européens. De l’autre, il porte en lui les souvenirs d’un judaïsme ashkénaze enraciné dans les terres slaves et baltes. Ce décalage, il l’exprime avec une mélancolie qui traverse tout le manuscrit : «
Ces villes blanches, si pures, si calcaires, me rappellent que l’Europe est aussi un cimetière de civilisations disparues.» a-t-il écrit dans une note datée de septembre 1926.
Un regard sur une Europe en crise
Le voyage de Roth en France s’inscrit dans une période charnière pour l’Europe. Les années 1920 sont celles de la reconstruction après la Première Guerre mondiale, mais aussi du montée des nationalismes et de l’antisémitisme. Roth, lui-même marqué par la chute de l’Empire austro-hongrois en 1918, pressent les dangers qui menacent l’ordre ancien. Selon Libération, son récit de voyage est aussi un témoignage de cette époque où les frontières culturelles et politiques commencent à se fissurer.
Dans ce manuscrit, l’écrivain aborde la question de l’assimilation des Juifs en Europe. Il décrit des communautés juives qui, bien que souvent intégrées, restent perçues comme étrangères. Ce paradoxe, Roth le vit personnellement : bien qu’écrivant en allemand et fréquentant les salons littéraires viennois, il est toujours considéré comme un « Juif de l’Est ». Ce statut d’étranger, il l’analyse avec une lucidité qui préfigure les tragédies à venir.
Pour les amateurs de littérature et d’histoire, ce manuscrit offre une occasion rare de découvrir un Roth moins connu, celui du voyageur et du chroniqueur, en plus de celui du romancier. Selon Libération, cette publication s’ajoute à d’autres rediscoveries récentes d’archives rothiennes, confirmant l’intérêt persistant pour une œuvre qui, comme l’écrit l’auteur lui-même, « survit à ceux qui l’ont écrite ».
Ce texte, rédigé en 1926, était resté inédit car il n’avait jamais été publié de son vivant. Il a été retrouvé dans les archives de l’écrivain, conservées à Vienne, et n’a été exhumé que récemment par les éditions Allia pour une première publication en 2026.