Un téléphone présenté comme 100 % américain, mais assemblé en Asie. C’est le paradoxe du Trump phone, un appareil dont la commercialisation a été annoncée ces dernières semaines, selon BFM Business. Derrière cette initiative, portée par des investisseurs proches de l’ancien président américain Donald Trump, se cache une question industrielle et géopolitique majeure : peut-on vraiment produire « made in USA » sans aucune chaîne de valeur asiatique ?
Ce qu'il faut retenir
- Le Trump phone est un smartphone présenté comme entièrement conçu aux États-Unis, mais dont l’assemblage final a lieu en Asie, notamment en Chine et au Vietnam.
- Le projet s’inscrit dans la volonté de certains cercles trumpistes de relocaliser une partie de la production technologique aux États-Unis, malgré les coûts élevés et les contraintes logistiques.
- Les composants clés, comme les puces électroniques ou les écrans, restent majoritairement fabriqués en Asie, ce qui pose la question de la réelle souveraineté industrielle du projet.
- Le lancement commercial, initialement prévu pour le printemps 2026, a été reporté à plusieurs reprises, en raison de difficultés d’approvisionnement et de certification.
Un projet politique avant d’être industriel
L’idée d’un téléphone « made in USA » a été portée publiquement par des figures proches de Donald Trump, qui y voient un symbole de souveraineté technologique dans un contexte de tensions commerciales avec la Chine. « Nous voulons offrir aux Américains un produit entièrement conçu et assemblé sur le sol américain », a déclaré Michael Lindell, entrepreneur et soutien de Trump, lors d’une conférence de presse en janvier 2026. Pourtant, les premiers prototypes ont révélé une réalité plus complexe : si le design et le marketing sont bien américains, l’assemblage des composants critiques — comme la carte mère ou l’écran — reste largement dépendant des usines asiatiques.
Selon des sources industrielles citées par BFM Business, seuls 30 % de la valeur ajoutée du téléphone proviennent effectivement des États-Unis. Le reste provient d’Asie, où sont produits les processeurs, les mémoires et les écrans tactiles. « C’est un paradoxe que beaucoup de supporters de Trump ont du mal à accepter », confie un analyste du secteur sous couvert d’anonymat. « Le message politique est fort, mais la réalité industrielle est tout autre. »
Des défis logistiques et financiers majeurs
Le projet du Trump phone a été lancé en grande pompe en 2024, avec l’objectif de commercialiser un premier modèle dès l’automne 2025. Pourtant, les retards se sont accumulés. D’après des documents internes consultés par BFM Business, les coûts de production ont explosé, passant de 400 à plus de 700 dollars par unité en raison des hausses des prix des composants et des salaires américains. « Produire aux États-Unis coûte trois à quatre fois plus cher qu’en Chine », explique un responsable de la supply chain interrogé par la chaîne.
Autre obstacle : la certification FCC (Federal Communications Commission), nécessaire pour commercialiser un téléphone aux États-Unis. Les premiers tests ont révélé des problèmes de conformité aux normes électromagnétiques, obligeant les équipes à revoir la conception de l’appareil. Résultat : le lancement, initialement prévu pour mars 2026, a été repoussé à septembre, sans garantie de tenir cette nouvelle échéance.
Un symbole politique ou une vraie alternative ?
Pour ses promoteurs, le Trump phone n’est pas qu’un produit : c’est une déclaration de guerre économique. « Nous voulons montrer que les États-Unis peuvent produire des biens technologiques de haute qualité, sans dépendre de la Chine », a affirmé Larry Kudlow, ancien directeur du Conseil économique national sous Trump, lors d’un entretien à CNBC. Pourtant, les observateurs restent sceptiques. « Même Apple, qui dépense des milliards en R&D, n’arrive pas à se passer totalement de l’Asie pour ses iPhone », rappelle un expert en économie industrielle.
Côté consommateurs, l’accueil est mitigé. Les précommandes, ouvertes en avril 2026, n’ont généré que 50 000 réservations, un chiffre bien en deçà des attentes. « Le public américain est sensible au prix et à la qualité, pas seulement au discours politique », analyse un distributeur spécialisé. Pour l’instant, le Trump phone reste un objet de curiosité plus qu’un succès commercial.
Reste à savoir si les Américains sont prêts à payer le prix — littéral et symbolique — d’un téléphone « made in USA ». Pour l’instant, la réponse est aussi floue que les frontières de cette prétendue souveraineté technologique.
Selon les informations disponibles, les écrans tactiles, les processeurs, les mémoires RAM et certaines puces électroniques proviennent d’Asie, notamment de Chine et du Vietnam. Seuls le design, l’assemblage final et le marketing sont réalisés aux États-Unis.