Selon Futura Sciences, une étude récente publiée dans la revue Andrology vient bousculer les connaissances établies sur la sensibilité du pénis. Menée par le docteur Alfonso Cepeda-Emiliani et son équipe de l’Université de Saint-Jacques de Compostelle (Espagne), cette recherche démontre que le « delta frénulaire », une zone située à la base inférieure du prépuce, serait en réalité le principal centre neurologique de la sensation sexuelle masculine. Autant dire que cette découverte pourrait avoir des répercussions majeures en urologie et en sexologie.
Cette analyse, basée sur l’examen de 30 échantillons fœtaux (âgés de 8 à 24 semaines de gestation) et de tissus de pénis adultes prélevés sur des cadavres, révèle une organisation nerveuse bien plus complexe que ce que l’on imaginait jusqu’ici. Elle confirme également une étude antérieure publiée en 2017 dans le British Journal of Urology International (BJUI International), qui avait déjà mis en évidence la sensibilité accrue du prépuce.
Ce qu'il faut retenir
- Le « delta frénulaire », situé à la base du frein du prépuce, est identifié comme le principal centre neurologique de la sensation sexuelle masculine, et non le gland comme on le croyait jusqu’ici.
- Cette zone, associée au prépuce et au gland, formerait un système érogène complexe, essentiel à la perception du plaisir sexuel.
- Les chercheurs recommandent de différer l’âge de la circoncision pour préserver ces structures nerveuses, et privilégier une approche chirurgicale respectueuse de l’innervation.
- L’étude souligne l’importance d’une meilleure compréhension des tissus nerveux par les chirurgiens urologues lors des interventions sur le pénis.
- Les résultats pourraient influencer les documents de consentement éclairé avant une circoncision, en informant les parents et les patients des risques potentiels.
Une révision des fondements anatomiques du plaisir masculin
Depuis des décennies, le gland était considéré comme la partie la plus sensible du pénis. Pourtant, les travaux du docteur Cepeda-Emiliani et de son équipe, publiés le 27 avril 2026, viennent ébranler cette certitude. Leurs observations, réalisées à partir d’une analyse immunohistologique et ontogénétique approfondie, révèlent que le « delta frénulaire » — une structure identifiée pour la première fois en 2001 — possède une innervation « unique », comparable à un « point G masculin ».
« En substance, la présence d’un centre sensoriel dans le pénis, comparable à un "point G", apparaît comme une réalité neuroanatomique, ancrée dans ses origines embryologiques et soulignant son rôle essentiel dans la sensation, la fonction et l’expérience sexuelles », expliquent les chercheurs dans leur publication. Ces résultats s’appuient sur l’étude de 30 échantillons fœtaux et de tissus adultes, permettant de cartographier avec précision le réseau nerveux du pénis.
Le prépuce, une zone érogène sous-estimée
Outre le « delta frénulaire », l’étude met en lumière le rôle clé du prépuce et du gland dans la sensibilité sexuelle. Les auteurs rappellent que ces deux structures, riches en terminaisons nerveuses, jouent un rôle majeur dans la perception tactile fine. Une étude antérieure, menée en 2017 et publiée dans le BJUI International, avait déjà montré que les zones les plus sensibles du pénis se situaient sur le prépuce, et non sur le gland comme on le pensait auparavant.
Ces découvertes pourraient expliquer pourquoi certaines pratiques, comme la circoncision néonatale, font débat. En supprimant le prépuce, on supprime également une partie des récepteurs sensoriels essentiels à la perception du plaisir. Les chercheurs soulignent que cette ablation précoce, souvent réalisée pour des raisons culturelles ou religieuses, prive les individus d’une partie de leur sensibilité sexuelle naturelle.
Circoncision : un débat médical et éthique relancé
L’un des apports majeurs de cette étude réside dans ses implications pour la pratique de la circoncision. Les auteurs estiment que l’exérèse chirurgicale du prépuce devrait être évitée autant que possible, et remplacée par une « plastie préputiale » préservant les récepteurs sensoriels. Ils recommandent de différer l’âge de la circoncision jusqu’à ce que l’individu puisse prendre une décision éclairée, une approche déjà défendue par plusieurs sociétés savantes en urologie.
« Les résultats de cette étude [...] devraient être intégrés aux discussions et aux documents de consentement éclairé afin d’assurer un accompagnement complet des parents envisageant l’intervention pour leurs enfants, ainsi que des individus considérant une circoncision à l’âge adulte », précisent-ils. Ils ajoutent que les chirurgiens doivent porter une attention particulière aux incisions ventrales de la verge, afin d’éviter d’endommager la neuroanatomie dense et complexe de cette zone.
Des implications pour la chirurgie urologique
Au-delà de la question de la circoncision, cette étude offre aux chirurgiens urologues une meilleure compréhension des tissus qu’ils manipulent lors d’interventions. Les auteurs rappellent que le pénis est un organe finement innervé, dont la richesse structurelle est souvent sous-estimée. Leurs travaux visent à améliorer les techniques chirurgicales, en évitant de léser les nerfs lors d’opérations courantes, comme les plasties ou les réparations du frein.
« Nos travaux offrent des éclairages précieux aux chirurgiens spécialisés dans le pénis, en leur apportant une compréhension approfondie des tissus qu’ils résèquent, cautérisent et mobilisent couramment — des tissus finement innervés et d’une grande complexité structurelle, dont la richesse nerveuse est souvent sous-estimée ou négligée », concluent les chercheurs. Cette avancée pourrait ainsi contribuer à réduire les risques de troubles de la sensibilité postopératoire.
Pour l’heure, les auteurs appellent à une prise de conscience des enjeux liés à la préservation de l’innervation du pénis, tant dans un cadre médical que sociétal. Une chose est sûre : la vision traditionnelle de la sensibilité masculine doit désormais intégrer cette nouvelle cartographie des nerfs, qui redessine notre compréhension du plaisir et de la fonction sexuelle.
Le « delta frénulaire » est une structure anatomique située à la base inférieure du prépuce, au niveau du frein. Il s’agit d’une zone riche en terminaisons nerveuses, identifiée pour la première fois en 2001. Selon les chercheurs de l’Université de Saint-Jacques de Compostelle, ce « delta » constituerait le principal centre neurologique de la sensation sexuelle masculine, en raison de son innervation unique et de sa connexion avec le reste du prépuce et du gland.