Une entreprise québécoise, SBQuantum, vient de franchir une étape majeure dans le développement d’une technologie quantique spatiale. Fin mars 2026, elle a réussi le lancement d’un capteur quantique à base de diamant dans le cadre du concours MagQuest, organisé par la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA), une agence de renseignement américaine dépendant du département de la Défense des États-Unis. Selon Futura Sciences, cette innovation pourrait bouleverser les méthodes de navigation, en offrant une alternative robuste au GPS, et renforcer la cartographie du champ magnétique terrestre.
Ce qu'il faut retenir
- SBQuantum a lancé avec succès un capteur quantique dans l’espace fin mars 2026, dans le cadre du concours MagQuest de la NGA.
- Ce magnétomètre quantique à diamant vise à améliorer la précision du Modèle magnétique mondial (WMM), essentiel pour la navigation aérienne, maritime et militaire.
- La technologie pourrait permettre une navigation magnétique indépendante du GPS, invulnérable au brouillage.
- Le Canada et l’Agence spatiale européenne (ESA) ont reconnu le potentiel de cette technologie, chacun soutenant son développement.
- Les premières applications commerciales sont attendues dans les 12 prochains mois, avec des sacs à dos intégrant déjà cette innovation.
- La sensibilité du capteur atteint moins de 100 picoteslas, avec une précision de 200 picoteslas.
Une avancée technologique pour remplacer le GPS ?
Le Modèle magnétique mondial (WMM), qui cartographie le champ magnétique terrestre, est indispensable pour de nombreux systèmes de navigation modernes. Pourtant, ce champ est en mouvement constant, et sa mise à jour devient urgente en raison du vieillissement des satellites actuellement en orbite. C’est dans ce contexte que la NGA a lancé le concours MagQuest, doté de plusieurs millions de dollars, avec pour objectif de déployer une nouvelle version du WMM d’ici 2030. La technologie développée par SBQuantum, un magnétomètre quantique à base de diamant, pourrait jouer un rôle clé dans cette mise à jour.
Contrairement aux systèmes GPS, vulnérables au brouillage ou à la falsification, ce capteur quantique offre une navigation magnétique passive et indépendante. « Cela pourrait ouvrir la voie à une nouvelle forme de navigation magnétique, où la position est déterminée par les signatures magnétiques locales, même en environnement contesté », explique David Roy-Guay, fondateur de SBQuantum. Selon lui, cette technologie permettrait également de détecter des anomalies magnétiques créées par des sous-marins ou de localiser des infrastructures clandestines.
Des performances inédites grâce à la physique quantique
Le capteur quantique de SBQuantum repose sur l’exploitation des centres NV (azote-lacune) dans le diamant. Cette approche offre plusieurs avantages majeurs par rapport aux technologies classiques : une sensibilité accrue, une stabilité à long terme, et une résistance aux radiations et aux vibrations. « Notre magnétomètre fonctionne à température ambiante, sans nécessiter de cryogénie, et permet une mesure vectorielle du champ magnétique avec une précision exceptionnelle », précise David Roy-Guay.
Lors des tests menés dans le cadre du concours MagQuest, le capteur a démontré une sensibilité inférieure à 1 nanotesla (nT) et une précision de 5 nT pour la lecture du champ vectoriel. Ces résultats ont été obtenus malgré les contraintes d’un cubesat, un petit satellite de la taille d’une boîte à chaussures. « Nous avons combiné plusieurs capteurs avec des algorithmes d’intelligence artificielle pour réduire le bruit magnétique du satellite d’un facteur 100 », ajoute-t-il. Une prouesse technique qui confirme le potentiel de cette technologie pour des applications spatiales.
Des applications stratégiques pour la défense, la sécurité et la géophysique
Les cas d’usage de ce capteur quantique sont multiples et touchent des secteurs critiques. En matière de défense, il permettrait de détecter des sous-marins ou de naviguer sans infrastructure externe, même dans des zones où le GPS est brouillé. Pour la sécurité publique, il pourrait servir à repérer des tunnels clandestins, des caches d’armes ou des infrastructures enfouies. « Dans un environnement peu urbanisé, nous avons déjà réussi à détecter une cave grâce à la présence de matériaux ferreux », souligne David Roy-Guay. La technologie pourrait également être utilisée pour cartographier des ressources naturelles ou surveiller des infrastructures critiques.
Côté géophysique, le capteur pourrait améliorer la précision des modèles magnétiques terrestres, utiles pour comprendre les mouvements des plaques tectoniques ou anticiper des risques sismiques. « En combinant nos données avec des algorithmes de traitement, nous pouvons générer des cartes magnétiques haute résolution, bien plus détaillées que celles disponibles aujourd’hui », indique-t-il. Enfin, la technologie intéresse aussi l’Agence spatiale européenne (ESA), qui collabore avec SBQuantum pour développer une nouvelle génération de prototypes.
Un soutien institutionnel et une commercialisation imminente
Le Canada a identifié les capteurs quantiques comme l’une des dix « capacités souveraines clés » dans sa nouvelle stratégie industrielle de défense. De son côté, l’ESA a lancé un partenariat avec SBQuantum en début d’année 2026, dans le cadre de son programme FutureEO, dédié à l’observation de la Terre. Ces soutiens institutionnels témoignent de l’importance stratégique de cette innovation.
Côté marché, SBQuantum prévoit une commercialisation progressive. « Nos premiers sacs à dos intégrant cette technologie sont déjà en déploiement sur le terrain. Une version grand public devrait être disponible dans les 12 prochains mois », annonce David Roy-Guay. Pour l’instant, le capteur est prêt à être intégré dans des systèmes existants, bien que des améliorations de sensibilité soient encore à l’étude. « La performance est aujourd’hui limitée par le bruit environnemental ou celui de la plateforme. Nous travaillons à optimiser nos algorithmes pour réduire davantage ces perturbations. »
Quels défis pour l’avenir ?
Le développement de cette technologie n’a pas été sans obstacles. L’intégration de composants quantiques avec des systèmes embarqués classiques a exigé une approche itérative et une forte interdisciplinarité entre physique quantique, électronique et ingénierie spatiale. « Chaque sous-système a dû être testé et optimisé individuellement avant d’être assemblé, ce qui a représenté un défi de taille », confie David Roy-Guay. La miniaturisation et la robustesse environnementale ont également été des priorités, notamment pour s’adapter aux contraintes des missions spatiales.
Pour l’avenir, SBQuantum travaille sur plusieurs axes d’amélioration : augmentation de la sensibilité, réduction de la consommation énergétique, et miniaturisation accrue pour des applications embarquées à grande échelle, comme les drones. « Nous visons également à généraliser nos algorithmes de débruitage magnétique à d’autres types de plateformes autonomes, pour une utilisation adaptative en cours de mission », explique-t-il. Ces avancées pourraient permettre d’élargir considérablement le champ des applications possibles.
Une chose est sûre : avec des acteurs comme le Canada, l’ESA et la NGA en soutien, SBQuantum dispose d’atouts majeurs pour transformer cette promesse technologique en réalité.
Selon David Roy-Guay, fondateur de SBQuantum, la détection de l’uranium enfoui dépendrait davantage de méthodes radiométriques que magnétiques. En revanche, le capteur pourrait repérer des structures en béton renforcé ou des équipements métalliques associés, grâce à leur signature magnétique. « L’uranium n’étant pas magnétique en lui-même, il faudrait une approche complémentaire », précise-t-il.
