Les dirigeants des cinq États membres de l’Union économique eurasiatique (UEEA) se sont réunis à Astana les 28 et 29 mai 2026 pour un sommet dédié à l’intégration économique, à la numérisation et à l’intelligence artificielle. Selon Euronews FR, cette rencontre a permis d’avancer sur la création d’un marché numérique unifié, tout en tablant sur une croissance des échanges internes de près de 6 % pour l’année en cours, soit un volume dépassant les 85 milliards d’euros.
Ce qu'il faut retenir
- Les échanges au sein de l’UEEA ont atteint 80 milliards d’euros en 2025, avec une progression attendue de 6 % en 2026.
- Près de 90 % des règlements entre membres s’effectuent désormais en monnaies nationales, contre 72 % pour les échanges avec les pays tiers.
- Le Kazakhstan, l’un des cinq membres, mise sur l’IA pour simplifier ses procédures administratives et renforcer sa compétitivité.
- La Chine représente un tiers des échanges extérieurs de l’UEEA, tandis que la Russie est le premier investisseur au Kazakhstan.
- Un projet de centrale nucléaire kazakhe, financé à hauteur de 14 milliards d’euros par Moscou, devrait couvrir 20 % des besoins électriques du pays d’ici 2030.
Une intégration économique accélérée par la numérisation
Lors de ce sommet, les dirigeants de l’UEEA ont souligné l’urgence de réduire les barrières commerciales au sein d’un espace économique couvrant plus de 20 millions de kilomètres carrés. Selon Kassym-Jomart Tokaïev, président kazakh et hôte du sommet, l’adoption de technologies comme l’intelligence artificielle et les corridors logistiques numérisés devrait stimuler les échanges internes. « L’UEEA mise sur la numérisation pour renforcer la compétitivité de ses membres et concrétiser les quatre libertés du bloc », a-t-il déclaré. Parmi ces libertés figurent la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.
Les échanges internes ont plus que doublé en un an, tandis que les transactions avec des pays tiers ont progressé de 72 %. Une dynamique qui s’accompagne d’un basculement vers les monnaies locales pour près de 90 % des règlements, réduisant ainsi la dépendance au dollar ou à l’euro. Pour Tokaïev, cette tendance reflète une volonté de souveraineté économique : « Les États membres veulent bâtir un système où les décisions stratégiques restent entre leurs mains. »
L’intelligence artificielle, moteur d’une nouvelle gouvernance
L’IA s’impose comme un pilier de cette stratégie. Les cinq membres de l’UEEA — la Russie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizstan et l’Arménie — ont convenu d’élaborer des principes communs pour un usage responsable de l’IA. Vladimir Poutine a annoncé qu’une conférence de haut niveau sur le sujet serait organisée en 2027 en Russie, afin d’approfondir la coopération sur les modèles nationaux et l’interconnexion des infrastructures. « L’interopérabilité des systèmes énergétiques et informatiques est un enjeu clé », a-t-il souligné lors de sa visite d’État au Kazakhstan, qui a précédé le sommet.
Sur le terrain, des assistants juridiques basés sur l’IA sont déjà testés au Kazakhstan pour aider les citoyens et les entreprises à naviguer dans les réglementations complexes. Selon Dmitry Mun, vice-ministre kazakh de l’Intelligence artificielle et du Développement numérique, ces outils visent à « réduire la bureaucratie et à rendre les systèmes plus accessibles ». Plusieurs de ces solutions devraient être déployées à l’échelle du bloc d’ici 2027.
Corridors commerciaux : le Kazakhstan en première ligne
Le Kazakhstan joue un rôle central dans la modernisation des routes commerciales entre l’Asie et l’Europe. Environ 85 % des marchandises acheminées de la Chine vers l’Europe transitent déjà par le corridor du Milieu, une voie qui devrait bénéficier de l’intégration de l’IA pour optimiser les flux logistiques. « Ces innovations pourraient augmenter de 30 % les exportations hors matières premières d’ici deux ans », a indiqué Arman Shakkaliyev, ministre kazakh du Commerce et de l’Intégration.
Le pays mise également sur le corridor Nord-Sud et la Route internationale de transport transcaspienne pour renforcer son statut de hub régional. L’objectif est ambitieux : atteindre 10 millions de tonnes de fret annuel d’ici 2030, contre 5,5 millions aujourd’hui. Pour y parvenir, le gouvernement kazakh a lancé des travaux de modernisation ferroviaire et la construction de nouvelles infrastructures, notamment dans les ports de la mer Caspienne.
Russie et Kazakhstan scellent des partenariats stratégiques
La visite de Vladimir Poutine au Kazakhstan, qui a encadré le sommet, a donné lieu à la signature de sept axes majeurs de coopération bilatérale. Les accords couvrent des domaines aussi variés que l’énergie, les transports, la finance, l’éducation et l’industrie. Moscou est déjà le premier investisseur étranger au Kazakhstan, avec près de 25 milliards d’euros injectés depuis 2015. Parmi les projets phares figure la construction de la première centrale nucléaire du pays, un investissement de 14 milliards d’euros porté par le groupe russe Rosatom.
Selon Poutine, cette centrale permettra de couvrir « environ 20 % des besoins électriques du Kazakhstan », tout en consolidant les liens technologiques entre les deux pays dans le domaine de l’uranium et des réacteurs. Pour Nur-Sultan, ce projet représente bien plus qu’un simple approvisionnement énergétique : il s’agit d’un levier pour diversifier une économie encore très dépendante des exportations de matières premières. « Nous ne cherchons pas seulement à sécuriser notre approvisionnement, mais à développer une industrie nucléaire locale », a expliqué un responsable kazakh sous couvert d’anonymat.
Selon les prévisions du président kazakh, la croissance du PIB des pays membres devrait atteindre 2,5 % par an entre 2026 et 2027. Un rythme modéré, mais qui pourrait s’accélérer si les projets numériques et énergétiques aboutissent comme prévu. Pour l’heure, l’UEEA mise sur sa capacité à transformer ses atouts géographiques en leviers de développement — une équation encore en suspens.
L’UEEA compte cinq États membres : la Russie, le Bélarus, le Kazakhstan, le Kirghizstan et l’Arménie. Ce bloc, créé en 2015, fonctionne comme une zone de libre-échange et un marché intégré unique couvrant plus de 20 millions de kilomètres carrés.