Depuis le 1er mai 2026, le Vietnam applique un décret inédit visant à sanctionner les comportements sexistes limitant l’autonomie des femmes. Selon Courrier International, qui relaie une information de Nikkei Asia, toute personne tentant d’empêcher une femme de travailler encourt désormais une amende pouvant atteindre 10 millions de dongs (environ 320 euros).
Ce qu'il faut retenir
- Un décret entré en vigueur le 1er mai 2026 en Vietnam sanctionne par une amende de 10 millions de dongs (320 €) quiconque cherche à dissuader une femme de travailler.
- Le texte, baptisé décret 76, interdit également de confier systématiquement les tâches ménagères aux femmes, de leur imposer des choix contraceptifs ou d’entraver leur création d’entreprise.
- Les insultes misogynes envers des femmes en position de responsabilité sont désormais passibles de sanctions, tout comme les pressions exercées pour les cantonner au rôle de « tradwives ».
- Ce décret renforce les pouvoirs de la police pour faire respecter ces nouvelles règles et marque une avancée notable dans un pays encore marqué par des mentalités conservatrices.
Cette mesure s’inscrit dans un contexte où le Vietnam, bien que plus progressiste que d’autres pays en développement sur l’égalité professionnelle, reste dirigé par une majorité d’hommes et influencé par une culture traditionnelle. Le texte vise à concrétiser l’un des principes fondateurs de l’idéologie socialiste du pays : l’égalité entre les sexes. Pourtant, cette avancée suscite des résistances au sein d’une partie de la société vietnamienne, encore attachée à des rôles genrés bien ancrés.
Un tournant législatif contre les stéréotypes de genre
Le décret 76, publié par les autorités vietnamiennes, marque une rupture avec les pratiques encore répandues dans certaines familles, où les femmes sont systématiquement cantonnées aux tâches domestiques ou découragées d’exercer une activité professionnelle. Nikkei Asia, cité par Courrier International, souligne que cette initiative s’attaque à un phénomène persistant : celui des « épouses traditionnelles » ou tradwives, un modèle où la femme se consacre exclusivement au foyer et à l’éducation des enfants, souvent sous la pression sociale ou familiale.
Parmi les interdictions prévues par le texte, figurent explicitement l’obligation faite aux femmes d’effectuer les corvées ménagères, l’imposition de méthodes contraceptives ou encore la limitation de leurs choix professionnels. Les insultes sexistes proférées à l’encontre de femmes occupant des postes à responsabilité sont également visées. « Ce décret envoie un signal fort : la place d’une femme n’est pas définie par son genre, mais par ses compétences et ses aspirations », a déclaré un porte-parole du ministère du Travail vietnamien, sans préciser si d’autres mesures d’accompagnement étaient prévues.
Des sanctions qui visent à modifier les mentalités
L’amende de 10 millions de dongs (soit environ 320 euros), bien que modérée, représente un montant suffisamment dissuasif pour inciter les familles à reconsidérer leurs attentes envers les femmes. Selon Courrier International, cette somme équivaut à près de trois mois de salaire minimum au Vietnam, un levier économique non négligeable. Le décret prévoit également que les forces de l’ordre puissent intervenir pour faire respecter ces nouvelles règles, renforçant ainsi leur caractère contraignant.
Cependant, les observateurs restent prudents quant à l’efficacité réelle de cette mesure. Si le Vietnam affiche des résultats encourageants en matière de participation des femmes au marché du travail – avec un taux de 70 % de femmes actives, supérieur à la moyenne asiatique – les inégalités persistent. Les postes à haute responsabilité restent majoritairement occupés par des hommes, et les écarts salariaux persistent, avec des femmes gagnant en moyenne 15 % de moins que leurs homologues masculins pour un travail équivalent.
Un pays en tension entre progressisme et conservatisme
Le Vietnam se présente comme un modèle en Asie du Sud-Est en matière d’égalité des sexes, notamment grâce à son système éducatif mixte et à une forte représentation des femmes dans certains secteurs professionnels. Pourtant, la société reste profondément marquée par des normes patriarcales. Les traditions confucéennes, encore influentes, associent souvent la femme à des rôles de mère et d’épouse, reléguant au second plan ses ambitions professionnelles.
« L’égalité entre les sexes est un pilier de notre idéologie socialiste, mais sa mise en œuvre se heurte à des résistances culturelles », explique Le Nguyet Minh, chercheuse en études de genre à l’Université nationale de Hanoï. « Ce décret est une avancée juridique, mais son application dépendra largement de l’évolution des mentalités. » En effet, si la loi interdit désormais certains comportements, elle ne suffit pas à les éradiquer. Les campagnes de sensibilisation et l’éducation des jeunes générations seront déterminantes pour ancrer cette égalité dans les faits.
Une initiative isolée en Asie ?
À l’échelle régionale, le Vietnam se distingue par cette initiative, alors que de nombreux pays asiatiques peinent à faire évoluer leurs législations en faveur des droits des femmes. En Chine, par exemple, les discours officiels prônent une « participation équitable » des femmes au marché du travail, mais les politiques publiques restent souvent timides. Au Japon, malgré des lois contre les discriminations, les stéréotypes de genre freinent toujours l’accès des femmes aux postes de direction.
En Corée du Sud, où le taux d’emploi des femmes atteint seulement 56 % – l’un des plus faibles de l’OCDE –, les autorités tentent de promouvoir des quotas dans les entreprises. Mais ces mesures peinent à produire des effets concrets. Le Vietnam, en revanche, mise sur une approche répressive pour faire bouger les lignes. « Cette stratégie pourrait inspirer d’autres pays de la région, à condition que les sanctions soient effectivement appliquées », estime un analyste économique basé à Singapour, contacté par Courrier International.
Cette initiative soulève également une question plus large : dans quelle mesure une loi peut-elle transformer des normes sociales aussi enracinées ? Le Vietnam, en osant sanctionner des pratiques jusqu’alors tolérées, prend un risque politique. Mais pour les défenseurs des droits des femmes, c’est aussi une preuve que le progrès, même lent, est possible.
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Le décret 76 interdit explicitement d’imposer aux femmes des tâches ménagères systématiques, de leur dicter des choix contraceptifs, de les empêcher de créer une entreprise ou de les insulter en raison de leur position professionnelle. Toutes ces pratiques sont désormais passibles d’une amende de 10 millions de dongs (320 €).
Non. D’autres pays asiatiques, comme la Corée du Sud ou le Japon, ont mis en place des lois contre les discriminations de genre, mais leurs dispositifs sont généralement moins contraignants et moins ciblés sur les comportements familiaux. Le Vietnam se distingue par une approche répressive directe envers les proches (conjoints, parents) qui tenteraient d’empêcher une femme de travailler.