À Nantes, les équipes judiciaires sont en première ligne dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs. Selon Ouest France, la procureure de la République a mis en place une « task force » dédiée pour traiter l’intégralité des 1 700 dossiers recensés chaque jour dans le ressort du tribunal judiciaire. Une mobilisation exceptionnelle qui s’inscrit dans un vaste inventaire national lancé par les parquets de France avant le 14 juillet 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Les parquets ont jusqu’au 14 juillet 2026 pour recenser les 70 000 dossiers de violences sexuelles sur mineurs en cours en France.
  • À Nantes, une « task force » examine 60 dossiers par jour, soit 1 700 par mois.
  • Cette cellule spécialisée centralise les signalements transmis par les forces de l’ordre (policiers et gendarmes).
  • L’objectif est d’accélérer le traitement des affaires et d’éviter les retards dans la prise en charge des victimes.

Une mobilisation nationale pour faire l’état des lieux

Le ministère de la Justice a donné instruction aux parquets de dresser un bilan complet des procédures en cours avant le 14 juillet 2026. Cet inventaire concerne les 70 000 dossiers de viols et agressions sexuelles impliquant des mineurs, quel que soit le stade de la procédure. « Il s’agit d’un travail colossal, mais indispensable pour mesurer l’ampleur des violences et adapter les réponses judiciaires », explique un magistrat proche du dossier. Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre les violences faites aux enfants, lancée en 2022.

À Nantes, le procureur de la République a choisi de déployer une organisation spécifique pour répondre à l’urgence. La « task force » mise en place traite 60 dossiers chaque jour, une cadence rendue possible par la répartition des tâches entre policiers et gendarmes, qui se relaient pour présenter les affaires. « Chaque minute compte, car plus un dossier reste en attente, plus le risque de perte de preuves ou de traumatisation supplémentaire pour la victime augmente », souligne un enquêteur de la police judiciaire nantaise.

Des effectifs renforcés pour une meilleure prise en charge

Pour absorber ce flux, le parquet de Nantes a mobilisé des magistrats supplémentaires, des greffiers et des psychologues spécialisés dans l’accompagnement des mineurs victimes. Les locaux ont été aménagés pour permettre des auditions dans des conditions adaptées, évitant ainsi une nouvelle confrontation avec l’agresseur. « Notre priorité est de garantir un traitement rapide et respectueux des victimes, indique la procureure. Cela passe par une coordination renforcée entre les enquêteurs, les services sociaux et les associations d’aide aux victimes. »

Les dossiers traités à Nantes concernent aussi bien des violences intrafamiliales que des agressions commises par des proches ou des inconnus. Certains cas remontent à plusieurs années, mais la majorité des signalements récents émanent de l’école, des services médicaux ou des plateformes de signalement comme 3018. « On observe une hausse des signalements, notamment depuis la médiatisation de certaines affaires », confie un éducateur spécialisé. Cela ne signifie pas forcément une augmentation des violences, mais plutôt une meilleure confiance dans les dispositifs de signalement.

Quels défis pour la justice ?

Malgré les moyens déployés, des obstacles persistent. Le premier concerne le délai d’instruction, parfois très long en raison de la complexité des affaires. « Certains dossiers traînent depuis trois ou quatre ans, et les victimes, souvent mineures au moment des faits, doivent attendre leur majorité pour porter plainte », déplore un avocat nantais. Par ailleurs, le manque de places dans les structures d’accueil pour mineurs victimes limite la prise en charge globale, au-delà de l’aspect judiciaire.

Autre enjeu : la formation des professionnels. Intervenir auprès de mineurs victimes de violences sexuelles nécessite des compétences spécifiques, tant sur le plan juridique que psychologique. « On manque encore de spécialistes formés, notamment en zone rurale », reconnaît un responsable associatif. La task force de Nantes mise sur des sessions de formation régulières pour ses membres, mais l’étendre à l’ensemble du territoire prendrait des années.

Et maintenant ?

D’ici le 14 juillet 2026, les parquets devront avoir finalisé leur inventaire et transmis leurs recommandations au ministère de la Justice. À Nantes, la task force poursuivra son travail, avec l’espoir de réduire significativement le stock de dossiers en attente d’ici la fin de l’année. Les associations espèrent, de leur côté, que cette mobilisation nationale s’accompagnera de moyens durables, notamment en termes de places d’accueil et de budgets alloués aux enquêtes. Reste à voir si cette dynamique sera maintenue une fois l’inventaire terminé.

Pour les victimes et leurs familles, la priorité reste l’accès à un accompagnement global, alliant protection, soins et soutien juridique. « L’important n’est pas seulement de condamner les coupables, mais aussi de reconstruire les vies brisées », résume une travailleuse sociale. Une ambition qui dépasse le cadre judiciaire, mais qui en dépend largement.

Ce délai a été fixé par le ministère de la Justice pour permettre aux parquets de dresser un bilan précis des 70 000 dossiers en cours avant la rentrée judiciaire de septembre. Il s’agit aussi d’anticiper les éventuelles réformes législatives prévues pour l’automne 2026.