Plus de 8 832 heures d’enregistrements vidéo, réalisées entre le 16 février et le 23 juin 2025 dans la grotte Python en Ouganda, révèlent une exposition répétée et parfois dangereuse des humains et des animaux au virus de Marburg. Selon Euronews FR, ces images, publiées dans la revue Current Biology, offrent un aperçu inédit des dynamiques de transmission zoonotique dans un réservoir viral identifié.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 8 832 heures de vidéos ont été enregistrées dans la grotte Python entre février et juin 2025.
  • Les caméras ont capté 321 incidences impliquant 14 espèces différentes, dont des humains, des babouins et des léopards.
  • 214 personnes, dont des touristes et des chercheurs, ont été filmées près de l’entrée de la grotte, malgré l’interdiction de s’approcher à moins de 30 mètres.
  • Le virus de Marburg, transmis par les chauves-souris frugivores, n’a aucun vaccin ni traitement approuvé.
  • La grotte Python a déjà été associée à un décès en 2008, celui d’une Néerlandaise contaminée après une visite.

Une grotte ougandaise sous surveillance

La grotte Python, située dans le parc national des Gorilles de Bwindi en Ouganda, est un réservoir naturel connu du virus de Marburg. Ce virus de fièvre hémorragique, mortel dans près de 88 % des cas selon l’Organisation mondiale de la santé, se transmet à l’homme principalement via les chauves-souris frugivores. Les scientifiques du projet ont capté des images entre février et juin 2025, couvrant ainsi une période critique de naissances de chauves-souris, moment où le risque d’excrétion virale est maximal.

Les 321 détections relevées dans les vidéos concernent 14 espèces animales, dont des vautours, des babouins, des singes bleus, des aigles, des léopards et bien sûr des chauves-souris. Les chercheurs y ont également observé 214 passages humains, principalement des groupes scolaires, des touristes et des équipes de recherche. Pourtant, l’Autorité ougandaise de la faune a installé un poste d’observation à distance sécurisée pour limiter les risques de contamination.

« Cela représente un risque important d’exposition de l’être humain dans ce réservoir de chauves-souris porteur du virus de Marburg »,

ont souligné les auteurs de l’étude dans leur rapport publié par Current Biology.

Des comportements à risque malgré les avertissements

Malgré les consignes strictes du parc national, imposant aux visiteurs de rester à au moins 30 mètres de l’entrée de la grotte, les images révèlent des infractions répétées. Parmi les 214 personnes filmées, une seule portait un masque de protection. Plusieurs se sont approchées dangereusement de l’entrée, où les chauves-souris, et donc le virus, sont concentrées.

Les chercheurs rappellent que les pics de naissances des chauves-souris augmentent significativement le risque de transmission. Les modèles de spillover (passage inter-espèces) identifient plusieurs voies de contamination possibles : contact direct avec le réservoir, transmission via des hôtes intermédiaires, ou encore exposition à des fluides ou surfaces contaminés. Ces observations contredisent l’idée selon laquelle les interfaces de spillover seraient rares ou difficiles à documenter.

Un virus aux conséquences mortelles et une histoire épidémiologique chargée

Le virus de Marburg a été identifié pour la première fois en 1967, à la suite de deux flambées simultanées à Marburg et Francfort en Allemagne, ainsi qu’à Belgrade en Serbie. Ces épidémies étaient liées à l’utilisation de singes verts africains importés d’Ouganda dans des laboratoires. Depuis, le virus a causé des flambées et des cas sporadiques en Angola, en République démocratique du Congo, en Guinée équatoriale, au Ghana, en Guinée, au Kenya, en Afrique du Sud, en Tanzanie et en Ouganda.

En 2008, la grotte Python a été directement impliquée dans le décès d’une touriste néerlandaise, décédée après avoir contracté le virus sur place. Les symptômes de la maladie incluent une forte fièvre, des maux de tête intenses, des douleurs musculaires, suivis de diarrhées, nausées, vomissements et, dans les cas les plus graves, d’hémorragies massives. Le décès survient généralement entre huit et neuf jours après l’apparition des premiers symptômes, en l’absence de traitement ou de vaccin approuvé.

Un avertissement pour les autorités sanitaires

Les résultats de cette étude soulignent l’urgence de renforcer les mesures de prévention dans les zones à risque. Les chercheurs estiment que leur travail offre un « prisme écologique rare » pour comprendre les mécanismes de transmission zoonotique. Ils appellent à une meilleure sensibilisation des visiteurs et des populations locales, ainsi qu’à une surveillance accrue des réservoirs viraux.

« Ces observations remettent en cause l’idée selon laquelle les interfaces de spillover seraient cachées, rares ou difficilement accessibles », précise l’étude. Elles rappellent que les contacts entre humains et réservoirs animaux peuvent survenir dans des contextes apparemment contrôlés, mais où les comportements à risque persistent.

Et maintenant ?

Les autorités ougandaises pourraient renforcer les contrôles autour de la grotte Python, notamment en limitant l’accès aux périodes à faible risque ou en imposant des équipements de protection obligatoires. Une campagne de sensibilisation ciblant les touristes et les communautés locales est également envisagée pour réduire les risques d’exposition. Par ailleurs, cette étude pourrait inciter d’autres pays à renforcer leur surveillance des réservoirs viraux, dans un contexte où les zoonoses deviennent une menace croissante.

Avec l’absence actuelle de vaccin ou de traitement contre le virus de Marburg, la prévention reste la seule arme disponible. Les prochaines étapes consisteront probablement à analyser plus en détail les données recueillies pour affiner les modèles de transmission et adapter les stratégies de santé publique.

Le virus de Marburg provoque une fièvre hémorragique sévère. Les premiers symptômes incluent une forte fièvre, des maux de tête intenses et des douleurs musculaires. Ils sont suivis de diarrhées, douleurs abdominales, nausées et vomissements. Dans les formes mortelles, le décès survient généralement entre huit et neuf jours après l’apparition des symptômes, souvent précédé d’hémorragies massives et d’un état de choc. La maladie ne dispose à ce jour d’aucun vaccin ni traitement approuvé.