Les institutions financières de Wall Street accélèrent leur bascule vers des infrastructures numériques fonctionnant en continu, sous l’effet conjugué des crises géopolitiques et des limites des marchés traditionnels. Selon Euronews FR, banques et hedge funds intègrent désormais des actifs réels tokenisés et des contrats à terme perpétuels pour gérer les risques en temps réel, sans interruption hebdomadaire.

Ce qu'il faut retenir

  • Un volume quotidien de 60 milliards de dollars est échangé sur les contrats à terme perpétuels, un instrument permettant des négociations sans date d’échéance.
  • Les plateformes décentralisées ont pris le relais lors de la fermeture du détroit d’Ormuz et des frappes du 28 février 2026, alors que les bourses traditionnelles étaient fermées.
  • Le FMI alerte sur les risques de crises de liquidité instantanées sans un « ancrage public » via des monnaies numériques de banque centrale (MNBC).
  • BlackRock a déjà levé 2,54 milliards d’euros avec son fonds BUIDL, qui tokenise des bons du Trésor américain.
  • Le règlement « atomique », sans délai, réduit les marges temporelles mais exige une liquidité immédiate et des infrastructures ultra-sophistiquées.

Une réponse aux crises géopolitiques qui ne s’arrêtent pas le week-end

La fermeture du détroit d’Ormuz en 2025 et les frappes du 28 février 2026 sur des installations nucléaires iraniennes ont révélé une faille majeure des marchés traditionnels. Selon Iggy Ioppe, directeur des investissements de Theo, partenaire de Standard Chartered, « les marchés traditionnels étaient éteints le week-end, tandis que l’or et le pétrole tokenisés offraient les seuls lieux de négociation transparents et continus reflétant en temps réel la demande de valeurs refuges ».

Andrei Grachev, managing partner de DWF Labs, ajoute que « les traders se sont immédiatement tournés vers les plateformes décentralisées de contrats à terme perpétuels sur le pétrole, l’or et l’argent lors de l’annonce des frappes, un samedi matin ». Un mouvement qui a forcé les bourses traditionnelles, une fois rouvertes, à rattraper des niveaux de prix déjà fixés sur la blockchain.

Tokenisation et contrats perpétuels : les nouveaux piliers de la finance

Les actifs réels tokenisés (RWA) transforment des actifs physiques ou financiers en jetons numériques échangeables 24/7. Ces derniers incluent l’or, le pétrole, l’immobilier, les obligations d’État ou les actions. Larry Fink, PDG de BlackRock, y voit une révolution : « La tokenisation pourrait accélérer l’avenir en modernisant la tuyauterie du système financier et en rendant les investissements plus faciles à émettre, à négocier et à rendre accessibles ». Son fonds BUIDL, lancé en 2024, a déjà atteint 3 milliards de dollars d’actifs sous gestion en tokenisant des bons du Trésor américain.

Côté instruments, les contrats à terme perpétuels permettent de spéculer sur un actif sans date d’échéance, avec un règlement en continu. Leur volume notionnel dépasse 60 milliards de dollars par jour, selon les dernières données disponibles. Contrairement aux contrats classiques, ces outils appliquent un « taux de financement » horaire, positif ou négatif, selon la position dominante (longue ou courte).

Le FMI met en garde contre les risques d’un système non régulé

Dans un rapport publié ce mois-ci et rédigé par Tobias Adrian, le FMI souligne que la transition vers une finance tokenisée représente une « reconfiguration structurelle » de l’infrastructure mondiale. Si le règlement atomique et la programmabilité améliorent l’efficacité du capital, ils suppriment les marges temporelles dont dépendent banques et régulateurs en période de tension. Sans « ancrage public » via des MNBC, l’extrême rapidité des systèmes tokenisés pourrait provoquer des crises de liquidité instantanées, avec des liquidations en chaîne plus rapides que la capacité d’intervention des autorités.

« L’infrastructure de marché qui doit sous-tendre une négociation tokenisée en continu est encore en train de rattraper les exigences qu’elle crée », alerte Andrei Grachev. Il cite l’écart croissant entre les capacités des produits et le niveau de préparation opérationnelle comme l’un des risques les plus sous-estimés du secteur.

L’oracle des données de prix : un défi technique majeur

Assurer la liquidité en continu impose des flux de données de haute qualité, sans décalage ni obsolescence. « L’infrastructure des données de prix est sans doute le principal défi encore non résolu des marchés tokenisés ouverts 24 heures sur 24 », précise Ioppe. La qualité, la latence et la fiabilité des oracles déterminent directement les comptes de résultat et l’exposition au risque des plateformes, qu’elles soient décentralisées ou réglementées.

Cette exigence technique pousse les acteurs à adopter des standards plus élevés. Aux États-Unis, l’application du GENIUS Act, entré en vigueur en 2025, accélère le mouvement de réorientation des capitaux institutionnels vers des lieux de négociation combinant innovation et gouvernance renforcée.

Et maintenant ?

L’adoption massive des marchés tokenisés dépendra de deux facteurs clés : l’évolution des cadres réglementaires, notamment aux États-Unis, et la disponibilité d’actifs de règlement souverains comme les MNBC. Pour Grachev, « les plateformes qui resteront pertinentes seront celles qui utiliseront cette vitesse pour améliorer leurs standards plutôt que devancer la régulation ». Les prochaines échéances réglementaires, prévues pour le second semestre 2026, pourraient accélérer ou freiner cette transition.

Une chose est sûre : la frontière entre finance traditionnelle et blockchain s’effrite, poussée par la nécessité de s’adapter à un monde où les crises ne respectent plus les horaires de Bourse.

Ils permettent une négociation continue, même lorsque les marchés au comptant sont fermés, et offrent une exposition synthétique aux actifs sous-jacents sans date d’échéance. Leur popularité reflète aussi la demande croissante pour des outils adaptés à une économie mondiale ouverte 24/7.