Le départ forcé d’Isabella Lövin de la présidence du WWF Suède après sa participation à une manifestation antiraciste a relancé les tensions autour du mouvement écologiste. Selon Reporterre, cette affaire illustre une contradiction majeure au sein de grandes organisations environnementales : leur engagement en faveur de la planète ne s’accompagnerait pas d’une défense équitable des populations les plus exposées aux crises climatiques, notamment les minorités ethniques, les musulmans et les Arabes.

Ce qu'il faut retenir

  • Isabella Lövin, présidente du WWF Suède, a été poussée à la démission en mai 2026 pour avoir participé à une marche contre le racisme, un geste interprété comme une remise en cause de l’indépendance politique de l’ONG.
  • Deux militantes, Sarah-Maria Hammou et Mariam Toure, dénoncent dans une tribune publiée par Reporterre une « écologie indifférente » aux premières victimes du dérèglement climatique.
  • Ces dernières soulignent que les communautés noires, musulmanes et arabes subissent de plein fouet les conséquences des politiques environnementales, souvent élaborées sans leur consultation.

Un signal fort envoyé aux militants antiracistes

Le départ d’Isabella Lövin, figure engagée pour la justice sociale et environnementale, a été présenté comme une décision « stratégique » par les instances du WWF. Sarah-Maria Hammou, géographe et coautrice du rapport Injustice climatique pour l’association Ghett’up, y voit au contraire un symptôme plus large d’un manque de cohérence idéologique.

« Les organisations écologistes comme le WWF ont longtemps défendu l’idée d’une planète à sauver, mais elles oublient que cette urgence climatique frappe d’abord les populations marginalisées », explique-t-elle. Selon elle, les discriminations systémiques aggravent les effets des catastrophes naturelles, comme les canicules ou les inondations, qui frappent disproportionnellement les quartiers défavorisés.

Des communautés déjà en première ligne du chaos climatique

Mariam Toure, cofondatrice de La Jeunesse Populaire et spécialiste des enjeux socio-environnementaux, rappelle que les minorités ethniques et religieuses sont les premières exposées aux pollutions industrielles et aux pénuries de ressources. « Les politiques de transition écologique doivent intégrer la dimension raciale et sociale, faute de quoi elles risquent d’aggraver les inégalités existantes », souligne-t-elle.

En France, des études récentes ont montré que les populations issues de l’immigration subissaient des taux de mortalité plus élevés lors des vagues de chaleur, en raison de l’absence d’espaces verts et de logements adaptés dans leurs quartiers. Aux États-Unis, des rapports ont révélé que les communautés noires étaient surreprésentées dans les zones à risque d’ouragans ou de feux de forêt.

L’écologie peut-elle se permettre d’ignorer le racisme ?

Pour les deux militantes, l’affaire du WWF Suède pose une question fondamentale : une écologie qui ne lutte pas contre toutes les formes d’oppression peut-elle être crédible ? « La justice climatique ne peut se construire sur des bases sélectives, où certaines vies vaudraient plus que d’autres », affirment-elles dans leur tribune.

Elles citent en exemple des initiatives locales, comme celles portées par des associations issues de l’immigration, qui combinent défense de l’environnement et lutte contre les discriminations. « Ces projets montrent qu’une écologie inclusive est non seulement possible, mais nécessaire pour garantir un avenir viable à tous », ajoutent-elles.

Et maintenant ?

La polémique autour du WWF Suède pourrait s’étendre à d’autres branches du mouvement écologiste, alors que des ONG comme Greenpeace ou Les Amis de la Terre sont régulièrement interpellées sur leur manque de diversité interne. Une pétition réclamant la transparence des processus de décision au sein du WWF a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures. Une réunion extraordinaire du conseil d’administration est prévue pour le 15 juin 2026, où pourrait être discutée une révision de la charte éthique de l’organisation.

Cette affaire intervient dans un contexte où les mouvements pour la justice climatique et antiraciste gagnent en visibilité, notamment depuis les mobilisations de 2020 contre les violences policières. Si le WWF maintient sa position, il pourrait s’exposer à des critiques encore plus vives, voire à des boycotts de la part de donateurs sensibles à ces enjeux.

D’après les statuts du WWF Suède, la présidente de l’ONG doit rester neutre politiquement pour préserver la crédibilité de l’organisation. Sa participation à une marche contre le racisme a été interprétée comme un engagement partisan, ce qui a conduit le conseil d’administration à exiger sa démission.