La chroniqueuse russe Xenia Fedorova, régulièrement invitée dans certains médias français comme CNews, incarne selon le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot un relais de la propagande du Kremlin. Vendredi 29 mai 2026, celui-ci a dénoncé sur France Inter le rôle joué par cette figure médiatique, estimant que la laisser s’exprimer publiquement revenait à « servir la soupe de Vladimir Poutine ». Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions persistantes entre la France et la Russie, après l’invasion de l’Ukraine en février 2022, rappelle Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- Xenia Fedorova, chroniqueuse russe travaillant pour des médias français, est qualifiée par Jean-Noël Barrot de « propagandiste patentée » et de relais de désinformation du Kremlin.
- Le ministre a affirmé sur France Inter que la laisser à l’antenne équivaut à « servir la soupe de Vladimir Poutine ».
- RT France, chaîne où elle a officié, a été interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022 en raison de sa proximité avec les positions russes.
- Son titre de séjour en France, prolongé pour dix ans en 2024, a été critiqué par le gouvernement, alors que Gérald Darmanin était encore ministre de l’Intérieur.
- Une enquête du Monde cette semaine met en lumière son influence croissante, notamment son invitation à un déjeuner organisé par l’Institut de l’Espérance, cercle de réflexion lié à Vincent Bolloré.
Une chroniqueuse sous le feu des critiques politiques
Lors de son passage sur France Inter, Jean-Noël Barrot a été catégorique : « Mme Fedorova est une propagandiste patentée, qui sert de relais à la désinformation du Kremlin », a-t-il déclaré. Le ministre a ajouté que « chacun est libre de sa ligne éditoriale, mais ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes, c’est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine ». Ces propos s’inscrivent dans une critique plus large de la présence de personnalités proches du pouvoir russe dans les médias occidentaux, un sujet sensible depuis le début du conflit en Ukraine.
Interrogé sur la régularité du séjour de Xenia Fedorova en France — son titre de séjour a été renouvelé en 2024 pour une durée de dix ans, alors que Gérald Darmanin était encore à l’Intérieur — le ministre a rappelé que « nous avons un État de droit, il y a un certain nombre de règles ». Il a souligné la différence fondamentale entre les systèmes démocratiques français et européens, et le modèle russe : « On peut, dans une démocratie, proférer des mensonges sans être envoyé dans un goulag ou une colonie pénitentiaire ».
Un parcours médiatique marqué par RT France
Xenia Fedorova n’est pas une inconnue dans le paysage médiatique francophone. Elle a notamment dirigé la version française de RT, chaîne russe aujourd’hui interdite dans l’Union européenne depuis mars 2022, en raison de son rôle dans la diffusion de la narrative du Kremlin sur la guerre en Ukraine. Cette interdiction s’applique à 27 États membres, marquant une rupture claire entre les institutions européennes et les organes de propagande russes. « Ancienne patronne de la chaîne russe RT en France », comme le rappelle Le Figaro, elle défend aujourd’hui régulièrement les positions du Kremlin dans des médias français appartenant au groupe de Vincent Bolloré.
Son influence ne se limite pas à l’antenne. Une enquête publiée cette semaine par Le Monde révèle son ancrage croissant dans les cercles d’influence parisiens. Le quotidien cite notamment sa présence à un déjeuner organisé par l’Institut de l’Espérance, un cercle de réflexion lancé par l’industriel breton. Parmi les invités figuraient des personnalités politiques, dont la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, dont l’entourage assure qu’elle n’aurait pas participé à l’événement si elle avait connu la présence de Fedorova.
Une polémique qui dépasse le cadre médiatique
La polémique autour de Xenia Fedorova dépasse le simple débat sur la liberté de la presse. Elle interroge la porosité entre les sphères médiatique, économique et politique en France. Le fait que la chroniqueuse ait été invitée à un événement réunissant des responsables politiques, dont une membre du gouvernement, soulève des questions sur les critères d’inclusion dans ces cercles de réflexion. Annie Genevard n’était pas informée de sa présence, selon son entourage, qui précise qu’elle « n’y serait pas allée » dans le cas contraire. Interrogé sur ce point, Jean-Noël Barrot a répondu avec prudence : « Je ne vais pas commenter les agendas de mes collègues du gouvernement », estimant que « ce n’est pas le plus important dans cette affaire ».
Cette affaire survient alors que les relations entre la France et la Russie restent tendues, notamment après des incidents récents comme l’interception d’un pétrolier russe au large de Saint-Nazaire ou les tensions autour des livraisons d’armes à l’Ukraine. Le Kremlin multiplie les déclarations hostiles envers Paris, tandis que la France renforce ses partenariats avec les pays frontaliers de la Russie, comme en témoigne l’accord signé avec la Pologne à Nancy début 2026.
Pour l’heure, aucune réaction officielle n’est attendue de la part de Xenia Fedorova ou de Vincent Bolloré, propriétaire de plusieurs médias où elle intervient. La question reste donc entière : jusqu’où peut-on tolérer, dans une démocratie, la diffusion de thèses soutenues par des régimes autoritaires sans porter atteinte à l’équilibre du débat public ?
RT France a été interdite dans les 27 États membres de l’Union européenne depuis mars 2022 en raison de son rôle dans la diffusion de la désinformation russe concernant l’invasion de l’Ukraine. Les institutions européennes ont estimé que cette chaîne servait de relais à la propagande du Kremlin, notamment en relayant des narratifs fallacieux ou en minimisant les crimes de guerre commis en Ukraine.
Xenia Fedorova intervient régulièrement dans des médias du groupe Vincent Bolloré, comme CNews. Selon une enquête du Monde publiée le 27 mai 2026, elle aurait été invitée à un déjeuner organisé par l’Institut de l’Espérance, cercle de réflexion lancé par l’industriel breton. Sa présence à cet événement a suscité des interrogations sur les liens entre le pouvoir russe et certains cercles d’influence français.