Considéré comme l’un des pionniers français de l’intelligence artificielle, Yann LeCun a accordé un entretien au Figaro pour revenir sur les évolutions récentes du secteur et ses propres ambitions de recherche. À 65 ans, ce spécialiste du deep learning, lauréat du prix Turing en 2018, dresse un bilan sans concession de l’IA générative et expose ses espoirs pour les « world models », une approche qu’il juge indispensable pour parvenir à une intelligence artificielle véritablement comparable à celle des humains.

Ce qu’il faut retenir

  • Yann LeCun, chercheur français de renom et lauréat du prix Turing, a quitté Meta fin 2025 pour fonder AMI Labs, un laboratoire dédié aux world models.
  • Il critique l’IA générative actuelle, la qualifiant de « fausse route », et mise sur des modèles capables de comprendre le monde physique.
  • Selon lui, la jeunesse doit se saisir des opportunités offertes par l’IA pour façonner un avenir prometteur.
  • LeCun a dirigé le laboratoire FAIR de Meta de 2013 à fin 2025, où il a contribué à des avancées majeures en apprentissage profond.

Un parcours marqué par l’ambition d’une intelligence machine

Quand Yann LeCun évoque sa carrière, c’est avec la même détermination que le 65 ans a toujours affichée. « J’ai toujours eu l’ambition de découvrir des méthodes qui permettront à la machine d’arriver à une intelligence similaire à celle que l’on observe chez les humains et les animaux », explique-t-il. Selon lui, l’apprentissage reste un composant essentiel, mais encore largement méconnu. « C’est un grand mystère à élucider », précise-t-il, soulignant que cet objectif guide encore ses recherches aujourd’hui.

Cette quête, qui anime LeCun depuis des décennies, l’a conduit à devenir une figure centrale de l’IA moderne. Après avoir obtenu le prix Turing, considéré comme le « Nobel de l’informatique », il a dirigé le laboratoire FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research) de 2013 à fin 2025. Ce centre, dédié à l’IA, a joué un rôle clé dans le développement des technologies d’apprentissage profond utilisées aujourd’hui par les géants du numérique.

L’IA générative, une « fausse route » selon le chercheur

Alors que l’IA générative, comme les modèles de langage, suscite un engouement mondial, Yann LeCun n’hésite pas à la qualifier de « fausse route ». Pour lui, ces systèmes, bien qu’impressionnants, ne permettent pas de reproduire une intelligence véritable. « Ces modèles sont limités dans leur capacité à comprendre le monde réel », déclare-t-il. Il leur préfère les world models, des systèmes capables d’intégrer et d’interpréter des données issues du monde physique, une étape qu’il juge indispensable pour atteindre une IA « générale ».

C’est cette conviction qui l’a poussé à quitter Meta fin 2025 pour fonder AMI Labs, un nouveau laboratoire dédié à ces modèles. Contrairement à l’IA générative, qui se concentre sur la production de texte ou d’images, les world models visent à donner aux machines une compréhension approfondie de leur environnement, à l’instar de l’intelligence humaine.

Un appel à la jeunesse pour façonner l’avenir de l’IA

Lors de cet entretien, Yann LeCun a également insisté sur le rôle de la jeunesse dans l’avenir de l’IA. Pour lui, les jeunes générations doivent s’emparer des outils et des connaissances nécessaires pour exploiter pleinement le potentiel de ces technologies. « La jeunesse doit s’emparer du futur brillant que va nous apporter l’IA », a-t-il lancé, ajoutant que cette révolution technologique offre des opportunités sans précédent.

Il a rappelé que l’IA, bien encadrée, pourrait transformer de nombreux secteurs : santé, éducation, industrie ou encore environnement. Cependant, il met en garde contre les risques de dérive, soulignant l’importance d’une approche éthique et responsable. « Il ne s’agit pas seulement de développer des outils, mais de les utiliser pour le bien commun », a-t-il insisté.

Et maintenant ?

Le lancement d’AMI Labs marque une nouvelle étape pour Yann LeCun, qui mise sur les world models pour donner naissance à une IA véritablement intelligente. Les prochaines années seront cruciales pour évaluer l’efficacité de cette approche, alors que les géants technologiques continuent de rivaliser dans le domaine de l’IA générative. D’ici 2027, les premiers résultats concrets de ses recherches pourraient redéfinir les contours de l’intelligence artificielle, autant dire que le secteur est à un tournant.

Yann LeCun reste convaincu que la France et l’Europe ont un rôle à jouer dans cette révolution technologique. Alors que les États-Unis et la Chine dominent actuellement le paysage de l’IA, le chercheur appelle à une collaboration internationale pour garantir que ces avancées profitent à l’humanité tout entière.

Avec le départ de Meta et la création d’AMI Labs, LeCun enterre-t-il définitivement les modèles actuels de l’IA ? Rien n’est moins sûr. Si ses critiques sur l’IA générative sont sans appel, son approche des world models pourrait bien offrir une alternative crédible – à condition, bien sûr, que les défis techniques et éthiques soient relevés.

Un world model est un système d’IA conçu pour comprendre et modéliser le monde physique, à l’image de la manière dont les humains apprennent et interagissent avec leur environnement. Contrairement à l’IA générative, qui se limite souvent à la production de texte ou d’images, les world models visent à donner aux machines une représentation cognitive du réel, leur permettant d’anticiper, de raisonner et d’agir de manière autonome.