Selon BFM Business, le gouvernement français mise sur l’accélération du déploiement des pompes à chaleur (PAC) pour remplacer les systèmes de chauffage au fioul et réduire la dépendance aux énergies fossiles. L’objectif affiché est ambitieux : installer un million de PAC par an d’ici à 2030, une mesure présentée comme centrale dans la stratégie d’électrification du parc immobilier national. Pourtant, des obstacles majeurs subsistent, à commencer par le coût résiduel pour les propriétaires et les contraintes techniques, notamment en copropriété.
Ce qu'il faut retenir
- Le gouvernement vise 1 million d’installations de pompes à chaleur par an d’ici 2030, avec une priorité donnée aux PAC air-eau et géothermiques.
- Le reste à charge moyen pour les propriétaires en copropriété atteint 23 400 euros, même après les aides de l’État.
- Les PAC air-air, majoritaires sur le marché, sont majoritairement importées hors Union européenne, contrairement aux PAC air-eau.
- Les demandes d’installation ont bondi de 140 % en avril 2026 par rapport à 2025, signe d’un intérêt croissant.
- En copropriété, les projets se heurtent à des contraintes techniques et financières, limitant leur déploiement.
Un million de PAC par an : un objectif porté par la crise énergétique
Alors que les prix du gaz et du fioul restent volatils en raison du contexte géopolitique au Moyen-Orient, le gouvernement mise sur les pompes à chaleur comme solution de chauffage décarboné et économique. « Outil central pour remplacer le fioul et décarboner les logements », les PAC sont au cœur de la stratégie d’électrification de la France, explique Arnaud Kautzmann, secrétaire de l’Association française pour les pompes à chaleur (Afpac), cité par BFM Business. L’objectif de un million d’installations annuelles d’ici 2030 vise à accélérer la transition énergétique et à réduire la dépendance aux énergies fossiles, dont les prix ont flambé ces dernières années.
Cette ambition s’appuie sur la capacité du secteur industriel français à produire davantage de PAC, notamment les modèles air-eau, qui pourraient voir leurs ventes doubler pour atteindre 300 000 unités par an. Un niveau comparable à celui enregistré en 2022, mais qui reste encore loin des besoins estimés. L’Afpac souligne que la France pourrait produire l’intégralité de ses besoins en PAC air-eau, réduisant ainsi sa dépendance aux importations.
Un reste à charge prohibitif pour les copropriétés
Pourtant, les propriétaires et les copropriétés font face à un obstacle de taille : le coût résiduel après déduction des aides. À Meudon (Hauts-de-Seine), une petite copropriété de quatre logements a installé une PAC air-eau après des travaux d’isolation coûteux. Malgré un gain de confort et une baisse significative des factures, le reste à charge par propriétaire s’élève à 23 400 euros, une somme que les aides de l’État n’ont pas encore intégralement remboursée. « On n’est pas encore gagnant », témoigne l’une des copropriétaires, dont le projet a coûté près de 200 000 euros au total.
Ce montant reflète un problème structurel : même avec les subventions, le coût final reste un frein majeur pour les ménages et les copropriétés. Les aides, bien que substantielles, ne couvrent pas toujours l’intégralité des dépenses, et leur versement peut être retardé. Pour les copropriétés déjà équipées d’un chauffage collectif, l’installation d’une PAC soulève également des défis techniques, comme la nécessité d’un bâtiment bien isolé et l’absence de nuisances sonores ou esthétiques.
Des freins techniques et une filière à structurer
En copropriété, où près de 80 % des logements pourraient techniquement accueillir une PAC air-eau, la transition est plus complexe. « Massifier les PAC en copropriété risque d’être un peu plus complexe », admet Corina Osadciuc-Mahé, responsable rénovation énergétique chez Foncia. Les contraintes incluent la nécessité d’un espace adapté pour l’unité extérieure, l’isolation du bâtiment et la gestion des nuisances sonores. Les projets hybrides, combinant PAC et chaudière à gaz, séduisent davantage les copropriétaires, car ils offrent une solution rassurante et progressive.
Pour accélérer la transition, l’Afpac a lancé le Cepac, un centre d’expertise visant à accompagner la filière du chauffage fossile dans cette mutation. « C’est une révolution culturelle, plus que technologique », souligne Arnaud Kautzmann. L’enjeu est double : convaincre les Français de la fiabilité des PAC et former les professionnels à leur installation, notamment pour les modèles air-eau, qui restent moins répandus que les PAC air-air.
Les PAC air-air, un marché dominé par les importations
Si les PAC air-air représentent aujourd’hui 70 % du marché, soit 800 000 unités vendues par an, elles sont majoritairement produites hors de l’Union européenne. Leur succès s’explique par leur double fonction : chauffage et climatisation. Pourtant, leur déploiement massif pose question sur le plan industriel et écologique, alors que l’État encourage la production locale. « Les PAC air-air sont plébiscitées pour leur polyvalence, mais leur bilan carbone dépend de leur lieu de fabrication », rappelle Nicolas Moulin, fondateur de PrimesEnergie.
Selon lui, la hausse des demandes d’installation de PAC air-eau, en hausse de 140 % en avril 2026 par rapport à avril 2025, est en partie liée au plan d’électrification annoncé par le ministre Sébastien Lecornu en avril. Ce plan, combiné à une prise de conscience des ménages sur la nécessité de réduire leurs factures d’énergie, pourrait accélérer la transition. « Les Français réalisent que les PAC, plus performantes que les chaudières fossiles, sont un investissement rentable sur le long terme », explique-t-il.
Une dynamique qui reste limitée en copropriété
Malgré ces signaux positifs, la transition énergétique dans les copropriétés reste lente. « On observe une dynamique progressive depuis l’année dernière », note Corina Osadciuc-Mahé, « mais cela reste limité à quelques dizaines de projets parmi les 400 copropriétés accompagnées dans leur rénovation ». Les obstacles financiers et techniques freinent les initiatives, alors que le parc immobilier français compte près de 17 millions de logements à décarboner, dont une majorité de maisons individuelles.
Pour Audrey Zermati, directrice stratégie d’Effy, il faudra aussi travailler sur la confiance des Français envers les PAC. « Il faut améliorer la pédagogie et montrer que les gains sont réels », souligne-t-elle. Les témoignages, comme celui d’un auditeur ayant divisé ses factures par deux après l’installation d’une PAC, pourraient contribuer à lever les réticences. « On était à 200 €, maintenant on n’est même pas à 150 € », relate-t-il dans un exemple cité par Maxime Ledez, chercheur à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE).
La transition vers les pompes à chaleur, bien qu’inéluctable, s’annonce donc progressive et semée d’embûches. Elle dépendra autant des politiques publiques que de l’adhésion des Français et de la capacité des acteurs du secteur à surmonter les défis techniques et économiques.
Les trois principaux types de PAC sont les PAC air-eau, qui puisent la chaleur dans l’air extérieur pour chauffer l’eau du circuit de chauffage, les PAC géothermiques, qui exploitent la chaleur du sol, et les PAC air-air, qui chauffent directement l’air ambiant et permettent aussi la climatisation. Les PAC air-eau sont les plus adaptées aux réseaux de chauffage existants en France, tandis que les PAC air-air, majoritaires sur le marché, sont souvent importées et moins performantes en termes de décarbonation.
Plusieurs dispositifs sont disponibles : MaPrimeRénov’, les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), les aides locales des collectivités, et le taux de TVA réduit à 5,5 %. Le montant des aides varie selon les revenus du foyer et la performance de l’équipement. Cependant, le versement peut être retardé, et le reste à charge reste élevé pour de nombreux ménages, notamment en copropriété.