Avec son titre « Chologante », le Péruvien A. Chal, 36 ans, s’impose comme une figure majeure de la scène musicale latino-américaine en fusionnant électro-rock et sonorités traditionnelles andines. Selon Courrier International, ce morceau marque un tournant dans sa carrière et dépasse désormais le cadre strictement musical pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’identité et la réappropriation culturelle.
Ce qu'il faut retenir
- À 36 ans, A. Chal connaît un succès fulgurant au Pérou et en Amérique latine avec son titre « Chologante », un mélange d’électro-rock et de musiques traditionnelles péruviennes.
- Le chanteur, né Alejandro Salazar, réhabilite le terme péjoratif « cholo » en l’associant à l’élégance, renversant ainsi un stigmate encore présent dans le pays.
- Anciennement actif dans la musique hip-hop et trap à New York, il a bifurqué vers des sonorités plus proches de ses origines après un passage difficile dans l’industrie musicale américaine.
- Ses clips mettent en avant des femmes andines en habits traditionnels et des paysages de la cordillère des Andes, valorisant une esthétique longtemps méprisée.
- Ses morceaux récents, comme « Pituko » et « Chuco », célèbrent un mode de vie rural et festif, loin des standards de la bourgeoisie péruvienne.
- Le public argentin et d’autres pays d’Amérique latine ont déjà adopté son univers musical et visuel.
Un phénomène musical né d’un retour aux sources
Au Pérou, A. Chal est aujourd’hui présenté comme la sensation du moment. Son titre « Chologante », qui marie électro-rock et instruments traditionnels, conquiert les ondes et les plateformes numériques. D’après Courrier International, la presse péruvienne salue une œuvre qui dépasse le cadre musical pour toucher à la mode et à l’affirmation identitaire. Le quotidien El Comercio souligne que le chanteur incite d’autres artistes et les jeunes à revendiquer leurs origines avec authenticité.
Pourtant, ce succès ne s’est pas construit sur des bases nouvelles. A. Chal, de son vrai nom Alejandro Salazar, a déjà une longue expérience derrière lui. Il a d’abord percé dans le hip-hop et le trap à New York avant de se tourner vers une musique plus ancrée dans sa culture. Une décision qui s’est avérée payante, car elle lui permet aujourd’hui de s’inscrire comme un pionnier dans la réappropriation de son héritage.
La réhabilitation du terme « cholo » : un acte politique et culturel
L’un des aspects les plus marquants de son travail réside dans sa réinterprétation du mot « cholo ». Historiquement péjoratif au Pérou, il désignait à l’origine les habitants des régions andines d’origine indigène, souvent victimes de préjugés. A. Chal a choisi d’en faire un symbole de fierté en l’associant à l’idée d’élégance et de modernité. Ses clips mettent en scène des femmes quechua portant des chapeaux traditionnels, ainsi que des quartiers populaires des Andes, transformant ce qui était autrefois considéré comme « huachafo » (kitsch) en une esthétique assumée et revendiquée.
« Ce qui auparavant était perçu comme inesthétique et huachafo est aujourd’hui mis en avant par A. Chal dans sa mode. Chologante, sa dernière chanson, renforce ce message. Il assume son esthétique avec une identité péruvienne qui n’a pas l’air forcée. »
Ce choix artistique s’inscrit dans une démarche plus large de résistance culturelle. En valorisant des éléments autrefois dévalorisés, le chanteur offre une nouvelle grille de lecture à la jeunesse péruvienne et latino-américaine, pour qui l’identité locale devient une force plutôt qu’un obstacle.
Un parcours marqué par l’exil et le retour
Né à Lima, A. Chal a quitté le Pérou à l’âge de 4 ans pour s’installer à New York avec sa famille. Bien que son père et sa mère aient quitté le pays dans l’espoir d’une vie meilleure, leur quotidien s’est révélé plus difficile que prévu. Le jeune Alejandro a grandi dans un environnement marqué par le racisme, une expérience qui a forgé sa détermination à affirmer ses origines.
Il a découvert la musique très tôt, baignant dans l’univers du hip-hop et du trap. À 19 ans, il a commencé à travailler pour des stars internationales comme Jennifer Lopez, Rihanna, Kendrick Lamar ou encore Rosalía, acquérant ainsi une expertise dans l’industrie musicale. Pourtant, après des années de succès aux États-Unis, il a connu un creux dans sa carrière, une période qui l’a poussé à remettre en question sa trajectoire. C’est ce moment qui l’a conduit à opérer un virage radical en 2025, lorsqu’il a décidé de revenir s’installer au Pérou.
Un nouveau chapitre inspiré par les racines et la fête populaire
Son retour au pays a coïncidé avec une réorientation artistique majeure. Alors qu’il prévoyait à l’origine de sortir un projet électro influencé par ses séjours à Paris et New York, c’est sa participation au carnaval de Cajamarca, dans le nord du Pérou, qui a tout changé. L’énergie de cet événement traditionnel et la puissance des rythmes ancestraux l’ont convaincu de s’orienter vers la cumbia et les musiques andines.
Dans une interview accordée au journal Perú21, il explique : « Je préfère créer à partir de ce sentiment. C’est ce que j’ai ressenti en tapant des pieds et en dansant sur l’herbe tout en sueur, tandis que les gens riaient, portés par un feeling bien plus puissant, qui ne sera peut-être pas compris au niveau mondial. Mais c’est justement mon boulot : que les gens le comprennent. » Cette approche lui a permis de renouer avec une authenticité qu’il avait perdue en s’éloignant de ses origines.
Depuis, ses titres « Pituko », « Chuco » et « Chologante » résonnent comme des hymnes à la culture rurale et festive. Les paroles de ses chansons célèbrent un mode de vie opposé à celui de l’élite péruvienne, qu’il qualifie de « pituco » (bourgeois snob), tout en rendant hommage à l’héritage de son grand-père, avec qui il passait du temps dans les fermes de la Sierra péruvienne.
Une reconnaissance qui dépasse les frontières du Pérou
Si le succès d’A. Chal est d’abord national, il commence à s’étendre bien au-delà. Le public argentin, notamment, a rapidement adopté son univers musical et visuel. Le journal Diario de Cuyo souligne que sa trajectoire « dépasse le domaine strictement musical pour s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’identité en cette période de nivellement culturel ». Pour le quotidien argentin, sa réappropriation consciente de ses racines péruviennes est une manière d’affirmer que « le particulier n’est pas un obstacle, mais une valeur ».
« Mettre en avant ce qu’on a en propre, ce qui est irréductible, ce qui ne se laisse pas diluer devient une stratégie de résistance, et en même temps une voie vers la création. »
Cette approche résonne particulièrement auprès des jeunes générations, qui y voient une forme de résistance face à l’uniformisation culturelle. En réinventant les codes de la musique latine, A. Chal crée de nouvelles sonorités et donne une voix à une identité longtemps marginalisée.
Ce phénomène culturel, à la fois musical et social, pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont les jeunes Latino-Américains perçoivent leur héritage. À suivre, donc, dans les prochaines semaines.
A. Chal, de son vrai nom Alejandro Salazar, est un chanteur péruvien de 36 ans qui a connu un succès fulgurant avec son titre « Chologante ». Il est devenu une figure majeure en fusionnant électro-rock et sonorités traditionnelles andines, tout en réhabilitant des termes et des esthétiques longtemps méprisés au Pérou. Son parcours, marqué par un retour aux sources après une carrière internationale, en fait une voix importante pour la jeunesse latino-américaine.
Le terme « cholo » était historiquement péjoratif au Pérou, désignant les habitants des régions andines d’origine indigène, souvent victimes de préjugés. A. Chal a choisi de le réhabiliter en l’associant à l’idée d’élégance et de modernité, notamment dans son clip « Chologante ». Ce choix artistique s’inscrit dans une démarche de résistance culturelle et de fierté identitaire.
