Près de neuf mois après le début du conflit dans la bande de Gaza, les conséquences sur le système de santé de l’enclave palestinienne deviennent chaque jour plus dramatiques. Selon RFI, les infrastructures hospitalières, déjà fragilisées par des années de blocus et de tensions, subissent désormais des destructions massives, tandis que les pénuries de médicaments et l’absence de suivi médical transforment l’accouchement en un parcours du combattant pour les femmes enceintes. Les professionnels de santé, eux aussi pris dans la tourmente, peinent à maintenir un minimum de services, alors que les négociations sur la reconstruction de Gaza restent dans l’impasse.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 20 hôpitaux partiellement ou totalement détruits depuis le début du conflit, selon les dernières estimations des autorités sanitaires locales.
- Pénuries critiques de médicaments essentiels, notamment pour les femmes enceintes et les nouveau-nés, avec un taux de couverture estimé à moins de 30 % pour les soins prénatals.
- Seulement 10 % des femmes enceintes bénéficient d’un suivi médical régulier, contre plus de 90 % avant le conflit.
- Plus de 500 professionnels de santé tués ou déplacés depuis octobre 2023, réduisant drastiquement les capacités de soins.
- Les discussions internationales sur la reconstruction de Gaza n’ont abouti à aucun accord concret depuis le début de l’année.
Des hôpitaux en ruines et des maternités à l’abandon
Les images des hôpitaux de Gaza, autrefois parmi les mieux équipés de la région, résonnent comme un symbole de l’effondrement du système de santé. Selon RFI, plus de 20 établissements hospitaliers ont été endommagés ou détruits depuis octobre 2023, parmi lesquels figurent des structures emblématiques comme l’hôpital Al-Shifa ou l’hôpital Al-Quds. Ces destructions ont réduit à néant la capacité d’accueil, avec des services de chirurgie, de pédiatrie et de gynécologie désormais hors service dans de nombreuses zones. « Les maternités fonctionnent à peine, faute de matériel et de personnel », a témoigné un médecin de l’hôpital Nasser de Khan Younis, cité par RFI. « On voit des femmes accoucher dans des conditions indignes, sans anesthésie ni assistance médicale adaptée. »
Des femmes enceintes livrées à elles-mêmes
Avant le conflit, près de 95 % des femmes enceintes à Gaza bénéficiaient d’un suivi médical régulier, avec un taux de mortalité maternelle parmi les plus bas de la région. Aujourd’hui, cette couverture s’est effondrée : selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), relayées par RFI, seulement 10 % des femmes enceintes ont accès à des consultations prénatales. Les conséquences sont immédiates : les complications lors de l’accouchement, autrefois rares, deviennent monnaie courante. « On assiste à une hausse alarmante des cas de prééclampsie et d’hémorragies post-partum », a expliqué une sage-femme travaillant dans un centre de santé de Rafah, sous couvert d’anonymat. « Sans médicaments ni équipements, on ne peut que constater l’augmentation des risques. »
Les déplacements massifs de population, combinés à l’effondrement des infrastructures, aggravent encore la situation. Dans les camps de déplacés, où s’entassent plus de 1,8 million de personnes, les femmes enceintes sont souvent contraintes de donner naissance dans des abris de fortune, sans accès à l’eau potable ni à des soins d’urgence. Selon l’UNFPA, l’agence des Nations unies pour la population, le nombre de naissances à risque a doublé depuis le début de l’année.
Des soignants sous pression et une aide humanitaire insuffisante
Le personnel médical, déjà décimé par les bombardements et les déplacements forcés, fait face à une charge de travail insoutenable. Depuis octobre 2023, plus de 500 professionnels de santé ont été tués ou ont fui la bande de Gaza, selon les chiffres de l’OMS. Ceux qui restent doivent gérer des services de plus en plus réduits, avec des moyens de plus en plus limités. « On travaille avec des stocks de médicaments qui datent de plusieurs mois, et on est souvent obligés de faire des choix impossibles », a déclaré le Dr. Ahmed Abu al-Rish, chirurgien à l’hôpital Al-Awda, dans un entretien accordé à RFI. « Soigner un patient atteint d’une infection grave ou une femme enceinte en détresse ? On n’a pas le luxe de prioriser. »
L’aide humanitaire, bien que présente, peine à combler les besoins colossaux. Les convois de médicaments et de matériel médical sont régulièrement bloqués ou détournés, en raison des restrictions imposées par les parties au conflit. « Même quand l’aide arrive, elle n’est pas distribuée équitablement, et une partie reste inutilisable faute d’électricité ou de personnel formé pour la gérer », a souligné un responsable de l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens.
En attendant, les habitants de Gaza n’ont d’autre choix que de s’adapter à une réalité où chaque accouchement, chaque intervention médicale, devient un combat. « On survit, mais on ne vit plus », résume une mère de famille rencontrée dans un camp de déplacés près de Rafah. Une phrase qui résume à elle seule l’état d’urgence sanitaire dans lequel se trouve aujourd’hui la bande de Gaza.
Les pénuries s’expliquent principalement par la destruction des entrepôts pharmaceutiques, le blocus imposé à l’enclave depuis des années, et les difficultés logistiques pour acheminer les médicaments à travers les points de contrôle. Selon RFI, moins de 30 % des besoins en médicaments essentiels sont couverts, en raison notamment de l’interruption des approvisionnements en provenance d’Israël et de la Cisjordanie.