« Si on ne fait rien pour se protéger, l'élection peut être faussée », a alerté Gabriel Attal, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, sur les ondes de RTL, jeudi 7 août 2026. Directement visé par des campagnes de désinformation attribuées à des réseaux prorusses, le Premier ministre sortant dénonce une tentative de déstabilisation orchestrée par Moscou pour peser sur le scrutin. Selon BFM - Politique, ces opérations ciblent désormais openly des figures politiques françaises, alors que le gouvernement finalise un projet de loi destiné à renforcer la lutte contre les ingérences étrangères.
Ce qu'il faut retenir
- Trois candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle ont été la cible de campagnes de désinformation en l’espace de quelques jours : Édouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place Publique) et Gabriel Attal (Renaissance).
- Les fausses informations portaient notamment sur l’état de santé d’Édouard Philippe, des soupçons de corruption visant la compagne de Raphaël Glucksmann, et des rumeurs médicales infondées concernant Gabriel Attal.
- Le gouvernement a présenté fin juillet un projet de loi prévoyant des peines allant jusqu’à six ans de prison pour les auteurs d’ingérences étrangères visant à altérer le processus électoral.
- Une partie de la gauche, dont Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier, réclame des mesures plus strictes, notamment envers les plateformes comme TikTok et X.
- Le RN, historiquement lié à la Russie, a durci son discours sous Jordan Bardella, évoquant une « menace multidimensionnelle ».
- Les ingérences russes, bien que peu visibles, marquent une escalade dans la stratégie de déstabilisation de Moscou à l’approche des élections françaises.
Des campagnes de désinformation ciblées et variées
Les trois personnalités politiques visées en peu de temps — Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal — ont été la cible de narratives différentes, mais toutes attribuées à des réseaux prorusses. Selon une source sécuritaire citée par BFM - Politique, ces opérations, bien que « restées peu visibles », constituent les premières attaques directes contre des prétendants à l’Élysée depuis le début de la campagne. Édouard Philippe a été la cible de fausses rumeurs sur son état de santé, tandis que Raphaël Glucksmann a vu sa compagne, la journaliste Léa Salamé, accusée de « soudoyer des médias » pour favoriser sa candidature. Quant à Gabriel Attal, il a été présenté comme potentiellement atteint de la maladie de Parkinson. « La Russie veut voler cette élection aux Français », a-t-il dénoncé sur RTL, sans pour autant fournir de preuves directes des auteurs de ces opérations.
Ces campagnes s’inscrivent dans une stratégie plus large de déstabilisation, alors que la présidentielle de 2027 approche à grands pas. Pour Raphaël Glucksmann, « la campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives ». Un constat partagé par Laurent Cordonier, directeur de la recherche à la Fondation Descartes, qui soulignait en 2025, lors d’une table ronde au Sénat, que « l’impact de ces manipulations reste difficile à déterminer ». Pourtant, les autorités françaises s’alarment d’une possible altération du scrutin.
Un projet de loi pour contrer les menaces étrangères
Face à cette montée des pressions, l’exécutif a présenté fin juillet un projet de loi visant à durcir les sanctions contre les ingérences étrangères. Le texte, adopté en Conseil des ministres, prévoit notamment de porter les peines pour diffusion de fausses informations en période électorale de un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Les peines pourraient aller jusqu’à six ans de détention lorsque les actes sont commis « pour servir les intérêts d’une puissance, d’une entreprise ou d’une organisation étrangères ». « On ne laissera pas l’étranger décider de notre avenir », a déclaré Sébastien Lecornu, alors ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, lors de la présentation du texte.
En complément, un décret prévoit la création d’une « commission d’information » chargée d’alerter candidats et citoyens en cas d’ingérences avérées. Cette structure s’ajoute aux mesures de sensibilisation déjà mises en place par l’exécutif, qui avait organisé en juin 2026 une réunion avec les partis politiques pour évoquer les « perspectives de menaces lourdes » pesant sur le scrutin. Sébastien Lecornu a confirmé, en réponse à Jean-Luc Mélenchon, que ces échanges seraient poursuivis « à la rentrée » pour affiner les réponses à apporter aux risques identifiés.
La gauche réclame des sanctions contre les plateformes numériques
Malgré ces avancées législatives, une partie de l’opposition estime que les mesures restent insuffisantes. Raphaël Glucksmann, cofondateur de Place Publique, a appelé les autorités françaises et européennes à ne pas « avoir la main qui tremble » si des sanctions contre les réseaux sociaux s’avèrent nécessaires. Il a rappelé l’exemple de la Roumanie, où l’élection présidentielle de 2024 avait été annulée après des soupçons d’ingérences russes via TikTok en faveur du candidat d’extrême droite Calin Georgescu. « Il n’y a pas eu de sanctions contre TikTok », a-t-il déploré, pointant du doigt le manque de réactivité des régulateurs. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, va plus loin en proposant, dans Libération, de suspendre temporairement des plateformes comme X en cas d’ingérences avérées pendant la campagne. Depuis son rachat par Elon Musk en 2022, ce réseau est régulièrement critiqué pour son rôle dans la diffusion de désinformation politique.
Ces propositions interviennent alors que X est sous le feu des projecteurs après des messages pro-Le Pen de son propriétaire. En juillet 2026, Elon Musk avait qualifié la candidature de Marine Le Pen de « dernier espoir pour la France », un commentaire qui avait suscité une vive polémique. Si la droite et l’extrême droite n’ont pas encore réagi publiquement à ces ingérences, le Rassemblement national (RN) se trouve dans une position délicate. Historiquement lié à Moscou — notamment via un prêt contracté auprès d’une banque russe dans les années 2010 — le parti a vu son président, Jordan Bardella, durcir son discours en 2025. Il avait alors qualifié la Russie de « menace multidimensionnelle » pour la France, marquant une rupture avec les positions plus ambiguës de certains de ses prédécesseurs.
Des menaces réelles, mais un impact encore incertain
Les autorités françaises et les observateurs s’accordent sur un point : les ingérences russes se multiplient, mais leur impact réel sur le vote reste difficile à évaluer. Les campagnes de désinformation, bien que sophistiquées, peinent parfois à toucher leur public cible en raison de la méfiance croissante des citoyens envers les médias sociaux. « Les ingérences étrangères ne sont qu’un élément parmi d’autres dans une élection », tempère Laurent Cordonier. « Leur efficacité dépend largement du contexte politique et social du moment. » Pourtant, le gouvernement ne compte pas baisser la garde. Sébastien Lecornu a rappelé que les menaces sur l’élection présidentielle « sont lourdes », sans pour autant détailler les éléments concrets à l’appui de cette affirmation.
Pour l’heure, les partis politiques restent divisés sur la stratégie à adopter. Si la majorité présidentielle mise sur des mesures juridiques pour dissuader les ingérences, une partie de la gauche prône une approche plus radicale, incluant des sanctions contre les plateformes numériques. Une chose est sûre : à huit mois du premier tour, la vigilance reste de mise. Les prochaines semaines pourraient voir s’intensifier les tentatives de déstabilisation, alors que les candidats commencent à dévoiler leurs programmes et à mobiliser leurs soutiens.
Reste à savoir si ces mesures suffiront à protéger le scrutin. Comme le soulignait Laurent Cordonier lors de son audition au Sénat, « l’impact des ingérences ne se mesure pas seulement à l’aune des fausses informations diffusées, mais aussi à la capacité des institutions à y résister ». Une équation complexe, alors que la présidentielle de 2027 s’annonce comme un scrutin sous haute tension.
Les trois personnalités visées — Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal — représentent des courants politiques majeurs en France. Édouard Philippe incarne une droite modérée, Raphaël Glucksmann une gauche pro-européenne, et Gabriel Attal un centrisme réformiste. Ces profils pourraient peser dans le débat électoral, ce qui en fait des cibles prioritaires pour une stratégie de déstabilisation visant à affaiblir les institutions françaises.
Le projet de loi présenté fin juillet 2026 doit être discuté à l’Assemblée nationale et au Sénat à partir de septembre. Les députés pourront proposer des amendements, notamment sur la définition des ingérences étrangères ou les pouvoirs de la future « commission d’information ». Une adoption définitive est attendue d’ici la fin de l’année, avant les premières mesures d’application en 2027.