Depuis le début du conflit entre Israël et l’Iran, les mesures de sécurité se sont intensifiées à Jérusalem, affectant notamment la communauté chrétienne. Selon Le Figaro, les fidèles se voient interdits d’accéder au Saint-Sépulcre pour les célébrations de Pâques, un événement historique qui bouleverse une tradition vieille de plusieurs siècles.

Ce qu'il faut retenir

  • Mesures de sécurité accrues à l’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem, avec des contrôles aléatoires imposés par la police israélienne.
  • L’église du Saint-Sépulcre, lieu le plus sacré du christianisme, reste fermée aux fidèles pour les célébrations de Pâques.
  • Les chrétiens de Jérusalem-Est dénoncent une atteinte à la liberté de culte, qualifiant ces restrictions de « déchirantes ».
  • Georges Sahhar, porte-parole de la communauté chrétienne palestinienne, dénonce un traitement comparable à une « maison dont l’entrée serait contrôlée par la police ».

Un dispositif militaire inédit en période de semaine sainte

Devant la Nouvelle Porte, entrée du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, deux policiers israéliens effectuent des contrôles aléatoires. Une scène devenue monnaie courante depuis le déclenchement de la guerre entre Israël et l’Iran, mais qui prend une dimension particulière en cette période de célébrations pascales. Les fidèles doivent désormais justifier de leur identité pour accéder à un lieu qu’ils considèrent comme sacré.

À quelques centaines de mètres, l’église du Saint-Sépulcre, où, selon la tradition, le Christ aurait été crucifié et enterré, reste inaccessible. Deux hommes armés, fusil d’assaut en bandoulière, surveillent l’entrée close du bâtiment. « C’est comme si on empêchait quelqu’un d’entrer chez lui sous prétexte de sécurité », explique Georges Sahhar, Palestinien chrétien de 60 ans, originaire de Jérusalem-Est.

Une atteinte au statu quo historique

Georges Sahhar, engagé dans plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et de la liberté de culte, est régulièrement cité comme l’un des porte-parole de la communauté chrétienne de Jérusalem-Est. Pour lui, ces restrictions violent le statu quo en vigueur depuis des décennies, qui garantissait l’accès des fidèles aux lieux de culte malgré les tensions politiques. « Ces mesures ne sont pas seulement une entrave à notre pratique religieuse, elles sapent les fondements mêmes de la coexistence dans cette ville », a-t-il déclaré au Figaro.

Les célébrations de Pâques, qui commémorent la résurrection du Christ, représentent l’un des moments forts de l’année liturgique pour les chrétiens. L’interdiction d’y assister dans le lieu saint du christianisme marque un tournant dans la gestion du conflit par les autorités israéliennes, qui justifient ces contrôles par la nécessité de prévenir des attentats.

Une communauté chrétienne en déclin face aux tensions

La communauté chrétienne de Jérusalem, bien que minoritaire, joue un rôle historique et culturel majeur dans la Ville sainte. Selon les dernières estimations, elle compterait moins de 10 000 fidèles à Jérusalem-Est et en Israël, un chiffre en constante diminution en raison de l’émigration et des pressions économiques. Les restrictions actuelles aggravent cette tendance, selon les observateurs locaux.

Les responsables religieux chrétiens dénoncent une instrumentalisation politique de leur foi. « Nous ne sommes pas des otages de la guerre, mais des citoyens dont le droit à pratiquer sa religion est garanti par les traités internationaux », a rappelé un prêtre orthodoxe sous couvert d’anonymat. Le Saint-Sépulcre, administré conjointement par plusieurs Églises chrétiennes depuis le XIXe siècle, symbolise l’unité — fragile — de ces communautés.

« Pour moi, c’est déchirant de voir l’église fermée. Les seules personnes autorisées à y entrer sont les forces de sécurité. Cela envoie un message clair : notre présence ici n’est plus tolérée. »

Et maintenant ?

Les célébrations pascales, qui débutent ce week-end, devraient se dérouler dans des églises secondaires ou à l’étranger pour de nombreux fidèles. Les autorités israéliennes n’ont pas indiqué de date pour la réouverture du Saint-Sépulcre, se contentant d’affirmer que les mesures de sécurité seraient « réévaluées en fonction de la situation ».

La question de la liberté de culte à Jérusalem reste un sujet sensible, d’autant que le conflit avec l’Iran et les tensions internes en Israël pourraient s’aggraver dans les semaines à venir. Les organisations de défense des droits humains appellent déjà à une médiation internationale pour éviter une crise durable.

Dans ce contexte, la communauté chrétienne de Jérusalem, déjà fragilisée, pourrait voir son avenir encore plus incertain. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si les restrictions seront maintenues au-delà de la semaine sainte ou si un compromis pourra être trouvé.

Le Saint-Sépulcre, situé dans la Vieille Ville de Jérusalem, est considéré comme le lieu de la crucifixion, de l’ensevelissement et de la résurrection de Jésus-Christ. Il est vénéré par la plupart des Églises chrétiennes et attire chaque année des millions de pèlerins. Sa gestion est régie par un accord historique, le « statu quo », signé en 1852, qui répartit les droits de chaque communauté religieuse sur le site.