Plus de 200 officiers et spécialistes ukrainiens seraient actuellement stationnés en Libye, selon une enquête approfondie publiée par RFI et relayée par Euronews FR. Leur présence s’inscrit dans un cadre militaire et sécuritaire, avec des bases opérationnelles réparties dans le pays. Parmi ces installations, l’Académie de l’armée de l’air de Misrata abrite des forces turques, italiennes, ainsi que des représentants du US Africa Command et des services de renseignement britanniques. Une seconde base, dédiée aux drones aériens et maritimes, aurait été aménagée à Ezzawiya, à environ 50 kilomètres au nord de Tripoli, avec un accès direct à la mer.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 200 militaires ukrainiens sont déployés en Libye, selon une enquête de RFI reprise par Euronews FR.
  • Deux bases opérationnelles identifiées : Misrata (avec des forces internationales) et Ezzawiya, spécialisée dans les drones.
  • Un drone ukrainien de type Magura V5 aurait attaqué le méthanier russe Arctic Metagaz le 4 mars 2026 depuis les côtes libyennes.
  • Le navire, endommagé, a dérivé après l’échec d’une opération de remorquage vers les côtes libyennes cette semaine.
  • L’accord entre l’Ukraine et la Libye, signé à l’initiative du général ukrainien Andriy Bayuk, prévoit des échanges de formations militaires et des investissements dans le secteur pétrolier.

Une présence militaire ukrainienne structurée en Libye

Selon les informations recueillies par RFI et confirmées par Euronews FR, la présence ukrainienne en Libye s’organise autour de deux pôles stratégiques. À Misrata, une base aérienne accueille des officiers et spécialistes ukrainiens aux côtés de contingents turcs, italiens et de représentants du renseignement occidental. Une seconde installation, située à Ezzawiya, a été aménagée spécifiquement pour le lancement de drones, tant aériens que maritimes. Ce site, situé à moins d’une heure de route de Tripoli, bénéficierait d’un accès direct à la Méditerranée, facilitant les opérations en mer.

Les travaux d’aménagement de cette base auraient débuté entre octobre et novembre 2025, avec la construction de pistes d’atterrissage et l’installation d’antennes de communication. Le terrain aurait été mis à disposition par les autorités libyennes, dirigées par le Premier ministre Abdelhamid Dbeiba. — Un accord bilatéral, signé à l’initiative du général ukrainien Andriy Bayuk, alors attaché militaire en Algérie, encadre cette collaboration.

Un échange de compétences militaires et économiques

En contrepartie de la présence ukrainienne, les spécialistes de Kyiv forment les forces libyennes, notamment à l’utilisation de drones. À plus long terme, cet accord prévoit des livraisons d’armes et des investissements ukrainiens dans le secteur pétrolier libyen. Cette coopération s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Ukraine pour étendre son influence en Afrique du Nord, alors que le pays cherche à contourner les restrictions imposées par certains partenaires européens. — Les détails de cet accord restent cependant confidentiels, et aucune déclaration officielle n’a été faite par les autorités ukrainiennes ou libyennes.

L’attaque du méthanier russe Arctic Metagaz : des drones ukrainiens en cause

Le 4 mars 2026, Moscou a accusé l’Ukraine et les services de renseignement britanniques d’avoir orchestré une attaque contre le méthanier russe Arctic Metagaz depuis les côtes libyennes. Ce navire, transportant du gaz naturel liquéfié, faisait route vers Port Saïd, en Égypte, lorsqu’il a été visé. Selon RFI, l’attaque aurait été menée par un drone de surface autonome de type Magura V5, une arme développée par l’Ukraine et déjà utilisée à plusieurs reprises en mer Noire. Le projectile aurait atteint la salle des machines, provoquant une voie d’eau qui a rapidement mis le navire hors service.

L’équipage, évacué par les autorités maltaises, a été transféré en sécurité. Le méthanier endommagé, remorqué vers un port libyen, a finalement rompu ses amarres cette semaine. Le navire dérive désormais en mer Méditerranée, dans l’attente d’une solution pour éviter une catastrophe écologique. — Cette attaque s’inscrit dans une série de frappes ukrainiennes contre la « flotte fantôme » russe, ces navires civils réquisitionnés pour contourner les sanctions internationales.

Une stratégie ukrainienne qui s’étend en Méditerranée

L’utilisation de drones maritimes contre des cibles russes en Méditerranée n’est pas une première. En décembre 2025, les médias ukrainiens avaient déjà annoncé avoir frappé le pétrolier russe Qendil dans les mêmes eaux, selon des sources militaires citées par la presse locale. À l’époque, il s’agissait d’une opération inédite en Méditerranée, bien que l’armée ukrainienne maîtrise depuis plusieurs années l’utilisation de drones pour cibler des navires en mer Noire. — Ces attaques illustrent une volonté de Kyiv d’étendre son action militaire au-delà des zones traditionnelles de conflit, tout en exploitant les failles des systèmes de défense russes.

Selon RFI, l’attaque contre l’Arctic Metagaz aurait également été menée depuis une base située dans la région de Misrata, où sont stationnés des drones ukrainiens. Cette base, comme celle d’Ezzawiya, servirait donc de plateforme pour des opérations en mer Méditerranée, élargissant le champ d’action de l’Ukraine bien au-delà de son territoire national.

Et maintenant ?

La situation en Libye, déjà complexe en raison des divisions politiques internes, pourrait se tendre davantage avec la révélation de cette présence militaire ukrainienne. Les autorités libyennes n’ont pour l’instant pas réagi publiquement, mais la question de la souveraineté territoriale et de l’utilisation du territoire libyen à des fins militaires étrangères risque de devenir un sujet de tension. — Du côté russe, Moscou pourrait riposter en renforçant ses mesures de sécurité pour sa « flotte fantôme » ou en exerçant des pressions diplomatiques sur les pays riverains de la Méditerranée.

Côté ukrainien, cette opération démontre une capacité croissante à frapper des cibles stratégiques en dehors de la zone de guerre traditionnelle. Si cette stratégie devait se poursuivre, elle pourrait avoir des répercussions sur les alliances militaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, où l’Ukraine cherche à diversifier ses partenariats. Une prochaine réunion du gouvernement libyen, prévue le 15 avril 2026, pourrait apporter des éclaircissements sur la position officielle de Tripoli concernant la présence ukrainienne.

Cette affaire met en lumière l’évolution des stratégies militaires dans le conflit ukrainien, où les drones jouent désormais un rôle central. Elle soulève également des questions sur la stabilité de la Libye, déjà fragilisée par des années de divisions politiques et de conflits armés internes.

La « flotte fantôme » russe désigne un ensemble de navires civils, principalement des pétroliers et méthaniers, réquisitionnés par Moscou pour contourner les sanctions internationales imposées après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Ces navires opèrent souvent sous de faux pavillons ou avec des identités masquées pour éviter les contrôles et continuer à exporter du pétrole et du gaz malgré les restrictions.